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Les cours du pétrole en chute libre

Les cours du pétrole perdent près d'un cinquième de valeur et se dirigent vers leur plus importante chute en une séance depuis la première guerre du Golfe en 1991.

Deux hommes se tiennent debout devant des tableaux des marchés boursiers.

Les prix du pétrole ont fortement chuté à l'ouverture des marchés en Asie.

Photo : Reuters / Akhtar Soomro

Radio-Canada

L'effondrement des cours du brut alimente les craintes d'une entrée en récession économique nées de l'épidémie de coronavirus.

Les cours du pétrole chutent de près de 20 % après la décision de l'Arabie saoudite de casser ses prix de vente et de prévoir une forte augmentation de sa production au moment où l'épidémie de coronavirus réduit grandement la demande mondiale.

L'ensemble du monde financier, déjà mal au point en raison des dégâts économiques du coronavirus, voit rouge ce lundi. Vers 9 h 20 (UTC), l'indice français CAC 40 chute de 6,2 %. Il s'agit de sa plus forte baisse en séance depuis le 24 juin 2016, au lendemain du référendum sur le Brexit.

À Francfort, le Dax s'écroule de 5,82 %. Et à Londres, le FTSE de 5,26 %. Le Stoxx 600, le CAC 40 et le Dax sont officiellement en « bear market » (marché baissier) avec une baisse supérieure à 20 % depuis leur récent plus haut de février.

La Bourse de Milan perd 8,54 % après le placement en isolement depuis dimanche de plusieurs régions du Nord parmi lesquelles la Lombardie, la plus peuplée et la plus riche du pays, dans le but d'endiguer la propagation du coronavirus.

Outre l'Italie, le bilan sanitaire lié au coronavirus n'a cessé de s'alourdir au cours du week-end. Plus de 107 000 personnes dans le monde ont été contaminées par le virus dont l'impact sur l'économie mondiale ne fait plus de doute. La Chine a annoncé samedi une chute de 17,2 % de ses exportations en janvier-février en rythme annuel.

Avec le plongeon des marchés d'actions et du pétrole, de nouvelles craintes surgissent sur le marché du crédit où certaines entreprises pourraient se trouver en difficulté pour rembourser leur dette, observent plusieurs intervenants de marché.

Les regards se portent vers les banques centrales, notamment vers la Banque centrale européenne (BCE), qui pourrait, dans la foulée du mouvement de la Réserve fédérale la semaine dernière, abaisser son taux de dépôt pendant sa réunion de politique monétaire prévue jeudi.

Bien qu'une baisse des taux ne soit pas la panacée, comme l'a montré magistralement la réaction du marché à la Réserve fédérale, nous pensons que la BCE va être contrainte de baisser de 10 points de base son taux directeur afin de gagner du temps pour mettre en place une opération spéciale de refinancement en direction des PME/ETI de la zone euro, déclarent les économistes de Saxo Banque.

Pétrole

Les cours du pétrole perdent près d'un cinquième de valeur et se dirigent vers leur plus importante chute en une séance depuis la première guerre du Golfe en 1991.

Ce plongeon intervient après l'éclatement de l'alliance entre l'OPEP et la Russie qui avait permis ces trois dernières années de soutenir les prix.

Le baril de Brent plonge de 19,62 % à 36,39 $ après être tombé en séance à un plus bas depuis 2016 à 31,02 $. Celui du brut léger américain abandonne 20,64 % à 32,76 $, après un plus bas en début d'échanges à 27,34 $, là aussi un niveau qu'il n'avait pas atteint en quatre ans.

Bourses nord-américaines

Les contrats à terme sur les grands indices de la Bourse de New York signalent une chute d'environ 5 % lundi à l'ouverture. Vendredi, le repli a été plus limité grâce à des achats à bon compte en fin de séance. L'indice Dow Jones a cédé 0,98 % à 25 864,78 points. Le S&P-500, plus large, a perdu 1,71 %, à 2972,37 points, et le Nasdaq Composite a reculé de 1,87 % à 8575,62 points.

