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L’électrification des transports, la réponse de la CAQ aux changements climatiques

Québec annonce des milliards de dollars pour « bâtir une économie verte ».

Une voiture électrique à une borne de recharge.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans son budget dévoilé mardi, le ministre des Finances a promis 6,7 milliards de dollars sur 5 ans pour lutter contre les changements climatiques.

Le ministre estime que ces investissements donneront naissance au plus important chantier environnemental jamais entrepris au Québec.

Cependant, les groupes environnementaux estiment, eux, qu’il n’a pas du tout compris où l’argent devrait aller pour mener une lutte efficace.

Le ministre de l’Environnement présentera bientôt son Plan pour une économie verte 2030, mais Eric Girard en a dévoilé mardi les grandes lignes, soit 6,2 milliards de dollars d’ici cinq ans.

Eric Girard affirme que le Québec pourra ainsi assumer le leadership de la lutte contre les changements climatiques et fera preuve d’exemplarité en réduisant son empreinte carbone.

Pour y arriver, le ministre des Finances promet des efforts titanesques.

L’électrification comme mesure phare

Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec de 37,5 % par rapport à leur niveau de 1990, le gouvernement mise gros sur l’électrification des transports.

Au cours des cinq prochaines années, 3,8 milliards de dollars seront consacrés au secteur des transports, dont 1,4 milliard de dollars pour l’électrification des véhicules légers (programme Roulez vert) et 2,3 milliards de dollars pour les projets d’électrification des camions lourds et des véhicules de transport collectif.

D'après Christian Savard, de l'organisation Vivre en Ville, cet accent sur l’électrification des véhicules ne permettra cependant pas au gouvernement d’atteindre ses cibles.

Ce n’est pas la bonne solution. On va dépenser beaucoup d’argent pour l’achat de quelques centaines de milliers de voitures électriques, mais ça n’aura pas un impact majeur sur un parc automobile de plus de 6 millions de véhicules, dit M. Savard.

Même son de cloche chez Patrick Bonin de Greenpeace. Il craint qu’en dépensant autant d’argent sur l’électrification, le gouvernement n’ait plus de marge de manœuvre pour d’autres mesures en environnement. Il n’y a pas que le transport. Il y a l’agriculture, l’étalement urbain, l’habitation…, ajoute M. Bonin.

MM. Savard et Bonin auraient aimé voir des mesures qui feraient payer davantage les industries polluantes et les propriétaires de véhicules énergivores. Eric Girard a répondu en point de presse que ce type de mesure n'était pas nécessaire pour l'instant, puisqu'il croit que les mentalités vont changer grâce aux mesures et aux programmes que le gouvernement caquiste mettra en place.

Les investissements en transport collectif se poursuivent

Le ministre tient le document du budget dans ses mains.

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a présenté son budget 2020 à l'Assemblée nationale.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le gouvernement investira par ailleurs d’importantes sommes dans des projets de transport collectif, puisqu’il estime que ce secteur est celui où le potentiel de réduction des GES est le plus élevé.

Le ministre a également annoncé 3,3 milliards de dollars supplémentaires dans le cadre du Plan québécois des infrastructures (PQI) 2020-2030 pour le développement du transport collectif. Cela portera les investissements en transport collectif à 15,8 milliards de dollars.

Cet argent sera consacré à six projets structurants dans les régions de Montréal, de Laval, de la Montérégie, de la Capitale-Nationale et de l'Outaouais, dont trois nouveaux projets :

M. Savard dit être déçu de voir que plusieurs projets ne sont qu’à l’étude. Il y a encore beaucoup d’argent qui n’est pas dépensé. J’aurais voulu plus de projets en cours, pas seulement au stade de planification.

Le gouvernement estime que ces projets de transport collectif bénéficieront au total d’investissements de 48,3 milliards de dollars.

Le ministre Girard affirme que le gouvernement atteindra d’ici cinq ans un équilibre entre les investissements en transport collectif (48,3 milliards de dollars) et dans le réseau routier (42,5 milliards de dollars). Petit bémol à cette affirmation : 28 milliards des 43,8 milliards de dollars annoncés en transport collectif doivent provenir d’éventuels partenaires (gouvernement fédéral, Caisse de dépôt et placement, etc.). Ceux-ci n’ont pas encore confirmé leur participation financière à ces projets.

