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Le coronavirus, coûteux casse-tête pour les transporteurs aériens

Un couple regarde le tableau des départs à l'aéroport de Zurich.

Un couple regarde le tableau des départs à l'aéroport de Zurich, en Suisse, le 10 mars 2010.

Photo : The Associated Press / Alexandra Wey

La baisse de la demande de la part des voyageurs et les craintes engendrées par l'épidémie de coronavirus forcent quantité de compagnies aériennes à annuler des vols et à geler l'embauche. Les pertes de revenus pourraient se chiffrer en milliards de dollars.

Depuis une semaine, aux États-Unis, la demande a tellement baissé en matière de vols intérieurs que Delta Airlines prévoit que le tiers de ses appareils seront vides ce mois-ci.

Même la perspective d'escomptes sur les billets d'avion n'atténuera pas les appréhensions des clients vis-à-vis de l'épidémie de la COVID-19, selon le président de Delta, Glen Hauenstein. Si vous avez peur de prendre l'avion, ce n'est probablement pas une baisse des prix qui va vous convaincre de monter à bord, a-t-il déclaré.

Delta Airlines compte réduire jusqu'au quart de ses vols internationaux. Ses vols à l'intérieur des États-Unis seront de 10 à 15 % moins nombreux, à l'instar de ce qu'avait annoncé United Airlines.

Delta réduit aussi ses dépenses, gèle l'embauche, retarde les contributions volontaires à son régime de retraite et suspend son régime d'achat d'actions.

Pour sa part, American Airlines va baisser de 10 % le nombre de ses vols internationaux cet été et de 7,5 % le nombre de ses vols à l'intérieur des États-Unis en avril.

La baisse de la demande s'explique par les craintes des touristes à l'égard du coronavirus, mais aussi par le fait que nombre de gens d'affaires reçoivent de leur employeur la directive de ne pas voyager.

Le PDG d'American Airlines, Doug Parker, a déclaré que le déclin le plus marquant des ventes de billets a été enregistré relativement aux vols réservés à moins d'une semaine de la date de départ. Ce sont précisément ces billets qu'achètent fréquemment les voyageurs d'affaires.

Ça, ça fait vraiment mal, affirme Jacques Roy, professeur spécialisé dans la gestion du transport à HEC Montréal. Le marché des voyageurs d’affaires est très important pour les compagnies aériennes.

Dans une entrevue accordée à Midi info, sur les ondes d'ICI Première, mardi, Jacques Roy prévoit que les revenus des transporteurs aériens connaîtront une saignée.

Des pertes qui atteindront des milliards

La semaine dernière, l'Association internationale du transport aérien (IATA) a évalué que les pertes de revenus pour les transporteurs, cette année, pourraient excéder les 13 milliards de dollars. C'est quatre fois plus que ce que l'IATA avait évalué seulement deux semaines auparavant.

C'est une situation qui évolue de jour en jour, et c’est clair que, pour le secteur du transport aérien, c’est très préoccupant.

Jacques Roy, professeur à HEC Montréal

M. Roy explique que les coûts fixes auxquels font face les compagnies de transport aérien sont très importants. Il est donc essentiel que ces compagnies réagissent rapidement devant la baisse appréhendée de leur chiffre d'affaires, dit-il en substance.

À titre d'exemple de ces décisions que prennent les transporteurs, Air France, KLM et Lufthansa ont annoncé, à la fin du mois de février, qu'elles gelaient les embauches.

Certes, la baisse des prix du pétrole est à l'avantage des compagnies aériennes, puisque le carburant constitue l'un de leurs principaux postes de dépenses, rappelle M. Roy. Mais évidemment, ce ne sera pas suffisant pour pallier les pertes de revenus, ajoute-t-il.

De l'avis de Jacques Roy, ce sont les transporteurs qui ont le moins de liquidités qui souffriront le plus de la situation.

United Airlines a annoncé qu'elle avait pris des arrangements pour avoir accès à 2 milliards de dollars de plus en prêts bancaires, histoire de protéger sa flexibilité financière. Par cette mesure, son portefeuille de liquidités représente de 6 à 8 milliards de dollars.

Un employé d'aéroport portant un masque indique au photographe de libérer la voie.

Les voyageurs subissent les contrecoups de la propagation du coronavirus.

Photo : Getty Images / Laurent Emmanuel

L'épidémie de coronavirus touche maintenant 118 pays.

Delta, United, American Airlines aux États-Unis, Air Canada et la plupart des transporteurs internationaux ont suspendu leurs vols vers la Chine, où l'épidémie de la COVID-19 s'est d'abord déclarée et où elle a infecté le plus grand nombre de personnes.

Pas d'avions vers l'Italie

Après la Chine, l'Italie est le deuxième pays le plus touché par le coronavirus.

Mardi, la Protection civile italienne faisait état de 168 nouveaux décès attribuables à la COVID-19. Ce bilan sans précédent depuis le début de l'épidémie porte à 631 le nombre de décès dans le pays.

Mardi, Air Canada a annoncé la suspension de ses vols à destination et en provenance de l'Italie, en affirmant que sa décision a été motivée par la réglementation italienne et par des préoccupations persistantes en matière de santé et de sécurité liées à l'épidémie du nouveau coronavirus.

De son côté, Air France maintient un vol par jour pour chacune de ses destinations en Italie, jusqu'au 14 mars.

Mais, à partir du 14 mars, et jusqu'au 3 avril, Air France ne desservira pas du tout l'Italie.

British Airways, Ryanair et Jet2 ont pour leur part annoncé, mardi, qu'elles annulaient des centaines de vols vers l'Italie et à partir de ce pays, et ce, jusqu'en avril au plus tôt.

Seule la compagnie aérienne Iran Air a annoncé mardi qu'elle reprenait ses vols vers l'Europe. Trois exceptions toutefois : Vienne, Stockholm et Göteborg, qui ont annulé les vols en raison de l'épidémie, a indiqué Iran Air dans un communiqué.

Des vacances à la maison?

À l'approche du printemps, nombreux sont ceux qui planifient leurs vacances d'été. Le trimestre le plus rentable dans le transport aérien, c’est le troisième, donc juillet, août et septembre, explique le professeur Jacques Roy de HEC Montréal. Alors, si les gens qui planifiaient des déplacements en Europe cet été décident de reporter, ou de visiter la Gaspésie plutôt que la Normandie, ça va avoir un effet important sur les revenus des transporteurs.

Par ailleurs, en réaction aux effets entraînés par l'épidémie de la COVID-19, la Commission européenne se prépare à proposer un assouplissement temporaire des règles sur les créneaux aéroportuaires. Et ce, afin d'éviter les vols à vide et d'aider le secteur aérien touché par les conséquences du coronavirus.

En vertu de ces règles, les compagnies aériennes doivent utiliser au moins 80 % des créneaux horaires qui leur sont attribués dans les aéroports, faute de quoi elles perdent leurs droits la saison suivante.

Nous voulons qu'il soit plus facile pour les compagnies aériennes de garder leurs créneaux aéroportuaires, même si elles n'exploitent pas de vols dans ces créneaux en raison du déclin du trafic, a déclaré mardi Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne.

Avec les informations de CNN, Associated Press, Reuters, et Agence France-Presse

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