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Réforme du PEQ : Simon Jolin-Barrette prié d'ouvrir les vannes

Séance à l’Assemblée nationale

Simon Jolin-Barrette a dû mener des consultations après sa première réforme avortée du PEQ.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alexandre Duval

Les consultations lancées par le ministre Simon Jolin-Barrette pour sa deuxième tentative de réformer le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) prennent fin ce vendredi. Radio-Canada a obtenu les mémoires d'organismes qui veulent un PEQ plus simple et, surtout, accessible à plus d'immigrants.

S'il cherchait de la lecture de chevet pour les prochaines semaines, Simon Jolin-Barrette n'en manquera pas. Depuis la mi-février, les organismes et citoyens intéressés peuvent déposer un mémoire concernant sa réforme du PEQ.

Cette démarche a été rendue nécessaire après l'abandon de sa première tentative de réforme du PEQ, en novembre dernier. Le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration avait admis avoir agi trop rapidement, sans consulter.

Conçu comme une voie rapide d'immigration au Québec, le PEQ comporte deux volets avec leurs exigences propres : un pour les étrangers ayant obtenu un diplôme dans la Belle Province, puis un autre pour les travailleurs étrangers temporaires déjà établis ici.

Le première tentative de réforme du ministre Jolin-Barrette a surtout été minée par sa volonté de limiter l'accès au PEQ uniquement aux diplômés et aux travailleurs issus de certains domaines, qui ont été colligés dans une liste dont Radio-Canada avait révélé les incohérences.

Dans son mémoire, l'avocat spécialisé en immigration Maxime Lapointe affirme que cette idée de liste doit être abandonnée une bonne fois pour toutes. Elle a pour effet de décourager plusieurs immigrants au moment d'envisager de s'investir professionnellement au Québec, particulièrement les diplômés.

Ceux-ci pourraient alors préférer retourner dans leur pays d'origine ou se tourner vers un autre pays ou une autre province canadienne où le flottement serait moindre.

Extrait du mémoire de Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Pénurie de main-d'oeuvre

L'organisme Éducation internationale, qui recrute des étudiants étrangers pour les programmes de formation professionnelle au Québec, croit aussi qu'il faut élargir l'accès au PEQ.

Dans la première mouture de sa réforme, le ministre Jolin-Barrette proposait de rendre admissibles les élèves ayant obtenu un diplôme d'études professionnelles (DEP) comprenant 900 heures de formation, mais pour quelques programmes précis.

Éducation internationale demande maintenant que les diplômés de tous les DEP de 900 heures et plus soient admissibles au PEQ. Dans son mémoire, l'organisme explique que la grande majorité mène à des métiers qui, à court et moyen terme, sont ou seront en pénurie de main-d'oeuvre.

Me Maxime Lapointe n'est pas d'avis que le PEQ est le meilleur programme pour contrer la pénurie de main-d'oeuvre. Il faut d'abord miser sur l'accueil de travailleurs étrangers temporaires qui répondent aux besoins immédiats des employeurs, selon lui.

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

Dans son mémoire, l'avocat vante tout de même les mérites du PEQ et indique qu'il faut en faire une priorité. Non seulement ce programme accélère-t-il le processus d'obtention de la résidence permanente, mais il s'adresse à des gens qui ont déjà commencé leur intégration au Québec.

La plupart des candidats au volet travailleurs du PEQ ont déjà été sélectionnés et embauchés par des employeurs québécois [...] témoignant ainsi de la nécessité de recourir à la main-d'oeuvre de ces travailleurs, illustre-t-il.

Force est d'admettre que le passage de ces travailleurs à l'immigration permanente pourrait difficilement être en meilleure adéquation avec les besoins de main-d'oeuvre de l'économie québécoise.

Extrait du mémoire de Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration

« Programme hautement performant »

Le Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale, qui regroupe plusieurs organisations dont la Ville de Québec, des institutions d'enseignement postsecondaire et la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, croit aussi que le PEQ est un programme hautement performant.

Unique en son genre au Canada, le PEQ est un succès qui dote le Québec d'un avantage comparatif pour attirer les meilleurs talents, écrit le Pôle dans son mémoire.

Le regroupement invite d'ailleurs le ministre Jolin-Barrette à hausser le nombre de personnes immigrantes qualifiées admises au Québec, notamment via le PEQ.

Le nombre de personnes immigrantes admises est plus déterminant que la structure des différents programmes de sélection.

Extrait du mémoire du Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale
L'Université Laval en hiver

L'Université Laval fait partie du Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale

Photo : Radio-Canada

Simplifier les processus

L'avocat Maxime Lapointe invite néanmoins le gouvernement du Québec à fusionner les deux volets du PEQ (diplômés et travailleurs étrangers) afin de simplifier et uniformiser les procédures.

Actuellement, seuls les travailleurs étrangers doivent avoir une expérience de travail de 12 mois en sol québécois avant de déposer une demande au PEQ. Selon Me Lapointe, la réforme devrait étendre cette exigence aux diplômés étrangers.

Puisque c'est Ottawa qui contrôle la durée des permis de travail, Me Lapointe recommande au ministre Jolin-Barrette de faire des représentations auprès du gouvernement fédéral afin que les permis délivrés soient d'au moins 24 mois.

Cela devrait permettre à tous les étudiants et travailleurs étrangers de remplir l'obligation de travail de 12 mois, de se franciser si besoin et d'envoyer/recevoir leur demande dans le PEQ à l'intérieur d'un statut de travailleur valide, écrit Me Lapointe dans son mémoire.

Le Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale est aussi d'avis que le ministre Jolin-Barrette doit garder les choses le plus simples possible.

L'ajout de nouveaux mécanismes de contrôle représenterait une charge plus élevée pour l'État par rapport au gain potentiel espéré en ce qui a trait à l'adéquation entre le besoin immédiat du marché du travail et le bassin d'immigrants qualifiés.

Extrait du mémoire du Pôle régional en enseignement supérieur de la Capitale-Nationale

Favoriser les régions

Si le ministre décidait d'ajouter des critères de sélection pour les candidats au PEQ, le Pôle lui recommande de favoriser les diplômés et les travailleurs qui sont établis à l'extérieur de la grande région de Montréal.

Le recrutement et la rétention d'étudiants et de travailleurs internationaux qualifiés francophones et francophiles sont hautement stratégiques pour la région de la Capitale-Nationale : le Québec soit se positionner dans un contexte de compétitivité mondiale, écrit le Pôle.

Me Maxime Lapointe est également favorable à des mesures pour stimuler l'immigration régionale. Il invite néanmoins le ministre à envisager des mesures incitatives plutôt que restrictives.

La mise en place de mesures fiscales avantageuses et temporaires ou encore, des délais de traitement accélérés pour les demandes de sélection permanente de candidats [...] en région, pourrait inciter de nouveaux arrivants à s'installer ou à demeurer en région, écrit-il.

Le cabinet du ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration n'a pas voulu préciser quelles suites seraient données au dépôt de ces mémoires.

Malgré nos questions, il a été impossible de savoir à quel moment Simon Jolin-Barrette comptait présenter sa nouvelle réforme.

Nous recevons les mémoires jusqu'au 13 mars. Par la suite, les mémoires seront tous lus et analysés, a simplement écrit Élisabeth Gosselin, l'attachée de presse du ministre, dans un message texte.

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