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Le radon, une menace invisible peu importe où vous habitez

Trop souvent ignorée, l’exposition au radon touche pourtant une maison sur dix au Québec et fait plus de 3000 morts au Canada chaque année, comme l’a appris La Facture.

Un quartier résidentiel enneigé.

Une maison sur dix au Québec est exposée au radon, un gaz reconnu comme la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs.

Photo : Radio-Canada

Un chercheur met en garde contre l’exposition au radon dans les constructions récentes. Selon les résultats d'Aaron Goodarzi de l'Université de Calgary, le nombre de cas de cancer du poumon attribué à ce gaz incolore, inodore et invisible pourrait augmenter.

Le radon est un gaz radioactif et cancérigène qui provient de la dégradation de l’uranium présent naturellement dans le sol. Il s’infiltre par toutes les ouvertures en contact avec le sol, notamment par les fissures dans la fondation, dans la dalle de plancher, ou par les espaces autour des tuyaux.

L'exposition au radon durant une longue période peut causer le cancer du poumon. Il est d'ailleurs la première cause de ce cancer chez les non-fumeurs.

Plusieurs mythes bien ancrés entourent le radon. On a longtemps cru que les vieilles maisons étaient plus susceptibles de contenir des concentrations importantes de radon.

Or, l'étude publiée dans Scientific Reports (Nouvelle fenêtre) par le docteur en biologie des radiations Aaron Goodarzi démontre plutôt le contraire.

L'une des principales découvertes de notre étude est que plus les maisons sont récentes, plus elles contiennent du radon. Cela signifie que nos codes de construction produisent des maisons avec des concentrations de radon plus élevées, déplore le titulaire de la Chaire de recherche sur les maladies causées par l’exposition aux radiations à l'Université de Calgary.

Grâce à son programme Evict Radon, Aaron Goodarzi a compilé les caractéristiques et les résultats de tests de radon de près de 12 000 résidences en Alberta et en Saskatchewan. Une mine d’or d’informations qui lui a permis de défaire ce mythe.

Aaron Goodarzi.

Le docteur en biologie des radiations Aaron Goodarzi

Photo : Radio-Canada

En matière de radon, la ligne directrice établie par Santé Canada est de 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3). L'agence fédérale recommande, lorsque la concentration dépasse 200 Bq/m3, de prendre des mesures correctives afin d’abaisser le niveau le plus près possible de zéro, étant donné qu’aucune concentration de radon n’est sans danger pour la santé.

Selon les recherches d'Aaron Goodarzi, 11 % des maisons bâties avant 1974 dépassaient ce seuil. Maintenant, on retrouve ces concentrations de radon de plus de 200 Bq/m3 dans 21 % des constructions récentes (de 2005 à 2018).

Des lacunes dans le Code de construction du Québec

La découverte que les constructions récentes exposent davantage leurs occupants au radon est inquiétante, puisqu’au Québec, le Code de construction en vigueur comporte d’importantes lacunes en cette matière.

Partout ailleurs au Canada, la concentration maximale du radon est de 200 Bq/m3. Mais ce n’est pas le cas dans le code de construction en vigueur au Québec, explique Marco Lasalle.

Au Québec, c'est 800 Bq/m3. Donc, soit qu’on s'en moque, soit le Québécois moyen a une constitution plus solide [que les autres Canadiens] et il résiste mieux aux radiations, déplore Marco Lasalle, directeur du service technique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

On n'a très clairement pas pris le radon au sérieux. D'une part, on ne l'a pas compris, d'autre part, on a minimisé son importance.

Marco Lasalle, APCHQ
Marco Lasalle.

Marco Lasalle, directeur du service technique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ)

Photo : Radio-Canada

Santé Canada a abaissé sa ligne directrice de 800 à 200 Bq/m3 en 2007. Pourtant, le Code de construction du Québec applique toujours l’ancienne norme.

Ça a été une bien mauvaise surprise, explique Mathieu Brossard, spécialiste en rayonnement à Santé Canada. On a fait des recommandations à la Régie du bâtiment du Québec de mettre à jour. [...] Tout le monde s'entend que c'est la première cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs et que ça devrait être prévenu à la construction.

Si on travaille juste sur la performance énergétique de la maison, sans se soucier des infiltrations de gaz souterrains, c'est une recette pour une catastrophe, estime Mathieu Brossard.

Il y a 7 % des maisons sur l'île de Montréal qui ont un problème de radon. Il y a une maison sur dix au Québec qui a un problème de radon. C’est un problème à travers le Canada. C'est un problème dans le monde.

