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Des agriculteurs brisent les tabous sur les maladies mentales

Un dessin d'une tête est projeté sur un écran. Doug Ellis, est à sa droite, il discute de santé mentale.

Doug Ellis, un thérapeute de l'Île-du-Prince-Édouard, invite les agriculteurs à parler ouvertement des maladies mentales.

Photo : Julien Lecacheur

Julien Lecacheur

Une centaine de jeunes fermiers canadiens se sont réunis à Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard, pour discuter des maladies mentales.

C'est avec une grande attention que Luc Bernard écoute les conseils prodigués sur la santé mentale. Ce jeune éleveur bovin du sud du Manitoba participe à un atelier sur les maladies mentales dans le centre-ville de Charlottetown.

Il estime que son métier est à risque à cause du stress lié à sa profession, à la météo, aux exigences financières et à l'isolement.

Tu t'isoles un peu, puis souvent tu es ton propre gérant, alors tout te tombes sur les épaules. C'est facile de se convaincre et de se donner des idées qui ne sont pas véritables et de ne pas voir qu'il existe du soutien aux alentours, dit Luc Bernard.

Trois femmes et deux hommes discutent autour d'une table ronde.

Luc Bernard, en chemisette grise, et Marc-Antoine Berthiaume en noir, estiment que les maladies mentales sont un tabou dans le monde agricole.

Photo : Julien Lecacheur

Comme lui, ils sont quelques dizaines d'agriculteurs canadiens à s'être rassemblés pour trouver des solutions à ce véritable tabou qui les frappe.

C'est un vrai sujet tabou parce qu'il existe cette culture de l'homme fort et stoïque. Mais ce n'est pas vrai. Nous sommes des humains comme les autres et on a besoin d'aide.

Luc Bernard, éleveur bovin du Manitoba

Marc-Antoine Berthiaume est assis à la même table que M. Bernard. Ce forestier de Saint-Jacques-de-Leeds, au Québec, écoute lui aussi les discussions sur les maladies mentales.

Même s'il avoue être confiant sur ses capacités à éviter le stress ou la dépression, il confirme néanmoins les propos de son voisin sur ce tabou : On est plus isolés. Beaucoup d'hommes travaillent dans ce domaine. Nous, les gars, on parle moins de nos sentiments, donc oui, c'est plus tabou en agriculture.

Quelques dizaines d'agriculteurs écoutent la présentation de Doug Ellis.

Doug Ellis demande aux différents gouvernements d'offrir des services de proximité aux agriculteurs souffrant de maladies mentales.

Photo : Julien Lecacheur

Les langues se délient

Du côté de la Table pancanadienne de la relève agricole, on se félicite de la tournure des événements. Selon une récente étude conduite par l'organisme, les jeunes agriculteurs s'ouvrent davantage sur leurs problèmes.

Guenette Bautz, la directrice de la table ronde, se félicite de voir les participants parler de manière plus ouverte. Elle souligne néanmoins un autre problème. Dans les dernières années, nous avons remarqué que les jeunes agriculteurs voulaient parler des maladies mentales, néanmoins cela nous apprend aussi que la pression est de plus en plus forte sur leurs épaules, souligne-t-elle.

Doug Ellis se tient debout au milieu de la salle. Il répond aux questions des agriculteurs.

Doug Ellis a lui aussi connu de grands moments de stress et de détresse psychologique sur son exploitation agricole.

Photo : Julien Lecacheur

Doug Ellis connaît bien ce problème. Cet agriculteur de l'Île-du-Prince-Édouard est aujourd'hui devenu thérapeute. Il aide les fermiers à faire face aux maladies mentales.

En cette matinée de mars, il utilise son expérience personnelle pour sensibiliser son auditoire. Un jour j'étais assis sur mon tracteur, j'avais les mains figées sur mon volant, j'étais désespéré. Je me disais que je n'avais pas assez de temps pour faire mon travail et que je n'allais pas réussir, se souvient-il.

Aujourd'hui, il demande aux différents gouvernements d'en faire davantage pour les agriculteurs.

Si les ressources ne sont pas dans les communautés, alors il faut développer les services en ligne. Cela permettra selon moi de réduire la stigmatisation liée à ces maladies, ainsi que d'apporter l'aide nécessaire et réclamée par ceux qui en ont besoin.

Doug Ellis, thérapeute à l'Île-du-Prince-Édouard
La ministre de l'Agriculture est sur scène. Elle s'adresse aux agriculteurs présents dans la salle.

Marie-Claude Bibeau, la ministre de l'Agriculture du Canada, assure que le gouvernement fédéral aidera les provinces à financer des programmes d'aide pour les agriculteurs.

Photo : Julien Lecacheur

Le message a été entendu par la ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau. Présente pour l'occasion à Charlottetown, la première femme responsable de ce ministère de l'histoire du Canada a tenu à rassurer les jeunes agriculteurs.

Elle assure aussi que des programmes seront mis en place pour les aider.

Nous (le gouvernement fédéral), intervenons financièrement en aidant les provinces et en mettant en place des programmes de gestions de risque et d'accompagnement professionnel au service des producteurs.

Marie-Claude Bibeau, ministre de l'Agriculture

Certains de ces programmes existent déjà. Au Québec, notamment, des travailleurs de rangs sillonnent la province pour apporter de l'aide aux agriculteurs.

À l'Île-du-Prince-Édouard, le gouvernement provincial a mis en place des services d'aides par téléphone ainsi qu'un site internet destiné aux agriculteurs en détresse (Nouvelle fenêtre).

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