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Violence faite aux femmes : plus de jeunes Bas-Laurentiennes demandent de l’aide

Une femme de dos regarde par la fenêtre.

Une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans, selon les CALACS.

Photo : iStock

Les jeunes femmes du Bas-Saint-Laurent seraient plus nombreuses qu'avant à dénoncer les violences sexuelles ou conjugales dont elles sont victimes. C'est le constat que font les organismes de la région qui viennent en aide aux femmes en difficulté.

Les femmes, et particulièrement les jeunes, brisent davantage le silence et plus rapidement qu’avant, affirment des intervenantes qui œuvrent dans les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), des maisons d’hébergement et des Centres Femmes du Bas-Saint-Laurent.

Beaucoup de jeunes femmes viennent demander de l'aide, ce qui laisse entendre que c'est des agressions beaucoup plus récentes, donc il y a beaucoup moins de tabous, observe Marie-Claude Saindon, intervenante au CALACS de Rimouski.

On va chercher de l'aide beaucoup plus rapidement. Et ça, c'est très positif.

Marie-Claude Saindon, intervenante au CALACS de Rimouski

Signe encourageant, certes, mais qui montre que la violence faite aux femmes est toujours présente, et à enrayer.

Les violences sexuelles en chiffres

  • 1 femme sur 7 a été agressée sexuellement au moins une fois par son conjoint
  • 1 femme sur 3 a été victime d’au moins une agression sexuelle depuis l’âge de 16 ans
  • 40 % des femmes avec un handicap vivront au moins une agression sexuelle au cours de leur vie
  • 75 % des filles autochtones de moins de 18 ans ont été victimes d’agressions sexuelles

Source : Réseau québécois des CALACS, 2019

Au Centre Femmes de la Mitis, une centaine de femmes par année viennent demander du soutien, particulièrement pour des cas de violence conjugale. Un nombre qui est en augmentation, estime, elle aussi, Isabelle Gallant, agente associée au politique de l’organisme situé à Mont-Joli.

Est-ce que c’est nécessairement une augmentation de la violence? Ou c’est une augmentation des femmes qui dénoncent la violence qu’elles vivent? J’ose espérer que c’est les femmes qui sont de moins en moins tolérantes par rapport aux situations de violence qu’elles peuvent vivre dans l’intimité et qu’elles prennent la parole et qu’elles désirent se sortir de ces situations-là où elles vivent des traumatismes, exprime Mme Gallant.

Les victimes qui sont accompagnées par le Centre Femmes sont souvent celles qui se préparent à quitter un foyer violent ou qui viennent de le faire, précise-t-elle. C’est beaucoup de la violence qui est post-séparation, donc des femmes qui, à la suite d’une rupture, voient leur conjoint ou conjointe avoir des comportements extrêmement violents. On parle aussi de harcèlement, de cyberviolence, on sait qu’avec les moyens technologiques aujourd’hui, ça amène d’autres formes de contrôle dans les relations intimes et les séparations, mentionne Isabelle Gallant.

Marie Beauchesne

La coordonnatrice et cogestionnaire de La Débrouille, Marie Beauchesne

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Ces femmes, les intervenantes du milieu les nomment souvent les survivantes. S'il est toujours difficile de chiffrer l'ampleur des cas de violence conjugale, Marie Beauchesne, coordonnatrice et cogestionnaire de la maison d'aide et d'hébergement La Débrouille à Rimouski, rappelle qu'environ une femme est tuée tous les mois par son conjoint ou par son ex-conjoint au Québec.

Mais avant d’en arriver là, certaines femmes parviennent à rompre les liens avec leur agresseur.

[Il y a] des femmes de moins de 20 ans qui nous consultent, qui vivent leur première expérience amoureuse et qui vivent déjà des situations de violence conjugale, donc c'est sûr que plus on va être présentes, plus on va en parler, plus ça va permettre à certaines personnes de se rendre compte [qu’elles ne vivent pas] une relation difficile ou toxique, mais qu'il y a vraiment, parfois, une dynamique de domination conjugale, affirme Mme Beauchesne.

Une demande grandissante et toujours, un manque de ressources

Au Bas-Saint-Laurent, on compte trois maisons d’aide et d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants : une à Matane, une à Rimouski et une autre à Témiscouata-sur-le-Lac. Une ressource de seconde étape est également offerte à Matane depuis 2014.

À Rimouski, La Débrouille est pleine pratiquement à longueur d'année, affirme la coordonnatrice Marie Beauchesne. À l’instar de ce qui est constaté à l’Autre-Toit du KRTB, les intervenantes de la Débrouille doivent parfois refuser d’accueillir des femmes, faute de places.

En l’espace de 10 mois, la maison d'aide et d'hébergement a dû refuser d'accueillir à 11 reprises des victimes de violence conjugale, précise Marie Beauchesne. Elle ajoute qu'entre avril 2019 et janvier 2020, 17 autres femmes en difficulté, vivant par exemple avec des problèmes de santé mentale ou d’itinérance, n’ont pas pu être prises en charge.

Une des chambres de la résidence La Gigogne.

Une chambre de la maison d'hébergement La Gigogne de Matane

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Avec 95 femmes accueillies cette année à Rimouski, les demandes d'aide et d'hébergement seraient en augmentation de près de 12 % par rapport à l'an dernier, alors que l'année financière n'est pas terminée.

La Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent rapporte qu’en 2017-2018, les maisons d’hébergement du Bas-Saint-Laurent ont accueilli 173 femmes et 112 enfants, pour une durée moyenne de 26 jours. Au total, 43 femmes ont dû être refusées par manque de place ou pour d’autres motifs.

