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CoronaCoin : une cryptomonnaie qui mise sur la propagation de la COVID-19

Cette nouvelle cryptomonnaie a un nombre total de jetons correspondant à la population mondiale, qui diminue toutes les 48 heures en fonction du nombre de cas recensés de la COVID-19.

Un homme vérifie les fils d'un serveur d'une ferme de bitcoins.

Le CoronaCoin s'ajoute aux autres monnaies virtuelles déjà existantes.

Photo : AFP

Alors que les bourses mondiales ont enregistré d'importantes pertes à cause de la COVID-19, une nouvelle cryptomonnaie a fait son apparition, le CoronaCoin. Cette dernière mise sur la propagation du virus pour augmenter sa valeur.

Une initiative de mauvais goût, selon plusieurs internautes, frauduleuse selon des experts, mais défendue comme altruiste par ses instigateurs.

Le cours du CoronaCoin augmente par rapport au nombre de cas recensés dans le monde. La devise numérique est indexée en fonction des données de l’Organisation mondiale de la santé.

Toutes les 48 heures, la plateforme est mise à jour et le nombre total de jetons numériques en circulation diminue au fur et à mesure que d'autres personnes contractent la maladie.

Au départ, il y avait 7 604 953 650 jetons en circulation, soit le nombre de personnes sur Terre. Plus il y a de victimes, plus la valeur de la monnaie augmente.

Il y a environ sept développeurs qui participent à cette devise, principalement en Amérique du Nord et en Europe.

Elle a été lancée à la mi-février et dévoilée sur le forum Reddit.

De nombreux commentaires d'internautes ont dénoncé le côté inhumain et immoral de cette nouvelle cryptomonnaie, qui permet de s'enrichir sur les contaminations et les décès liés au virus.

Dessin d'une cellule représentant le coronavirus sur fond de graphique représentant l'économie.

Le coronavirus menace la stabilité de l’économie mondiale.

Photo : getty images/istockphoto / ffikretow

Le responsable des relations publiques et du marketing de cette devise numérique, Pete Weathers, défend le projet.

Selon lui, cette devise a trois objectifs : sensibiliser, aider les efforts de secours grâce à des dons et documenter avec précision la propagation du virus à travers une chaîne de blocs qui est une technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle.

20 % des jetons ont été mis de côté pour faire des dons à la Croix-Rouge, car celle-ci accepte la cryptomonnaie et un premier don de 235 dollars américains lui a été transféré samedi, précise-t-il.

Selon lui, il est difficile de connaître le nombre exact d'investisseurs, mais jusqu'à présent 1438 portefeuilles numériques différents contenant des CoronaCoins ont été ouverts partout dans le monde.

Capture d'écran de la page du CoronaCoin avec le descriptif du site Internet et le nombre de CoronaCoins « brûlés » jusqu'à présent.

Capture d'écran de la page du CoronaCoin avec le descriptif du site Internet et le nombre de CoronaCoins « brûlés » jusqu'à présent.

Photo : Capture d'écran de la page du CoronaCoin

Ce n'est pas très différent des obligations pandémiques émises par des banques, finalement, défend Pete Weathers.

En 2016, la Banque mondiale a créé un mécanisme de financement d’urgence (PEF) [...] conçu pour se prémunir des pandémies mortelles et reposant notamment sur la création du tout premier marché de l’assurance contre le risque de pandémie.

Les investisseurs qui détiennent ces obligations pandémiques touchent des intérêts annuels élevés et des primes d'assurance, mais s'il y a une crise sanitaire, ils doivent reverser leur investissement à un fonds spécifique de la Banque mondiale destiné à lutter contre la pandémie.

En cas d’épidémie, le PEF débloquera rapidement des fonds en faveur des pays concernés et des organismes internationaux qualifiés. Il comprendra deux « guichets » : un guichet d’assurance et un guichet de liquidités complémentaire, peut-on lire sur le site web de la Banque mondiale.

Des monnaies éphémères et opportunistes

Ce CoronaCoin se joint aussi à tout un panel de cryptomonnaies qui émergent ponctuellement, comme celles créées durant des élections présidentielles, par exemple.

Donald Trump, aux États-Unis, ou encore Emmanuel Macron, en France, ont ainsi leurs cryptomonnaies. Celles-ci permettent à leurs acheteurs de parier sur un candidat dans l'espoir de gagner une importante somme d'argent après le scrutin.

Le portrait d'un homme.

Jonathan Hamel, président et fondateur de l’Académie Bitcoin.

Photo : Radio-Canada

Le fondateur de l’Académie Bitcoin et chercheur associé à l'Institut économique de Montréal, Jonathan Hamel, rappelle que la plupart des nouvelles émissions de cryptomonnaies sont frauduleuses.

Le contrat proposé pour cette cryptomonnaie n'a par exemple pas de mécanisme pour s'assurer que les fonds ne puissent pas se volatiser à tout moment, et il n'existe pas de façons pour récupérer les fonds engagés.

Il y a un problème fondamental qui est la centralisation, donc c'est nécessairement quelqu'un ou une organisation qui émet ces cryptomonnaies, et donc ça va être sujet à la manipulation ou à une vente subite d'une quantité substantielle du stock de la monnaie, donc le cours peut s'effondrer subitement, souligne-t-il.

Selon lui, ce genre de cryptomonnaie essaye de reproduire le succès qu'a connu le bitcoin il y a une dizaine d'années. Mais nonobstant la technologie, c'était un succès unique. [C'est] un phénomène monétaire, économique et social impossible à reproduire jusqu'à présent, dit-il.

D'un point de vue réglementaire, au Canada, la nouvelle émission d'une cryptomonnaie peut être considérée comme une valeur mobilière. Quelqu'un qui émet une nouvelle cryptomonnaie à partir de zéro pourrait être assujetti à des lois sur les transactions sur les valeurs mobilières.

M. Hamel associe plutôt ce projet à une démarche opportuniste qui profite d'un moment de panique. Si vous regardez de plus près, vous remarquerez que pour les créateurs du projet [le but est] d'amasser des bitcoins, c'est un indicateur clair, dit-il.

Pete Weathers, lui, soutient qu'il s'agit d'un projet sérieux et voit déjà la suite du CoronaCoin, même si le coronavirus, lui, prend fin.

Je pense que nous garderons le nom, mais nous avons créé un jeu interactif en lien et nous pensons déjà à d'autres utilisations du jeton, conclut-il.

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