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Écrasement du vol MH17 : « La Russie et ses mensonges » au banc des accusés

À l’ouverture du procès aux Pays-Bas, les familles des victimes de l’écrasement du vol MH17 espèrent toujours obtenir des excuses officielles de la Russie.

Le reportage de Tamara Alteresco.

Photo : Getty Images / Pierre Crom

Absolument rien n'a bougé dans la chambre où Bryce Fredriksz a passé la dernière nuit avant de s’envoler pour Kuala Lumpur, avec sa copine Daisy, le 14 juillet 2014.

Le lit est défait, une canette de 7Up à moitié bue traîne sur le bureau. Sa mère Silene n’a touché à rien.

C’est tout ce qu'il me reste de lui, c’est pourquoi je ne touche à rien, explique-t-elle. Je ne sais pas pour combien de temps encore, le temps qu’il me faudra...

Les seuls objets qui ont été ajoutés au triste décor sont ceux qu’elle a pu récupérer des années après le drame, comme un sac de coton que sa belle-fille portait et les cartes d’embarquement du couple retrouvées dans le débris de l’appareil de la Malaysia Airlines dans lequel ils ont péri.

Des photos et des bibelots dans une chambre.

Des souvenirs de Bryce Fredriksz, mort dans l'écrasement du vol MH17 en 2014, trônent dans la maison de sa mère, à Rotterdam, aux Pays-Bas.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Des 298 passagers, personne n’a survécu.

Presque six années se sont écoulées et Silene Fredriksz est bien consciente que les responsables de cette tragédie pourraient ne jamais payer pour leur crime.

Mais le procès qui s’ouvre aux Pays-Bas ne sera pas vain, bien au contraire. Silene espère que les procédures historiques pourront exposer ce qu’elle considère comme des mensonges de la Russie et de son président Vladimir Poutine.

Silene Fredriksz devant une photographie de son garçon décédé avec sa copine.

Silene Fredriksz, dont le fils, Bryce, est mort dans l'écrasement du vol MH17 en 2014.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

C’est très offensant pour nous. La Russie ment constamment en niant des faits que nous savons tous vrais, a-t-elle expliqué dans une entrevue accordée à CBC.

Au terme d’une longue enquête menée par les Pays-Bas, quatre hommes ont été accusés pour le meurtre des 298 passagers.

Les Russes Sergey Dubinsky, Oleg Pulatov, Igor Girkin et l’Ukrainien Leonid Kharchenko sont tous d’anciens hauts gradés de la milice des séparatistes prorusses.

Un homme parle sur une estrade avec derrière lui les photos des quatre accusés.

Un point de presse des enquêteurs internationaux qui travaillent sur l'écrasement du vol MH17 en novembre 2019, aux Pays-Bas.

Photo : AFP/ Getty Images / Robin Van Lonkhuijsen

Ils sont soupçonnés d’avoir transporté le missile qui a abattu l’avion et d’avoir camouflé la preuve durant les jours qui ont suivi.

Des suspects absents

Le Kremlin nie encore aujourd’hui toute responsabilité. La Russie a d’ailleurs refusé d’extrader les quatre suspects pour qu’ils subissent leur procès en chair et en os.

C’est donc devant quatre sièges vides que le procès s’est ouvert lundi matin dans un tribunal de l’aéroport d'Amsterdam-Schiphol, à quelques mètres seulement de la piste où l’avion avait pris son envol le 14 juillet.

La majorité des familles ont l’intention d’y être tous les jours, même s’il faudra peut-être attendre une année complète avant d’en arriver à un verdict.

Piet Ploeg a perdu son frère, sa belle-sœur et son neveu dans l’écrasement de l’avion. Aujourd’hui président de la fondation mise sur pied pour les familles des victimes de la tragédie du vol MH17, il nous a expliqué qu’il attend ce jour depuis plus de cinq ans, même s’il sait très bien, lui aussi, que les quatre suspects seront absents.