Mathieu Brossard, Santé Canada
Mathieu Brossard.

Mathieu Brossard, spécialiste en rayonnement à Santé Canada

Photo : Radio-Canada

Une autre lacune majeure du code québécois, selon Marco Lasalle, est qu’il n’impose pas la mise en place automatique dans toutes les nouvelles constructions d’un système de base de dépressurisation sous la dalle, ce que fait le Code national du bâtiment. Ce système, une fois complété avec un ventilateur et une sortie extérieure, permet d’évacuer le radon.

Le code québécois se limite aux zones dites à risque, en dépit du fait qu’il est maintenant établi qu’on ne peut plus parler de zones à risque puisqu’il y a présence de radon partout.

Le reportage de la journaliste Katherine Tremblay et de la réalisatrice Stéphanie Allaire est diffusé le mardi à 19 h 30 à l’émission La facture.

Questionnée sur les lacunes du Code de construction du Québec, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, et responsable de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), Andrée Laforest, a déclaré dans un courriel que le radon est un enjeu de santé publique qui préoccupe [son] gouvernement.

La ministre ajoute que la RBQ devra évaluer la possibilité de faire une mise à jour réglementaire afin de s’assurer que les normes québécoises protègent de façon efficace les citoyens. Elle a également mandaté la RBQ de lancer un comité intersectoriel sur le radon afin de formuler des recommandations en matière d’habitation.

Fini les zones dites à risque

Une carte du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le radon est partout : on ne parle désormais plus de régions ou de villes plus à risque que d'autres.

Photo : Santé Canada

Pendant des années, on a beaucoup fait état de problèmes de radon dans certaines régions ou dans certaines villes du Québec, par exemple à Saint-Hilaire ou à Oka. Or, il ne faut plus parler de zones à risque.

Il s'agit d'une notion désuète, soutient Mathieu Brossard. Quand notre directive était à 800 Bq/m3, il y avait très peu de zones où il y avait des dépassements. Mais depuis l'abaissement en 2007, à 200 Bq/m3, il y a des dépassements partout, explique le spécialiste en rayonnement à Santé Canada Mathieu Brossard.

Quand on essaie de prédire les niveaux de radon avec une cartographie, on y arrive très mal, enchaîne-t-il. Impossible donc d'identifier seulement certains secteurs ou certains types de sols, selon lui.

Un risque tout au long de l’année

Les données recensées par le programme Evict Radon ont aussi permis de déboulonner un autre mythe, selon lequel le radon est principalement un problème en hiver.

Aaron Goodarzi a constaté qu’il peut y avoir des concentrations de radon aussi élevées l’été que l’hiver.

C’est étonnant! Cela bouleverse complètement tout ce que nous pensions savoir du radon au 20e siècle

Aaron Goodarzi, Université de Calgary

Cela s’explique par les changements importants à notre manière de vivre dans nos maisons : étés plus chauds, usage de climatiseurs de plus en plus répandu et fenêtres fermées été comme hiver emprisonnant le radon à l’intérieur, notamment.

Une seule chose à faire : testez!

Un dosimètre.

Pour 40 $, un dosimètre permet de mesurer le radon dans votre maison.

Photo : pq.poumon.ca

Alors que seulement 7 % des maisons au Canada ont été testées pour le radon, le message de Santé Canada est clair : testez votre maison afin de connaître la concentration de radon.

Que vous ayez une maison neuve ou vieille, un échangeur d'air, que vous soyez à côté d'une montagne ou pas, ce ne sont pas des critères.

Mathieu Brossard, Santé Canada

L’appareil de mesure s’appelle un dosimètre et il coûte environ 40 $. Il est recommandé de procéder à un test sur une période d’au moins trois mois. On peut se procurer un dosimètre auprès notamment de l’Association pulmonaire du Québec, du CAA ou encore du programme Evict Radon, qui vous permet de contribuer à la recherche sur le radon en leur communiquant votre résultat de test ainsi que des données concernant votre habitation. Certaines villes vendent également des dosimètres.

Et si le seuil de 200 Bq/m3 est dépassé, il est recommandé de faire installer un système de dépressurisation active du sol qui permet d’évacuer le radon. Dans la majorité des cas, un système coûte entre 2500 $ et 3500 $. Santé Canada recommande de retenir les services d’un professionnel certifié (Nouvelle fenêtre) par le Programme national de compétence sur le radon au Canada (PNCR-C).

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