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Les menaces contre les femmes autochtones sont inacceptables, dit Michèle Audette

Michèle Audette, répondant aux questions des journalistes.

L'engagement politique de Michèle Audette a été récompensé en 2012, quand elle a été lauréate de la médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II.

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

Michèle Audette se sent déçue lorsqu'elle lit sur les réseaux sociaux et les sites Internet un flot de menaces violentes contre les femmes autochtones.

Cela me rend folle que nous tolérions cela. Il n'y a pas de véritable sanction contre cela, déplore l'ancienne commissaire de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Mme Audette dit qu'elle comprend qu'il faudra du temps aux gouvernements et à la société pour réaliser les plus de 200 recommandations formulées dans le rapport final de l'Enquête. Le rapport considérait la violence contre les femmes et les filles des Premières nations, des Métis et des Inuits comme une forme de génocide.

Elle avait espéré que le rapport permettrait d'assurer un avenir plus sûr pour les enfants comme sa petite-fille.

Mais aujourd'hui, elle se demande si les femmes autochtones peuvent se sentir plus en sécurité devant le nombre de menaces proférées à la suite des manifestations contre les pipelines et les blocus ferroviaires.

Mme Audette estime que dans bon nombre de cas, ce sont les femmes qui en sont plus la cible que les hommes.

C'est le statu quo. Nous ne sommes pas en sécurité. Pour moi, c'est inacceptable en 2020.

Michelle Audette

La ministre fédérale de la Diversité et de l'Inclusion et de la jeunesse, Bardish Chagger, juge que ces menaces racistes sont horribles et sont proférées par des ignorants. Elle déplore que de nombreux Canadiens ne connaissent pas l'histoire et les droits des Autochtones.

Une femme de dos tient une plume d'aigle pendant la cérémonie de fermeture de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles disparues et assassinées.

Des femmes autochtones considèrent que malgré les rapports de la Commission Viens et de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, leur voix prend très peu d'espace dans les solutions préconisées.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Erica Violet Lee, une organisatrice communautaire de Saskatoon, dit pour sa part que les Autochtones au Canada ont toujours subi des traitements violents.

Quand on s'exprime sur ces questions, la politesse canadienne s'effondre, constate-t-elle. Il était arrivé la même chose lors de la création du mouvement Idle No More par quatre femmes en 2012.

Lorsque les communautés et les nations autochtones exercent leur droit inhérent à l'autodétermination, nous devenons des fauteurs de troubles, de mauvais Indiens, qui ne respectent pas l'état de droit canadien,

Erica Violet Lee, organisatrice communautaire de Saskatoon

Mais les lois cries et les lois de nos terres disent que nous avons la responsabilité d'agir dans des situations d'injustice et de dévastation environnementale, ajoute Mme Lee.

Cette dernière a récemment assisté à une manifestation sur une voie ferroviaire de Saskatoon en soutien aux chefs héréditaires wet'suwet'en opposés à la construction d’un gazoduc sur un territoire ancestral en Colombie-Britannique. Elle a entendu des contre-manifestants crier aux jeunes opposants de sauter devant les trains. Ces jeunes ont été traités de stupides et de terroristes. Certains ont reçu des menaces de mort.

Comment réagissons-nous à tout cela? On continue à vivre, dit-elle.

Au cours des récents événements, il était courant de lire des commentaires sur les réseaux sociaux encourageant à écraser les manifestants. Certaines personnes ont publié une photo montrant du sang sur le devant d'une locomotive, accompagnée d'un emoji rieur.

Le site internet du SooToday, de Sault-Sainte-Marie, en Ontario, a même fermé sa section de commentaires.

Nous avons lu vos divagations ignorantes, votre racisme subtil, mais blessant, a écrit le rédacteur en chef Mike Purvis dans un éditorial. Nous avons modéré vos menaces de violence à peine voilées.

Proférer des menaces est un acte criminel. Une porte-parole de la GRC, Catherine Fortin, rappelle qu'un incident motivé par la haine, comme des insultes ou des injures raciales, pourrait ne pas constituer une infraction criminelle, mais pourrait néanmoins être signalé à la police.

Nickita Longman, de la Première nation de George Gordon en Saskatchewan, dit qu'il a été inspirant de voir les peuples autochtones de tout le pays se rassembler pour protester, mais le mouvement a suscité des réactions alarmantes.

Une femme se tient sur le bord de la route. Elle tient dans sa main gauche un drapeau sur lequel on voit le visage d'une femme autochtone de profil.

Les manifestants et les manifestantes qui ont bloqué des voies ferrées en soutien aux Wet'suwet'en ont régulièrement fait l’objet de déclarations haineuses sur les réseaux sociaux.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon cette militante, l'aspect le plus préoccupant de la haine sur Internet et des menaces envers les femmes autochtones est de constater qu'elles sont exprimées en toute impunité.

Les manifestations à travers le Canada ont été pour la plupart pacifiques, dit-elle, et les femmes ne seront pas influencées par les menaces.

Jusqu'à ce que nos droits inhérents soient reconnus et respectés, nous continuerons de résister, déclare Mme Longman. Il est important de continuer parce que notre résistance dictera l'avenir des générations à venir.

Sa principale crainte est de voir la haine quitter le monde virtuel pour venir s'incruster dans le monde réel.

Plus ces commentaires trouvent leur place sur Internet, plus ils encouragent les gens à agir en personne. En tant que femme autochtone, c'est pour moi, et de loin, la partie la plus effrayante.

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