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Coronavirus : vaccin, thérapie et dépistage au programme pour des chercheurs d’Ottawa

Marc-André Langlois regarde dans un microscope dans un laboratoire.

Le virologue Marc-André Langlois pilote deux projets de recherche pour lutter contre le coronavirus.

Photo : Radio-Canada

Nouvelles méthodes de dépistage, thérapie à base d'anticorps, vaccin nasal... Voilà certains des projets contre le coronavirus pilotés par des chercheurs de l’Université d’Ottawa qui ont reçu du financement du gouvernement fédéral. Aperçu de trois initiatives pour endiguer l’épidémie.

Végétaux et vaccins

Parmi les projets scientifiques qui ont pu recevoir une part des 26,8 millions octroyés par le gouvernement fédéral, on compte le projet de vaccin de Marc-André Langlois, virologue, professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la virologie moléculaire et l'immunité intrinsèque.

Pour développer un vaccin contre un virus — un organisme vivant —, il faut un hôte biologique pour produire la protéine du virus en question. Or, au lieu d’avoir recours à des cellules animales pour ce procédé, Marc-André Langlois et ses collègues comptent utiliser des cellules végétales pour parvenir à leurs fins.

On va utiliser les plantes comme un petit bioréacteur pour produire les protéines du vaccin en grandes quantités.

Marc-André Langlois, virologue et professeur à l’Université d’Ottawa

Le recours à des plantes, précise le professeur, comporte certains avantages importants, à commencer par le prix. L’utilisation de cellules de riz, par exemple, est bien moins coûteuse que les méthodes traditionnelles, selon le spécialiste.

Marc-André Langlois pose dans un laboratoire.

Le virologue et professeur à l'Université d'Ottawa, Marc-André Langlois.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Le vaccin aussi va être stable à des températures ambiantes, donc pas besoin d’être réfrigéré, note aussi le professeur, ce qui va faciliter la distribution et l’entreposage d’un éventuel vaccin.

Le vaccin en question sera administré par un vaporisateur nasal, un autre avantage comparativement aux vaccins conventionnels. Un vaccin nasal est perçu comme moins invasif et on pense qu’un plus grand pourcentage de la population va être enclin à adopter ce vaccin-là, explique le chercheur.

Dépistage, thérapie… et lamas

On voit la tête d'un lama blanc, en gros plan, de face. En arrière-plan, les montagnes.

Les lamas produisent des anticorps assez petits pour se lier au coronavirus, ce qui pourrait avoir des applications utiles pour traiter les humains malades (archives).

Photo : iStock / Grafissimo

Un autre volet de la recherche du professeur porte sur le recours à certains types d’anticorps pour détecter le coronavirus, mais aussi pour aider les patients atteints à se rétablir.

Toutefois, puisque le corps humain ne produit pas d'anticorps assez petits pour se lier au virus, Marc-André Langlois a décidé de se tourner vers… des lamas.

Les espèces [de] camélidés [de la famille des chameaux, dont font partie les lamas] font ce type d'anticorps là de façon naturelle, souligne le virologue.

On fait des préparations de protéines virales, on [les] injecte [dans] les lamas comme si c’était une immunisation normale et on va aller récolter leurs cellules qui produisent ces anticorps-là.

Marc-André Langlois, virologue et professeur à l’Université d’Ottawa

Les chercheurs vont ensuite déconstruire les cellules qu’ils ont récoltées pour isoler leur ADN et produire les anticorps en grandes quantités en laboratoire.

Les anticorps pourront se lier spécifiquement au coronavirus, ce qui permettra aux chercheurs de développer une nouvelle méthode pour dépister la maladie. Marc-André Langlois croit aussi que les propriétés de ces anticorps pourront aider à soigner les personnes atteintes de la COVID-19.

Le nouveau coronavirus, COVID-19.

Le coronavirus peut causer des problèmes respiratoires importants chez les personnes atteintes qui ont une santé plus fragile (archives).

Photo : Crédit:CDC via AP

On espère que les anticorps vont pouvoir se lier aux virus d’une certaine façon pour inhiber leur liaison aux cellules épithéliales des poumons, illustre-t-il.

Détection maison

Depuis le début de la crise du coronavirus, la seule façon de savoir assurément si une personne est atteinte est d’effectuer un test en laboratoire, généralement en allant voir un médecin à l’hôpital.

Se rendre à l’hôpital alors qu’on est potentiellement infecté par le coronavirus pose toutefois le risque de contaminer d’autres personnes, incluant des personnes à la santé plus fragile.

Le professeur Maxim Berezovski en entrevue dans un laboratoire.

Le professeur Maxim Berezovski veut développer un test que n'importe qui pourrait utiliser à la maison pour détecter le coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Jacques Delisle

C’est précisément cette facette du problème que souhaite régler Maxim Berezovski, professeur de chimie à l’Université d’Ottawa. Son but : développer un test de dépistage qui peut être utilisé à la maison et qui fonctionne de même manière qu’un test de grossesse.

Ce sera bien simple, à base de papier : nous développons des molécules qui détectent spécifiquement les virus et qu'on attache sur un senseur, explique-t-il.

Imaginez que vous avez de la fièvre et vous ne savez pas si vous êtes infectés. Avant d’aller à l’hôpital, c’est mieux de vérifier qu’il ne s’agit pas d’une simple grippe.

Maxim Berezovski, professeur de chimie à l’Université d’Ottawa

On aura besoin de l'implication d’entreprises pour développer ces tests et les rendre disponibles à tout le monde pour moins d’un dollar. On espère que ce ne sera pas si cher, puisque c’est un test à base de papier, souhaite-t-il.

Une question de temps

Les projets de Marc-André Langlois bénéficient d’un financement fédéral d’un million de dollars, tandis que celui de Maxim Berezovski a reçu 400 000 $. Dans les deux cas, ces sommes sont suffisantes pour financer deux ans de recherches.

S’ils croient pouvoir développer leurs projets avec succès dans ces délais, les deux chercheurs reconnaissent qu’il faudra sans doute plus de temps avant que leurs créations soient disponibles pour le public.

Le professeur Berezovski est tributaire des entreprises privées qui voudront produire en masse et distribuer son test de dépistage maison. Le professeur Langlois, lui, devra soumettre le fruit de ses recherches à des essais cliniques, une étape hors de son contrôle.

C’est toujours ça l’étape limitante parce qu’on ne veut pas déployer quelque chose dans la population qui pourrait générer des effets indésirables, note-t-il.

Un employé dans un laboratoire

Un employé dans un laboratoire spécialisé dans le test d'acide nucléique sur la COVID-19 (archives).

Photo : Associated Press

Qui plus est, Marc-André Langlois et son équipe sont engagés dans une course contre la montre, car le coronavirus mute avec le temps, un peu comme le fait la grippe.

Il faudra que nos thérapies et nos vaccins s’attaquent aux composantes du virus qui sont le moins susceptibles d’évoluer, estime-t-il.

Il est également fort probable que le vaccin nasal et les thérapies par les anticorps ne puissent être administrés au grand public qu’après le pic de l’épidémie de coronavirus, admet Marc-André Langlois, ce qui ne veut cependant pas dire que ses efforts auront été vains.

Il y a de bonnes probabilités que dans le futur, on voie un virus qui va circuler qui est encore plus mortel que la COVID-19. Donc, tout ce qu’on fait maintenant va pouvoir s’appliquer à un coronavirus qui va circuler dans le futur, conclut-il.

Avec les informations de CBC

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