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Chute des prix du pétrole : l'économie albertaine encaisse un coup

Les actions de Cenovus ont perdu la moitié de leur valeur et celles de Suncor ont chuté de 18 %.

Deux chevalets de pompage au nord de l'Alberta en hiver.

Le prix du baril de pétrole Western Canada Select (WCS) tournait autour de 20 $, vers midi HNR, lundi.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Laurent

Les prix du pétrole ont chuté de presque 30 % tôt lundi matin, provoquant une onde de choc au sein de l’industrie énergétique en Alberta. Des experts craignent que certaines compagnies n'y survivent pas.

Les marchés nord-américains se sont ouverts dans la panique, lundi, après qu’une dispute entre la Russie et l’Arabie saoudite a conduit cette dernière à casser ses prix de vente

Après avoir touché un creux à 27,38 $ US, le prix du baril de pétrole West Texas Intermediate (WTI) a terminé la journée un peu au-dessus de 31,02 $. Le prix du baril albertain, cependant, valait 17,80 $ US à la fermeture des marchés.

Il s’agit de la pire chute en une seule journée depuis la guerre du Golfe en 1991.

Nous sommes en terrain inconnu.

Jason Kenney, premier ministre de l'Alberta

« Le défi que cela pose à notre économie ne pourrait pas être plus sérieux  », a lancé le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, en conférence de presse à Calgary.

Du même souffle, il a ajouté que cela pourrait pousser le gouvernement à réduire ses dépenses davantage.

Jason Kenney a cependant mentionné que le gouvernement voulait continuer d’investir dans les infrastructures pour stimuler l’économie.

De plus, il a annoncé la création d'un comité spécial pour l'aider à naviguer cette « crise économique ». Ce comité sera présidé par l'économiste Jack Mintz et conseillera le gouvernement sur les prochaines mesures à prendre pour aider l'industrie.

Cenovus et Suncor frappées de plein fouet

Les deux plus grandes pétrolières basées à Calgary, Cenovus et Suncor, ont encaissé une importante partie du choc. Les actions de Cenovus ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Après une chute abrupte en début de journée, celles de Suncor ont remonté légèrement pour se stabiliser à 18 % sous leur valeur de la veille.

Le professeur d’économie de l’Université de Calgary, Blake Shaffer, explique que les marchés pétroliers étaient déjà fragilisés, car la demande d’essence est en baisse à cause du coronavirus.

« C’est un énorme mouvement. J’ai travaillé dans le marché de l’énergie pendant 15 ans et je n’ai pas les chiffres des variations quotidiennes en tête, mais c’est définitivement un des plus gros que j’ai vus », dit-il.

« Ça pourrait être le coup de poing qui met l’Alberta K.O », croit Martin Pelletier, un gestionnaire de portefeuille du TriVest West Counsel de Calgary, en expliquant qu’il s’attend à ce que certaines compagnies y laissent leur peau.

Il croit que c’est le moment pour le gouvernement fédéral de lancer une bouée de sauvetage, par exemple à travers un programme de transferts fiscaux pour les provinces touchées.

Ottawa interpellée

Le premier ministre de l'Alberta veut discuter prochainement avec Ottawa de nouvelles mesures d'aide pour les compagnies et les travailleurs albertains. Il souhaite entre autres que le gouvernement finance certains programmes pour la réclamation de puits orphelin et qu'il augmente les paiements de stabilisation fiscale à l'Alberta.

« Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour aider la province à traverser ce ralentissement économique  », dit-il.

Le président de l’Association canadienne des producteurs de pétrole, Tim McMillan, croit que le Canada s’est « auto-infligé plusieurs blessures » qui l’ont rendu vulnérable à de tels sursauts du marché. Il fait notamment référence aux délais dans la construction de pipeline, mais aussi aux manifestations qui ont bloqué le transport ferroviaire, incluant le transport pétrolier dans le dernier mois.

« Alors qu’on aurait pu vendre notre pétrole au monde il y a un mois, on le gardait en réserve, et maintenant il vaut beaucoup moins », dit-il.

Il invite Ottawa à revoir ses politiques environnementales et son processus d’approbation pour les projets énergétiques pour ramener le pays dans une position plus avantageuse dans le marché énergétique.

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, a dit surveiller la situation de près, mais sans s’engager davantage.

« Mon message aux Albertains en ce moment c’est que nous allons continuer de travailler avec le gouvernement provincial et que notre plus grande priorité sera les travailleurs de l’énergie et leurs familles », a-t-il lancé.

Le gouvernement albertain devra revoir ses calculs, selon des experts

Dans le budget déposé le 27 février, le gouvernement comptait sur un prix du baril de 58 $US cette année, soit 26 $US plus élevé qu’en ce moment. Ces projections étaient déjà plus optimistes que celles de plusieurs banques.

Blake Shaffer souligne que chaque dollar de différence dans le prix du baril a d’énormes conséquences sur les revenus du gouvernement, à la fois en termes d’impôts et de redevances pétrolières.

« À ce point-ci, je crois que l’estimation la plus raisonnable c’est qu’on va se retrouver avec 5 milliards de dollars de moins que ce qu’on a prévu dans le budget 2020 », dit-il.

Il explique que, selon ses calculs, le sursaut actuel du marché coûterait 7 milliards de dollars en termes de revenus d’ici 2022, cependant, la faiblesse du dollar canadien et le différentiel un peu plus petit que prévu compensent pour 2 millions de dollars.

Ces calculs sont semblables à ceux de Martin Pelletier. L’opposition officielle a cependant voulu se baser sur une estimation « conservatrice », en chiffrant la perte prévue à 4 milliards de dollars au bas mot.

La chef, Rachel Notley, a aujourd’hui appelé le gouvernement à retourner à la table à dessin pour présenter un budget 2020 plus « crédible ».

La semaine dernière, le gouvernement albertain avait mentionné pour la première fois que le retour à l'équilibre budgétaire, prévu en 2022, pourrait être retardé si le Coronavirus bouleversait l'économie internationale.

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Alberta

Industrie pétrolière