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  • Envoyée spéciale
  • Les Canadiens investissent dans l’industrie du charbon en Australie

    Le Régime de pensions du Canada (RPC) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) ont placé des millions de dollars dans des entreprises minières en Australie.

    Port de charbon avec quatre grues, juste à côté de la mer de Corail.

    Le port de charbon d’Abbot Point, dans le nord-est de l’Australie, qui est administré par Adani Ports & Special Economic Zone. Le RPC et la CDPQ ont tous deux des actifs dans l’entreprise.

    Photo : Radio-Canada / Laurence Martin

    Nous vous parlions il y a deux semaines du mégaprojet de mine d’Adani, dans le nord-est de l’Australie.

    Pour l’instant, Adani prévoit extraire 10 millions de tonnes de charbon par année, dès 2021. Le gouvernement australien a toutefois autorisé l’entreprise à se rendre jusqu’à 60 millions de tonnes annuellement. Si c’est le cas, la multinationale indienne Adani détiendra la plus importante mine de charbon dans l’hémisphère Sud.

    Nous avons appris que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a investi plusieurs millions de dollars dans Adani Ports & Special Economic Zone – une des compagnies du groupe Adani, qui administre le port de charbon d’Abbot Point, dans le nord-est de l’Australie. C’est par là que la multinationale doit faire passer le charbon de sa mine, avant de l’exporter par bateau vers des pays d’Asie.

    Dans son dernier rapport financier qui date du 31 décembre 2018, la Caisse indiquait détenir 3,8 millions de dollars d’actions dans Adani Ports & Special Economic Zone. La Caisse possédait aussi 500 000 $ dans Adani Entreprises – la société mère qui contrôle le mégaprojet de mine.

    Sur l’ensemble de nos placements, « ça représente des montants minimes », explique Kim Thomassin, responsable de l’équipe d’investissement durable de la CDPQ. L’actif de la Caisse s’élève à plus de 340 milliards de dollars.


    Laurence Martin et Frédéric Lacelle sont en Océanie pour nous faire découvrir cette région du monde que l'on couvre peu.


    Un tas de charbon.

    L'Australie est le deuxième exportateur de charbon au monde, juste derrière l'Indonésie.

    Photo : Getty Images / cbpix

    La Caisse, qui gère entre autres le régime public de retraite des Québécois, détenait aussi 64,6 millions de dollars dans Glencore PLC, qui possède 16 mines de charbon en Australie. 

    Ces montants, précise Kim Thomassin, sont moins importants qu’ils ne l’étaient il y a quelques années.

    Dans le charbon, la tendance est à la baisse. […] On prend en considération le facteur climatique, mais […] la transition ne peut pas se faire du jour au lendemain.

    Kim Thomassin, responsable de l’équipe d’investissement durable de la CDPQ

    Pourquoi ne pas se retirer carrément? « On ne pense pas que ça règle le problème. Si on désinvestit, quelqu’un d’autre achète puis on n’en entend plus parler. » En restant autour de la table, la Caisse croit qu’elle peut mettre davantage de pression à l’interne pour forcer les entreprises à réduire leur empreinte carbone.

    Une mine de charbon à ciel ouvert.

    Une mine de charbon dans le sud-est de l'Australie.

    Photo : iStock / zetter

    Le Régime de pensions du Canada aussi

    Les Canadiens qui vivent à l’extérieur du Québec financent aussi l’industrie australienne du charbon, à travers le Régime de pensions du Canada (RPC).

    Le RPC détient, par exemple, 1 million de dollars d’actions dans Adani Ports & Special Economic Zone ainsi que 2 millions de dollars dans Whitehaven – une autre entreprise à la tête d’une mine de charbon controversée en Australie.

    En novembre dernier, l’autorité de réglementation des ressources naturelles de l’État de Nouvelle-Galles du Sud annonçait l’ouverture d’une enquête sur la façon dont Whitehaven avait puisé son eau souterraine. 

    Lorsque nous avons tenté de comprendre pourquoi le Canada avait placé de l’argent dans ces deux compagnies, l’Office d’investissement du RPC a refusé notre demande d’entrevue. 

    Ce Régime de pensions, qui procure un revenu de base à la retraite, environ 20 millions de Canadiens y contribuent ou en bénéficient.

    Investir dans le transport du charbon

    Un train rempli de charbon avance lentement sur des rails de chemin de fer.

    Un train de l'entreprise Pacific National qui transporte du charbon dans le sud-est de l'Australie. La compagnie ferroviaire est détenue à 33 % par le Régime de pensions du Canada.

    Photo : Getty Images / BeyondImages

    Les investissements de la Caisse et du RPC liés au charbon en Australie ne s’arrêtent pas là. L’une des plus grandes entreprises à transporter cette énergie fossile dans le pays est détenue à 33 % par le Régime de pensions du Canada. 