L'indice CBOE de la volatilité, surnommé « indice de la peur » à Wall Street, a atteint son plus haut niveau depuis août 2015 à 41,94, et il devrait a priori connaître un nouveau pic lundi.

Et en Asie

La Bourse de Tokyo a chuté de 5,07 % lundi, sa plus forte baisse en une séance depuis le 24 juin 2016. Les Bourses de Chine continentale ont perdu autour de 3 %, le Kospi à Séoul a lâché 4,19 % et l'indice australien ASX 200 a chuté de 7,33 %, sa plus forte baisse journalière depuis octobre 2008.

Un événement de taille nucléaire pour l'Alberta

Le marché du pétrole a déjà connu des épisodes de ce genre. En 2014, l'OPEP a reporté les réductions de production afin de conserver sa part de marché face à la reprise de l'industrie pétrolière américaine. Cela a conduit le pétrole à chuter de plus de 100 $ le baril à moins de 40 $ en 2015.

Selon les experts, la situation actuelle est beaucoup plus spectaculaire.

C'est une très grande variation. J'ai été négociant en énergie pendant 15 ans. Je n'ai pas toutes les variations quotidiennes en tête, mais ce serait certainement l'une des plus importantes que j'ai vues.

Blake Shaffer, professeur adjoint d'économie et de politiques publiques à l'Université de Calgary

Martin Pelletier, gestionnaire de portefeuille pour Trivest Wealth à Calgary, estime qu'il s'agit d'un événement de taille nucléaire pour une Alberta déjà en difficulté. Si on ne parvenait pas à le contenir, le malaise économique pourrait s'étendre au reste du pays.

Deux chevalets de pompage au nord de l'Alberta en hiver

Des chevalets de pompage au nord de l'Alberta

Photo : Radio-Canada / Genevieve Laurent

Ça pourrait être le coup de grâce pour l'Alberta, malheureusement, a déclaré M. Pelletier, ajoutant que certaines entreprises pourraient ne pas survivre au choc.

Nous allons vraiment avoir besoin du leadership d'Ottawa, et je veux dire à la fois de la part de la Banque du Canada, du [premier ministre] Trudeau et du gouvernement. C'est une crise. C'est un événement très grave.

Martin Pelletier, gestionnaire de portefeuille

Pour contrer la crise, M. Pelletier suggère la mise en place d'un vaste programme de dépenses fiscales adapté aux provinces touchées et une réduction d'urgence des taux.

Les plus récentes prévisions budgétaires de l'Alberta prévoient que le WTI atteindra en moyenne 58 $ US le baril l'année prochaine. Pour M. Shaffer, il s'agit d'une mauvaise nouvelle à la fois pour l'économie et pour les revenus des redevances de la province.

Chaque dollar [par baril] représente environ 350 millions de dollars pour le gouvernement. Il s'agit donc d'une baisse de 7 milliards de dollars dans les prévisions de revenus.

Certains experts prédisent même que des montants encore plus bas pourraient être atteints.

20 $ le pétrole en 2020, c'est pour bientôt , a laissé savoir sur Twitter Ali Khedery, ancien conseiller d'Exxon et aujourd'hui PDG de la société de stratégie Dragoman Ventures, après l'annonce des plans d'augmentation de la production de l'Arabie saoudite.

Un tel écart dans les prévisions de prix après le dépôt du budget albertain devra pousser le gouvernement à revoir la manière dont les redevances sont budgétisées et favoriser une plus grande diversification économique, croit l'économiste Blake Shaffer.

Si cela se prolonge, vous verrez des mises à pied se poursuivre et leurs conséquences sur les familles. Il est important d'avoir une économie qui ne dépend pas d'une guerre des prix entre les Saoudiens et les Russes.

Blake Shaffer, professeur adjoint d'économie et de politiques publiques à l'Université de Calgary

L'expert estime que c'est un nouveau signal d'alarme qui devra inévitablement être traduit en efforts pour diversifier l'économie de la province.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, et CBC

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