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Déterrés il y a 191 ans, les corps d’un couple de Béothuks reviennent à Terre-Neuve

Un portrait de Demasduit peint en 1819 par Henrietta Hamilton.

Photo : Oeuvre de Henrietta Hamilton - Domaine public

Radio-Canada

Après avoir passé près de deux siècles en Europe, les restes d’un couple de Béothuks ont été rapatriés à Terre-Neuve-et-Labrador. Ils ont été accueillis lors d’une cérémonie en présence de cinq leaders autochtones et du premier ministre Dwight Ball, mercredi à Saint-Jean.

Les Béothuks, un peuple autochtone du Labrador s’étant établi sur l’île de Terre-Neuve, sont éteints depuis 1829.

Les crânes de Demasduit, morte de tuberculose en janvier 1820, et de son partenaire Nonosabasut, tué par les Européens en 1819, avaient été déterrés à Terre-Neuve il y a près de deux siècles par un explorateur d’origine écossaise, William Cormack, né à Saint-Jean.

Demasduit avait été kidnappée en mars 1819 par des trappeurs européens qui accusaient sa tribu d’avoir commis un vol. Nonosabasut avait été tué en essayant de sauver sa femme des mains de ses ravisseurs.

À cette époque, les Béothuks se faisaient déjà de moins en moins nombreux.

Shanawdithit, la nièce de Demasduit et Nonosabasut, fut également capturée par les colons britanniques. Morte en 1829 de la tuberculose, elle est considérée comme la dernière des Béothuks.

C'est un moment de réflexion sur cet horrible et tragique événement de notre histoire, a souligné le président du conseil communautaire du Nunatukavut, Todd Russel, alors qu’une cérémonie avait lieu mercredi pour marquer le retour des ossements de Demasduit et Nonosabasut.

Il s’agit d’un moment sacré, a mentionné le chef Mi'sel Joe, de la Première Nation de Miawpukek, mais aussi d’un moment sombre qui souligne l'effacement d'un peuple ayant vécu sur l'île de Terre-Neuve bien avant l'arrivée des premiers Européens, et dont la culture et la langue sont désormais tombées dans l'oubli.

Des leaders autochtones et le premier ministre Dwight Ball autour d'une table.

Une cérémonie pour marquer le rapatriement des dépouilles a eu lieu le 11 mars 2020 à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Le rapatriement des ossements de Demasduit et de Nonosabasut est aussi une source de réflexion, indique l’historien Robert Sweeney, professeur émérite à l'Université Memorial de Terre-Neuve.

C'est un moment privilégié pour que les gens prennent conscience de l'importance des actes criminels à l'origine de notre société et réfléchir sur ce que ça veut dire pour la réconciliation possible avec d'autres peuples autochtones, affirme-t-il.

À l’inverse de plusieurs autres peuples autochtones, les Béothuks n’entretenaient pas de rapports commerciaux avec les Européens, explique l’historien.

Les Européens avaient continué à envahir différentes parties de l'île [de Terre-Neuve], les ont repoussés à l'intérieur, là où il y avait très peu de ressources. Il y a eu 30 ou 40 ans de pénurie, qui a laissé place aux maladies apportées par les Européens, relate-t-il.

C'est l'avarice des Européens qui est responsable [de leur disparition], croit Robert Sweeney. Ils voulaient avoir tout pour eux autres et n'acceptaient pas de partager les richesses de l'île avec les Premières Nations.

Le chef mi'kmaq Mi'sel Joe pose dans son bureau.

Le chef mi'kmaq Mi'sel Joe.

Photo : CBC/Garrett Barry

Le chef Mi’sel Joe avait entrepris d’exiger le rapatriement des corps de Demasduit et de Nonosabasut en 2015. Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, avait écrit aux musées nationaux d’Écosse en février 2016 pour officiellement demander le retour des ossements, mais ils avaient refusé.

Mélanie Joly, alors ministre fédérale du Patrimoine, ainsi qu’un front commun de leaders autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador avaient ensuite fait pression sur les responsables des musées écossais.

Les corps des défunts ne seront pas exposés. Les cinq groupes et gouvernements autochtones de la province se réuniront pour déterminer la meilleure manière de retourner leurs ancêtres à leur terre d'origine.

D’après le reportage de Marie Isabelle Rochon et avec des renseignements de CBC

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