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La lutte – pas si discrète – du Canada contre les migrants irréguliers

Un agent d'Interpol et un agent des services frontaliers du Costa Rica derrière un homme menotté.

Un homme est arrêté au Costa Rica dans le cadre de l'opération Turquesa en octobre 2019.

Photo : Facebook/Interpol HQ

Le gouvernement Trudeau finance des activités à l’étranger pour empêcher des migrants irréguliers de faire la route jusqu’au Canada. Mais il a toujours refusé de dire dans quels pays il déploie ce qui s’appelle officiellement la Stratégie canadienne de prévention du passage de clandestins. Radio-Canada a été en mesure d’identifier certains de ces pays.

Le gouvernement Trudeau a financé la formation de policiers et l’achat d’équipement de surveillance dans au moins sept pays de l’Asie du Sud-Est dans le but d’empêcher le passage de migrants.

Il s’agit du Myanmar, du Bangladesh, du Bhoutan, de l’Inde, du Népal, du Sri Lanka et de la Thaïlande.

Une carte de l'Asie du Sud-Est avec en surbrillance le Myanmar, le Bangladesh, le Bhoutan, l’Inde, le Népal, le Sri Lanka et la Thaïlande.

Le Myanmar, le Bangladesh, le Bhoutan, l’Inde, le Népal, le Sri Lanka et la Thaïlande ont reçu de la formation policière, du financement et de l'équipement de surveillance de la part du Canada.

Photo : Radio-Canada

Tous ces pays sont reconnus à divers degrés pour leurs violations des droits de la personne. C’est le cas notamment du Myanmar, dont la répression des Rohingyas, sa minorité musulmane, a été largement décriée.

Informations cachées

Un policier braque sa lampe de poche sur des gens cachés dans des broussailles.

Des migrants interceptés au Mexique dans le cadre de l'opération Turquesa en octobre 2019.

Photo : Facebook/Interpol HQ

En mai 2019, malgré nos demandes répétées, le gouvernement fédéral a refusé de divulguer le nom des pays qui reçoivent l’aide du Canada pour empêcher le passage de migrants.

Un reportage de Radio-Canada avait alors révélé le côté secret de l’opération canadienne à l’étranger contre les migrants irréguliers.

On y dévoilait entre autres les liens passés du Canada avec un présumé criminel de guerre en Afrique, un colonel, pour faire la chasse aux passeurs.

En juin 2019, nous avons fait une demande en vertu de la Loi sur l’accès à l’information pour obtenir le nom des pays et la description des projets. Dans le document que nous a remis Affaires mondiales Canada à l’automne 2019, le nom des pays était caviardé.

Les lignes inférieures d'un tableau avec certains passages écrits caviardés.

Les documents fournis par le gouvernement canadien ne précisent pas quels pays ont reçu de l'aide du Canada pour lutter contre les migrants clandestins.

Photo : Gouvernement du Canada

Mais des mots clés dans le document nous ont permis de retrouver des rapports de certains partenaires du Canada qui, eux, publient ces informations.

Project Relay

C’est le cas notamment d’Interpol, l’Organisation internationale de police criminelle. Interpol est à l’origine de Project Relay (Projet relais), que le gouvernement Trudeau a financé.

Une personne regardant un passeport de très près.

Une photo d'Interpol lors d'une séance de formation dans le cadre de Project Relay, en Thaïlande, en 2018.

Photo : Twitter / Interpol Training

Mis en place en 2017 et 2018, ce projet visait à mieux équiper sept pays de l’Asie du Sud-Est pour intercepter les migrants irréguliers et les passeurs.

Le ministre canadien des Affaires étrangères soutient avoir une bonne raison de cacher le nom des pays qui reçoivent l’aide du Canada dans sa lutte contre les migrants irréguliers.

En réponse aux questions de Radio-Canada, François-Philippe Champagne a nié que ce soit lié aux mauvais bilans de ces pays en matière de droits de la personne.

Si on donnait des détails, ça frustrerait cette politique-là, d'enrayer les flux migratoires irréguliers, a affirmé le ministre Champagne.

C'est comme s'il y a une opération et on donne le détail de ce qu'on fait. Ça va aller à l'encontre de ceux mêmes qu'on essaie de sauver, de ceux mêmes qu'on essaie d'aider, a-t-il affirmé.

Le ministre en entrevue

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, répond aux questions de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

De toute évidence, Interpol, qui mène certaines de ces opérations, ne semble pas partager les craintes du ministre.

C’est cette organisation policière internationale qui a publié le nom des pays visés par Project Relay  : Myanmar, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Népal, Sri Lanka et Thaïlande.

Interpol a aussi partagé sur Twitter et sur Facebook des photos d’agents de la police, des douanes et de l’immigration en train de suivre des formations spécialisées en matière de surveillance des frontières, formations financées par le Canada.

Les fonds canadiens ont également servi à l’achat d’équipement de surveillance et de technologie de communications pour renforcer la sécurité de certains postes-frontière stratégiques de ces pays.

Opération Turquesa

Le Canada a aussi participé plus récemment à l’opération Turquesa (turquoise en espagnol) en Amérique latine, selon des documents d’Interpol.

L’opération, effectuée à la fin d'octobre 2019, visait à démanteler des réseaux de passeurs qui contrôlent les principaux itinéraires qu’utilisent les migrants qui tentent de se rendre aux États-Unis et au Canada.

Un policier interpelle un groupe d'un vingtaine de personnes en bordure d'une rue la nuit.

Des migrants interceptés par des policiers au Honduras dans le cadre de l'opération Turquesa en octobre 2019.

Photo : Facebook/Interpol HQ

Selon Interpol, cette vaste rafle a mené à l’arrestation de 53 personnes et à l’identification de 775 migrants. Elle s’est faite avec l’aide notamment du Mexique, du Nicaragua, du Honduras, du Salvador et de la Colombie.

Selon un document obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, le gouvernement Trudeau a accordé au moins 5 millions de dollars à Interpol depuis 2017 dans le cadre de la Stratégie canadienne de prévention contre le passage de clandestins.

La Stratégie, qui a été lancée par le gouvernement Harper en 2010, a été maintenue par le gouvernement Trudeau, qui y consacre maintenant près de 18 millions de dollars par année, soit plus encore qu’à l’époque des conservateurs.

Le ministre s'explique

Le ministre des Affaires étrangères défend la politique que son gouvernement mène à l’étranger pour empêcher le passage de migrants irréguliers.

François-Philippe Champagne avait décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada, mais lorsque nous nous sommes présentés à l’entrée de la Chambre des communes avant la période des questions, lundi, il a accepté de répondre à quelques questions.

Les plus grandes victimes de ces flux migratoires irréguliers, c'est souvent des femmes, des enfants. Notre position, notre financement, c'est justement pour empêcher ces flots migratoires irréguliers, a soutenu le ministre Champagne.

Ces gens-là, c'est souvent les plus fragilisés. C'est ceux que des passeurs tentent d'exploiter, a-t-il affirmé sans toutefois expliquer quels autres choix s’offrent à ces migrants face aux nombreuses frontières qui se referment sur leur passage.

Interpol, qui travaille activement au démantèlement des réseaux de passeurs, reconnaît par contre les difficultés auxquelles les migrants font face.

En raison du durcissement des politiques d’immigration dans les pays de destination et des technologies de pointe dont disposent les agents de contrôle des frontières, les migrants irréguliers volontaires ont de plus en plus recours aux services de passeurs organisés, écrit Interpol dans un document intitulé Problématique posée par le trafic des migrants.

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Ottawa-Gatineau

Politique internationale