Nous ne pouvons pas les regarder dans les yeux, et c’est très frustrant de les voir en photos, de les savoir libres, en train de faire la fête en Russie, évoque-t-il. Mais nous allons pouvoir dire au tribunal l’impact que leur geste a eu sur nos vies et nous voulons savoir quel rôle exactement a joué la Russie dans la mort de nos proches.

Piet Ploeg marche dehors flanqué d'un autre homme et d'un caméraman.

Piet Ploeg (centre), lors de son arrivée à Schiphol, aux Pays-Bas

Photo : Getty Images / Pierre Crom

Les procureurs néerlandais ont mis des années à monter leur enquête et à accumuler les preuves, parmi lesquelles figurent des enregistrements. On y entend l’un des suspects communiquer avec le Kremlin, demandant des renforts en territoire séparatiste, y compris un missile Buk.

Aux yeux de Silene Fredriksz, la preuve est accablante.

Je suis convaincue que le président Poutine savait qu’un missile Buk a été envoyé en Ukraine. Il le savait, j’en suis sûre à 100 %. Selon moi, il est responsable de ce qui est arrivé, soutient-elle.

La Russie nie toute implication

Moscou nie avoir fourni le missile aux rebelles. Même à quelques jours du procès, le Kremlin rejette ce qu’il considère comme de la preuve inventée pour nuire à l’image de notre gouvernement, selon la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova, dans une publication sur sa page Facebook.

Aucun militaire russe n’a d’ailleurs été formellement accusé dans cette affaire, mais en entrant au tribunal lundi matin, le chef de l’unité policière néerlandaise a tenu à rappeler que l’enquête se poursuivait.

Pour l’instant, le procès se concentre sur les quatre suspects, a déclaré Andy Kraag.

L’enquête continue et nous voulons mettre à jour toute la chaîne de commandement [...] de ceux qui ont tiré le missile, à ceux qui ont donné l’ordre d’appuyer sur le bouton, a-t-il déclaré.

Les familles des victimes espèrent aussi que le procès au criminel permettra d’alimenter en preuves une poursuite au civil intentée contre le gouvernement russe par l’intermédiaire de la Cour européenne des droits de l’homme.

Ce qui est en jeu, c’est une déclaration éventuelle qui statue sur le fait que la Russie a violé les droits de la personne des 298 passagers, explique l’avocat Joe Fiorante qui représente la famille de la seule victime canadienne, Andrei Anghel, qui avait 24 ans.

Andrei Anghel souriant à la caméra.

Andrei Anghel, une des victimes de l'écrasement du vol MH17

Photo : LinkedIn

Cette famille a décidé de ne pas assister au procès parce que la procédure serait trop douloureuse. Celle-ci a déjà reçu une compensation financière de la compagnie aérienne, mais la poursuite au civil pourrait obliger la Russie à indemniser les proches des victimes.

Quoiqu’il arrive, les deux procès risquent de durer des années, a expliqué Piet Ploeg qui dit aussi militer auprès des gouvernements pour rendre l’espace aérien plus sécuritaire et éviter qu’une autre tragédie du genre ne se produise. C’est ce qui me tient occupé. Pas la vengeance, loin de là.

Le procès pour la tragédie du vol MH17 s’ouvre pourtant à peine deux mois après la tragédie du vol 752 de la compagnie Ukraine Airlines, abattu par deux missiles iraniens en décollant de Téhéran. Cinquante-huit Canadiens ont perdu la vie dans l’explosion.

Ça nous a coupé le souffle, littéralement, dit Silene Fredriksk. On s’est tous dit : mon Dieu l’histoire se répète! La seule différence, c’est que l’Iran a mis trois ou quatre jours avant de passer aux aveux. C’est déjà quelque chose… j’étais soulagée de l’entendre, parce qu’au moins quelqu’un devra rendre compte.

Silene Fredriksk, comme tant d’autres, attend toujours des aveux cinq ans et demi plus tard.

Tout ce que nous voulons, ce sont des excuses. Demandez-nous pardon, que c’était une erreur! C’est tout, cessez de mentir et demandez-nous pardon.

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