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Un service pour hommes violents surchargé à Calgary

Un poing serré au premier plan et une femme assise, tête baissée, en arrière-plan.

Une femme est tuée tous les deux jours et demi au Canada, selon une étude de l'Observatoire canadien sur la justice et la responsabilisation.

Photo : Pixabay / Alexandra Fotos

Stéphanie Rousseau

Un programme qui aide les hommes violents dans des situations de violence domestique n’arrive pas à fournir à la demande à Calgary.

Le Men’s Counselling Service offert par le Calgary Women's Emergency Shelter existe depuis les années 1990. Il aide en moyenne 200 à 400 hommes par année à changer leurs comportements violents en leur offrant des séances de soutien individuelles ou de groupe.

La directrice générale du Calgary Women’s Emergency Shelter, Kim Ruse, dit que le service, qui est un des seuls du genre en Alberta, est surchargé.

En ce moment à Calgary, il y a une forte demande pour les services liés à la violence domestique, explique-t-elle. Comme il y a peu de services pour les hommes, l’attente est longue. Les temps varient, mais actuellement, il y a de 2 à 3 mois d’attente. C’est critique parce c’est déjà très difficile pour ces hommes de faire cet appel à l’aide, alors c’est important de leur répondre rapidement, ajoute-t-elle.

S’ils doivent attendre, parfois ils estiment que la crise est passée et ils ont l’impression qu’ils peuvent gérer cela seuls. D’autres abandonnent, ajoute-t-elle.

Rod Mitchell, thérapeute pour le programme depuis deux ans, est d'accord.

En répondant tout de suite, ça fait une énorme différence parce que quand les gens appellent, ils sont à chaud par rapport à ce qu’il vient de se passer. Ils ressentent de la honte face à leurs gestes et sont très motivés à changer.

Rod Mitchell, thérapeute

S’ils attendent, ils vont parfois décider qu’ils n’ont plus besoin d’aide ou les choses peuvent se détériorer dans la relation, mais nous avons manqué la fenêtre d’opportunité, ajoute Rod Mitchell.

Même si le centre tente d’aider les cas les plus pressants le plus rapidement possible, pas toujours facile de bien comprendre les situations après un seul appel.

Quand ils appellent, nous parlons de la situation avec eux, nous essayons de voir comment les aider et faire du tri, mais la réalité est que c’est très difficile de juger juste avec un appel et idéalement nous aimerions voir les gens le plus rapidement possible, ajoute Rod Mitchell.

Plus de financement, dans un contexte de compressions

Kim Ruse sait que l’Alberta fait face à un contexte financier difficile, mais pour elle, il faudrait que la province en fasse davantage pour aider ces hommes.

En Alberta, nous avons une stratégie et du financement pour travailler avec les hommes, mais ce n’est pas assez. Les listes d’attente augmentent. Notre organisme a fait des efforts pour amasser de l’argent avec des collectes de fonds ou pour fournir les services autrement, mais nous n’arrivons pas à répondre aux besoins, dit Kim Ruse.

Il y a aussi eu des compressions dans les services sociaux, même si les services aux victimes de violence domestique n’ont pas été touchés, d’autres agences partenaires l’ont été, dit Kim Ruse, ajoutant qu'elle souhaite aussi un changement de culture.

Je pense que c’est plus compliqué que juste plus d’argent. Nous devons aussi nous demander comment mieux travailler et comment avoir de meilleures conversations comme société. Pour que cela soit possible pour ces hommes de demander de l’aide à leurs proches et familles, sans être stigmatisés, précise-t-elle.

L’urgence d’agir

Selon les intervenants, il est urgent d’agir parce que les tendances provinciales ne semblent pas s’améliorer.

De plus en plus de femmes qui sollicitent nos services sont exposées à des risques élevés de meurtre et de blessures physiques plus graves. Nous assistons également à une hausse des menaces avec des armes et des niveaux plus élevés d'étranglement, qui est une forme très intime de violence liée à des blessures plus graves au fil du temps, dit Kim Ruse.

Des services pour les hommes au détriment des autres victimes?

Kim Ruse sait que l’idée de fournir de l’aide aux hommes dans les situations de violence domestique est controversée, mais pour elle, cette composante est essentielle.

Certaines personnes disent qu’en allouant des ressources aux hommes, vous volez les femmes et les enfants, relate-t-elle. Je pense qu’il faut offrir les deux. Aider les victimes, tout en changeant les comportements des hommes violents pour éviter qu’ils répètent ce schéma dans leurs relations futures.

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