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À quoi doit-on s'attendre dans le deuxième budget Girard?

Le ministre des Finances du Québec répond à nos questions sur le budget du Québec 2020.

Eric Girard.

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Hugo Lavallée

Le ministre des Finances Eric Girard déposera au cours des prochaines heures son deuxième budget. Le contexte dans lequel il s'exécutera est cependant bien différent de celui qui existait il y a un an. Entrevue

Partout dans le monde, on s'inquiète des conséquences économiques de la propagation de la COVID-19, comme l'illustre la volatilité des marchés boursiers des derniers jours. Le ministre se fait tout de même rassurant pour l'instant : le gouvernement québécois, dit Eric Girard, a toute la marge de manœuvre nécessaire pour soutenir l'économie, le cas échéant. Il répond à nos questions.


Jusqu'à quel point l'épidémie de coronavirus influence-t-elle vos prévisions de croissance?

EG : Avant l'apparition du virus, on prévoyait approximativement 3 % de croissance pour l'économie mondiale en 2020. Mais la Chine, c'est 20 % de l'économie mondiale. Et la Chine a fermé sa production industrielle en janvier, février. On a des impacts sur l'industrie touristique. C'est certain que le premier trimestre de 2020 sera beaucoup plus faible que ce qui était prévu initialement.

La question, c'est : est-ce que c'est temporaire? Est-ce qu'on fait seulement soustraire du premier trimestre et la production revient quelque part au deuxième et au troisième trimestre? Est-ce que ça fait comme on a vu dans le passé des épidémies, où tout ce qui est perdu dans le premier trimestre est repris dans les deux trimestres suivants? Ça, c'est le scénario positif.

Le scénario négatif, c'est si ces arrêts de production perdurent. Si l'industrie touristique reste faible, si l'économie ne revient pas et qu'on soustrait encore au deuxième trimestre, là, l'impact est plus important. Il y a une définition de récession qui est technique, les gens qui disent : c'est deux trimestres difficiles pour avoir une récession. Là, clairement, le premier trimestre a été difficile.


Qu'en est-il de l'économie du Québec et du Canada?

EG : Moins vous êtes affectés par le virus, plus votre demande intérieure est solide, moins vous ressentez un impact. Mais il y a des effets, c'est indéniable. La Chine, encore une fois, c'est 20 % de l'économie mondiale, mais son poids dans les chaînes de production et dans le commerce mondial est beaucoup plus élevé.

Ceci dit, les banques centrales réduisent les taux d'intérêt, les gouvernements vont engendrer des dépenses pour stimuler l'économie. Et l'autre stabilisateur pour une économie comme le Québec, c'est la baisse du prix de l'énergie, parce que le pétrole est affecté par la demande mondiale. Quand il baisse plus bas, ça aide à la stabilisation.

Pour le structurel, ça ne change rien. Nous, on essaie de faire des gestes qui vont améliorer le niveau de vie des Québécois à long terme. C'est pour ça qu'on parle d'éducation, du maintien des travailleurs en emploi. On réduit notre dette. On doit être plus productifs pour que le poids économique du Québec corresponde à son poids démographique dans le Canada.


Le premier ministre a parlé du prochain budget comme du budget de l'environnement. On s'attend à des investissements plus élevés dans les infrastructures, dans le transport en commun, ce qui aurait aussi pour bénéfice de stimuler l'économie. Jusqu'où le gouvernement a-t-il les moyens d'aller?

EG : Au Québec, depuis 2006, on a un plan pour réduire notre dette. Nous étions la province la plus endettée et on s'est pris en main avec la création du Fonds des générations. On dédie des fonds à chaque année à la réduction de la dette.

On a fait des surplus depuis les quatre dernières années, ce qui fait que maintenant on s'approche des cibles que nous nous étions données collectivement pour réduire notre endettement. Réduire sa dette, ça donne de la capacité future d'emprunter et ça permet de faire plus d'infrastructures. Alors, oui, on a la marge de manœuvre, on a le bilan pour faire plus d'infrastructures, et ça, c'est très positif.

Ceci dit, je sais que les gens aiment les annonces et les nouveaux projets, mais moi, comme économiste impliqué dans la gestion de l'État, je trouve que c'est très important qu'on s'occupe du déficit de maintien d'actifs. Nos écoles ont besoin d'être en meilleur état, nos routes aussi. Les gens regardent beaucoup les nouvelles annonces... moi je vous dis : surveillez le déficit de maintien d'actifs, c'est très important.


Vous avez annoncé à la suite de votre élection l'amortissement accéléré pour les nouveaux investissements des entreprises. Doivent-elles s'attendre à davantage de soutien?

EG : L'amortissement accéléré, ce n'est pas nous qui avons inventé ça. Je dois donner le crédit; dans la réforme américaine de la fiscalité, ce qu'on a appelé la réforme Trump, il y avait la baisse du taux d'imposition des entreprises.

Ça, au Canada, on a décidé de ne pas faire ça, parce qu'on avait un avantage compétitif par rapport aux États-Unis. Ils ont baissé et là on est à peu près égal au niveau du taux d'imposition des grandes entreprises. Mais l'amortissement accéléré, qui avait été fait aux États-Unis, on demandait au gouvernement fédéral d'introduire ça et lorsque le fédéral l'a fait, on a rajouté une déduction de 30 % de plus. C'est très important, parce que ça diminue le taux effectif marginal d'imposition sur les nouveaux investissements.

Est-ce qu'il y aura d'autres mesures? C'est certain que la fiscalité c'est un outil puissant pour encourager les entreprises à investir, à se transformer. On regarde toujours ça et on verra au budget.


Vous parlez des cibles de réduction de la dette qui devraient être atteintes plus tôt que prévu, l'une dès cette année, l'autre en 2023-2024. Qu'adviendra-t-il du Fonds des générations une fois ces cibles atteintes?

EG : En fait, la question c'est : une fois que nous aurons atteint nos cibles de dette, quelles nouvelles cibles devrions-nous nous fixer?

Le Fonds des générations, c'est une résultante de ça. Lorsque nous aurons le 45 % de dette brute par rapport au PIB et le 17 % du PIB représentant les déficits cumulés, est-ce qu'on veut continuer à réduire la dette? La réponse est probablement oui.

Si on a moins de dette, on a plus de capacité d'investir dans le futur pour les principales missions de l'État. La décision sur le Fonds des générations est une dérivée seconde de la première décision.

*Les questions et les réponses ont été synthétisées afin d'en faciliter la lecture.

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