Au final, le rattrapage n’est pas encore là. On dépense encore deux fois plus pour le réseau routier comparé au transport collectif.

Christian Savard, Vivre en Ville

Pour sa part, Suzanne Roy, présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), est contente de voir que plusieurs projets prennent forme. Le transport collectif aidera à décongestionner les régions métropolitaines et aidera à réduire les GES.

Par contre, Mme Roy se demande si le futur plan environnemental inclura des montants pour les frais d’exploitation (p. ex., les salaires pour ajouter des chauffeurs d’autobus).

Se préparer aux inondations

Le budget du ministre Girard prévoit aussi 473 millions de dollars sur cinq ans pour étudier davantage l’incidence des inondations sur les communautés. Ainsi, le gouvernement souhaite augmenter ses connaissances cartographiques et étudier l’évolution des risques d’inondation liés aux changements climatiques.

Sur ce montant, 129 millions de dollars seront utilisés pour adopter de nouvelles approches en aménagement du territoire par bassin versant, 37,3 millions de dollars pour développer des connaissances sur l’évolution des zones susceptibles d’inondation et 50 millions de dollars en soutien aux municipalités.

Cette annonce plaît particulièrement à Mme Roy de l’UMQ. On ne sait pas encore si ces montants seront suffisants, parce qu’on ne sait jamais l’ampleur des inondations, mais c’est une bonification qui sera grandement appréciée par les municipalités. Les inondations peuvent avoir un impact majeur sur les municipalités.

Autres mesures en environnement :

Par ailleurs, le programme Chauffez vert, qui incite les propriétaires à remplacer leur système de chauffage pour utiliser de l’énergie renouvelable, est reconduit avec une enveloppe de 150 millions de dollars sur cinq ans. Ce programme pourrait notamment aider les résidents de Montréal, où un projet de règlement sera déposé en 2020 pour interdire graduellement le chauffage au mazout.

  • 1,3 G$ en aide à la décarbonisation des entreprises
  • 310 M$ pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments
  • 183,2 M$ pour le programme ÉcoPerformance
  • 19,9 M$ pour le programme Technoclimat
  • 30,2 M$ pour le programme Biomasse forestière résiduelle.
  • 20 M$ pour les centres de tri de matières recyclables
Le budget du Québec expliqué en 3D

Incidence économique de ces mesures

Le ministre Girard affirme que ce plan environnemental ambitieux aura des effets positifs sur l’économie du Québec, soit 1,2 milliard de dollars sur le PIB réel du Québec en 2030.

Pour financer ces programmes et projets en environnement, la majorité (4,1 milliards de dollars) de ces revenus proviendra du marché du carbone. Le gouvernement ajoutera à cela 2,1 milliards de dollars en crédits budgétaires.

Des avancements « minimes »

Manon Massé, de Québec solidaire, n’a pas mâché ses mots pour critiquer les mesures environnementales du budget.

Ceci n’est pas un budget vert. C’est un budget d’écoblanchiment comptable.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Elle croit que le gouvernement n’a pas osé s’attaquer à l’urgence climatique et que les investissements ne sont pas à la hauteur de ce qui avait été promis par le premier ministre François Legault.

Mme Massé estime qu’il y a peu d’investissements nouveaux et que la plupart des sommes promises sont prévues pour l’année suivant les élections provinciales.

Les groupes environnementaux se disent eux aussi déçus par ces annonces en environnement. Je reste sur ma faim, dit Christian Savard. Il n’y a pas beaucoup d’innovation dans les annonces faites.

Patrick Bonin abonde dans le même sens. On ne voit pas un virage drastique en environnement. C’est du saupoudrage. Le gouvernement n’a pas fait les changements structurels dont on a besoin.

La directrice générale d’Environnement jeunesse, Catherine Gauthier, ajoute que le gouvernement n’a pas proposé les changements transformateurs nécessaires qu’il avait promis aux Québécois. Le message des millions de citoyens qui ont marché dans les rues n’a pas été entendu. On n’a pas du tout compris l’urgence climatique. C’est business as usual, déplore-t-elle.

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