Le manque de financement dans les organismes communautaires est criant, affirme Isabelle Gallant, du Centre Femmes de la Mitis. Les Centres Femmes sont passés de quatre à trois travailleuses [par centre] au Québec dans les dix dernières années, parce que les subventions ne suivent pas et ne sont que très faiblement indexées, explique-t-elle.

Pour Marie-Claude Saindon, du CALACS de Rimouski, sept travailleuses à temps plein seraient nécessaires pour répondre à la demande des quatre MRC que l’organisme doit couvrir. L'organisme emploie actuellement quatre intervenantes permanentes et deux travailleuses financées pour un projet ponctuel.

Marie Beauchesne maintient que des ressources de plus sont nécessaires pour venir en aide aux victimes, mais aussi pour s'attaquer aux racines du problème de la violence faite aux femmes.

On a tout un cadre de travail et un cadre d'analyse sociale aussi de la problématique de la violence conjugale et pour nous, elle s'enracine vraiment dans les rapports historiques de domination entre les hommes et les femmes qui, malgré nos efforts, malgré l'avancement des lois, se perpétue par la socialisation sexiste. C’est-à-dire comment on éduque les garçons à être des garçons et comment on éduque les filles à être des filles et comment tout ça, c'est finalement un terreau idéal pour que puissent émerger des dynamiques de violence.

Plus d'écoute pour les victimes

La récente initiative du comité d'experts du ministère de la Justice, qui lance une consultation en ligne pour encourager les victimes à partager anonymement leur expérience, est par ailleurs saluée dans le milieu communautaire.

Les quatre femmes derrière une table et des micros.

La ministre de la Justice Sonia LeBel, accompagnée des députées Véronique Hivon, Hélène David et Christine Labrie, lors de l'annonce, jeudi dernier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le système de justice est appelé à s'améliorer, estime Louise Castonguay, la coordonnatrice de la Maison d'hébergement L'Autre-Toit du KRTB, organisme qui accompagne les victimes tout le long de leur cheminement, qu'elles souhaitent porter plainte auprès des autorités ou non.

Mme Castonguay constate la bonne volonté des décideurs. Il y a toutefois toujours du travail à faire, notamment pour mieux accompagner et écouter les victimes qui dénoncent des cas de violence, selon elle.

Passer à travers le système judiciaire, c'est une grosse affaire, c'est difficile, c'est des contre-interrogatoires, tu vas mettre ta vie sur la place publique. Ça, c'est difficile, et ce n’est pas la majorité, c'est une minorité de femmes qui décident de porter plainte au niveau de la justice. Et C'est vraiment pour se protéger et protéger ses enfants, quand il n'y a pas d'autre issue.

La maison d'hébergement pour les femmes vivant de la violence conjugale et leurs enfants L'Autre-Toit du KRTB vient en aide à près d'une soixantaine de femmes et d'une soixantaine d'enfants chaque année.

Isabelle Gallant observe de son côté que beaucoup de femmes viennent demander de l’aide pour une sœur, une voisine ou une fille. Elle estime que la tolérance face à violence est en train de faiblir.

Je pense qu’on est à une époque où on dit aux femmes qu’elles ne doivent pas vivre de la violence, que ce n’est pas légitime qu’elles vivent de la violence, et surtout pas dans leur vie intime. Je pense que les femmes se mobilisent pour changer leur vie à elle et la vie de leurs consœurs, soutient l’intervenante de Mont-Joli.

La sensibilisation, le nerf de la guerre

Seulement au CALACS de Rimouski, qui tente de couvrir tout le territoire bas-laurentien avec le CALACS du KRTB, les intervenantes ont animé une centaine d’ateliers pour les jeunes dans la dernière année, touchant ainsi de 2800 à 3500 personnes.

Cours d'éducation sexuelle dans une classe de deuxième secondaire de l’École secondaire de la Vallée-des-Lacs, à Saint-Michel-du-Squatec.

Cours d'éducation sexuelle dans une classe de deuxième secondaire de l’École secondaire de la Vallée-des-Lacs, à Saint-Michel-du-Squatec.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Ces efforts pour pousser jeunes et moins jeunes à cesser de banaliser les cas de violence psychologique, la jalousie et le contrôle dans les rapports conjugaux semblent graduellement porter ses fruits.

La notion de consentement commence à être intégrée, constate de son côté Manon Saint-Jean, intervenante sociale au CALACS du KRTB.

Isabelle Gallant se réjouit par ailleurs du retour des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, mentionnant du même souffle que leur abolition n'a pas aidé leur cause.

Il y a toute une différence quand on apprend ces notions-là quand on a 10, 12, 15 ans, avant d’avoir une vie amoureuse active, que lorsqu’on s’aperçoit à 25 ans qu’on est dans une relation toxique, une relation violente et qu’on n’a pas appris ces choses-là avant.

La condamnation du producteur Harvey Weinstein, le mouvement #MoiAussi, les changements de vocables dans les médias y sont aussi pour quelque chose dans la prise de conscience collective, indiquent les intervenantes interrogées.

On entend ainsi de moins en moins parler de drames conjugaux ou passionnels et de plus en plus parler de féminicides.

Les plus récentes données du ministère de la Sécurité publique, qui datent de cinq ans, relèvent que 394 infractions ont été commises dans un contexte conjugal en 2015 au Bas-Saint-Laurent : une augmentation de 1,5 % par rapport à l’année précédente. Les femmes sont les principales victimes (78 %). Par rapport aux enlèvements, elles représentent 100 % des victimes. Dans des proportions tout aussi considérables, elles sont victimes d’agressions sexuelles (97,4 %), de séquestration (96,9 %), d’intimidation (91,3 %), de voies de fait de niveau 3 (87,5 %) et de harcèlement criminel (86,3 %), rapporte le Ministère.

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