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Le coronavirus repousse les touristes et ralentit l'économie européenne

Photo aérienne détaillée montrant une partie de Paris en été. Les voitures ont la taille d'un grain de riz.

La place Charles-de-Gaulle (anciennement de l'Étoile), à Paris, vue des airs, avec l'Arc de triomphe en son coeur.

Photo : Getty Images / AFP / Boris Horvat

La lutte contre le coronavirus coûte bien cher à l’économie des pays les plus touchés. Des chaînes de productions à l’arrêt en Chine, les concerts et des matchs de soccer annulés en Italie. La chute dramatique des déplacements en avion fait très mal en France, le pays d’ordinaire le plus visité du monde.

Cet après-midi, la place du Tertre ressemble à une classe d’élèves en peinture sans modèle sur qui s’exercer. Les chevalets sont prêts, les artistes aussi. Les chaises et les tabourets sont installés à bonne distance. Mais les clients se font rares.

Cela fait une cinquantaine d’années que Bruno peint ici, à quelques mètres de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre. Une cinquantaine d’années à croquer le portrait des touristes qui arpentent la butte et ses petites rues étroites.

Il y a toujours la foule normalement. Mais là... La voix du vieux barbu aux cheveux blancs traîne un peu. Là, c’est calme. Les gens, ils ont un peu peur, quoi!

Peur de ce fichu virus qui a bondi dans les vies européennes en trois petites semaines. Peur de ce coronavirus invisible, qui semble contourner tous les obstacles mis sur son chemin. Peur d’être contaminé. Peur de le transmettre.

Cela fait une quinzaine de jours que l’Italie a placé quelques villages en quarantaine. Depuis, la COVID-19 n’a cessé de se propager sur le Vieux Continent.

La crainte, elle, s’est propagée plus rapidement encore. Et les avions ont cessé d’emporter des milliers de voyageurs.

Une ville vidée de ses touristes

Pour le constater, il s’agit de déambuler dans l’un des quartiers les plus touristiques de Paris. Cette Ville Lumière, capitale du pays le plus visité de la planète.

Certes, il y a encore des touristes à Paris. Mais ils sont si peu nombreux en comparaison des foules habituelles dans ce Montmartre associé au romantisme et à Picasso, à Dali et à Renoir.

Je suis habitué à voir des Italiens, mais je n'en vois pas du tout, explique Sahira Kemache, rencontrée seule dans un magasin de souvenirs près du mur des « Je t’aime ». Elle parlait quelques heures avant l’imposition d’une quarantaine pour l’ensemble de l’Italie.

En face, le proprio d’un petit café se désole. Sa terrasse donne sur une place tranquille, loin du chaos urbain parisien. Elle est d’ordinaire très fréquentée. Pourtant, Yann Raguénès y voit souvent des places vides ces jours-ci.

En ce moment, je pense que c'est plus la crainte que le virus! On sait tous que les réseaux sociaux, ça n'aide pas du tout. Déjà, les médias font des tartines, parlent de ça 24 h sur 24. C'est anxiogène, quoi!

Une citation de :Yann Raguénès

« Une très grave crise »

Les bilans et les estimations fournies depuis quelques jours par les responsables des divers secteurs liés au tourisme donnent le tournis.

Prenez seulement l’exemple des touristes chinois. Ils ne sont pas les plus nombreux à visiter la France, mais ils dépensent davantage que les autres. Or, il n’y a presque plus personne à faire la queue devant les boutiques de luxe.

Depuis janvier, les voyageurs chinois ont presque tous annulé leurs réservations d’hôtel dans la région parisienne. À l’échelle de l’Europe, leur absence représente des pertes de 1,6 milliard de dollars pour l’hôtellerie seulement.

Mais il n’y a pas que les Chinois qui ne voyagent plus. Depuis plus d’une semaine, il s’annule davantage de billets d’avion à destination de l’Europe qu'il s’en réserve. Conséquence à l’échelle française : des pertes anticipées de 7 à 9 milliards de dollars au premier trimestre de 2020.

Ça m'arrive d'avoir des agences de voyages en pleurs au téléphone, confie Valérie Boned, qui dirige les Entreprises de voyage, un regroupement d’agences de voyage et de voyagistes en France.

Avec des collègues, elle vient d’expliquer la situation au ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Son message : la crise va au-delà des secteurs du tourisme de plaisance. Elle touche aussi ceux qui travaillent avec les voyageurs d’affaires.

Le problème de cette crise-là, c’est que ça touche tous les domaines, toutes les activités dans le monde entier. Les entreprises sont très prudentes. Les déplacements des salariés sont limités au minimum.

En conséquence, les congrès sont annulés, les traiteurs décommandés, les salles et chambres d’hôtel inutilisées. Même les voyages scolaires n’ont plus lieu.

Aux yeux de Valérie Boned, la situation est « exceptionnelle dans sa gravité », parce qu’il est impossible de prévoir quelle zone sera touchée, et surtout, quand tous ces voyages reprendront.

« Un avant et un après » coronavirus

Le ministre français de l’Économie ne semble pas avoir eu besoin de beaucoup de temps pour être convaincu de l’urgence économique posée par la COVID-19. Son impact se calculera « en dixièmes de points de PIB ».

En réponse, Bruno Le Maire assure avoir décidé de simplifier et de muscler sa réponse économique, en particulier pour les secteurs qui sont en situation critique.

Mesure phare : la France offre de rembourser une partie du salaire des employés placés en chômage temporairement. Des serveurs ou cuisiniers, par exemple, dont le travail dépend de la quantité de clients. Des gens sur qui une entreprise va compter quand l’activité reprendra.

Le gouvernement ne s’inquiète pas que pour l’industrie du voyage. La crise du coronavirus a fait apparaître des failles dans le modèle économique européen, soit une grande dépendance aux importations.

Beaucoup d’entreprises attendent des composantes fabriquées en Asie pour compléter leurs produits. C’est le cas du secteur automobile, notamment, ou encore des produits pharmaceutiques.

Il y aura un avant et un après cette épidémie du coronavirus sur l’organisation de l’économie mondiale, croit le ministre Le Maire. Il entrevoit une réorganisation des chaînes de production pour accentuer l’autonomie européenne.

Les entreprises pourraient aussi revoir la pertinence des voyages d’affaires et des grands congrès internationaux. Les touristes pourraient y voir une raison de plus pour voyager plus près de la maison.

Sur la place des Abbesses à Paris, Yann Raguénès ne veut pas trop y croire. Il attend que les clients reviennent boire des demis sur sa terrasse, certain que Paris demeure une ville que le monde entier veut voir.

Il espère que le printemps et la chaleur chasseront le coronavirus et feront revenir les visiteurs. S’il fait beau et que je n’ai personne, je vais me dire que c’est la catastrophe. Qu’il y a un gros souci.

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