    Il s’agit de Pacific National, qui se vante d’ailleurs d’être le plus important transporteur de charbon dans l’État des Nouvelle-Galles du Sud, où se trouve la ville de Sydney. 

    En 2016, Pacific National a été vendue à un consortium d’investisseurs étrangers. En plus du tiers des parts détenues par le RPC, 12 % de l’entreprise appartient à la British Columbia Investment Management Corporation – le fonds de retraite des employés du secteur public de la Colombie-Britannique.

    Pacific National pourrait d’ailleurs jouer un rôle-clé dans la réalisation du mégaprojet minier d’Adani. À l’heure actuelle, trois entreprises ferroviaires auraient la capacité suffisante pour amener le charbon de la mine jusqu’à la mer de Corail – une étape nécessaire pour l’exportation vers l’Asie. 

    Un train rempli de charbon de Pacific National sur une voie ferrée.

    Une des voies de chemin de fer que pourrait emprunter la multinationale indienne Adani pour transporter le charbon de sa mine vers la mer de Corail et ensuite vers l'Inde.

    Photo : Radio-Canada

    Une de ces entreprises, Genesee & Wyoming Australia (GWA), aurait refusé de le faire, selon ce que rapportait l’Australian Broadcasting Corporation, en octobre dernier. 

    Quant à la deuxième, Aurizon, elle aurait eu de la pression de certains de ses investisseurs pour ne pas aller de l’avant, toujours selon le diffuseur public ABC.

    C’est par ailleurs dans Aurizon que la Caisse de dépôt et placement du Québec a des placements de près de 50 millions de dollars, selon son dernier rapport financier. 

    Adani pourrait toujours décider de transporter le charbon par ses propres moyens, mais l’initiative serait coûteuse pour la multinationale. 

    Regarder la réalité en face

    Une pancarte d'arrêt sur laquelle on a ajouté le mot "charbon".

    L'avenir de l'industrie du charbon divise les Australiens. Un projet en particulier a suscité beaucoup de controverse dans le pays, celui de la multinationale indienne Adani. Des milliers d'Australiens sont d'ailleurs descendus dans la rue pour exprimer leur opposition à la mine.

    Photo : iStock / Daria Ni

    Pour Julien Vincent, qui est directeur du groupe environnemental Market Forces et membre de l’alliance Stop Adani, les Canadiens doivent regarder la réalité en face.

    Si les gens au Canada ont été perturbés par les images des feux dévastateurs en Australie, il faut qu’ils sachent qu’ils investissent dans des compagnies qui sont en train d’empirer la situation.

    Julien Vincent, membre de l’alliance Stop Adani

    Le charbon est l’une des ressources énergétiques les plus polluantes de la planète, selon de nombreux scientifiques. En 2018, les émissions mondiales liées à l’extraction du charbon des six plus grands producteurs australiens ont atteint 551 millions de tonnes de CO2, d’après un rapport de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud.

    « Les Canadiens ont du pouvoir, ajoute Julien Vincent. S’ils expriment leur mécontentement, ils peuvent avoir un impact sur la façon dont leurs fonds de retraite sont investis. »

    Pas un cas unique

    Des manifestants environnementalistes devant le Palais des congrès de Montréal tiennent des affiches.

    Au Québec, aussi, des voix se font entendre pour que les gestionnaires des fonds de retraite cessent d’investir dans les énergies fossiles.

    Photo : Radio-Canada / Julien Lamoureux

    Il n’y a pas qu’en Australie que le RPC et la Caisse de dépôt et placement du Québec investissent dans des industries jugées nocives pour l’environnement.

    « L’Office d’investissement du RPC a placé 1,2 milliard de dollars dans des compagnies d’exploitation des sables bitumineux », explique James Rowe, qui est professeur en sciences environnementales à l’Université Victoria et qui a copublié un rapport sur le sujet en novembre dernier.

    Des exemples? Des pétrolières comme Suncor, Cenovus, Canadian Natural.

    Au Québec, le groupe Sortons la Caisse du carbone milite depuis des années pour que la Caisse cesse d’investir dans les énergies fossiles. Cette dernière a d’ailleurs promis de réduire, pour chaque dollar investi, de 25 % son empreinte carbone d’ici 2025, ce qui n’est pas le cas du Régime de pensions du Canada. 

    « Les équipes qui gèrent ces fonds de retraite comptent sur le fait que les citoyens ne vont pas en ligne pour faire des recherches sur la façon dont leur argent est investi », ajoute le professeur James Rowe. 

    Il croit d’ailleurs que si l’on faisait un sondage, la grande majorité des Canadiens ne sauraient pas ce qu’ils financent à travers leur régime de pension public.

    Or, précise-t-il, la moitié des investissements mondiaux en capitaux proviennent des fonds de retraite. « Ça vaut donc le coup qu’on s’y intéresse », conclut-il.

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