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Le combat féministe : avec ou sans les hommes?

Une image des signes des genres avec le signe égal au milieu.

Les hommes doivent agir pour faire avancer le respect des droits des femmes, selon certaines organisations féministes.

Photo : getty images/istockphoto / Bulat Silvia

Radio-Canada

Ce combat interpelle tout le monde. C’est sûr qu'il faut être à l’écoute des premières concernées que sont les femmes. Mais tout le monde est concerné. Chacun a sa part et les hommes doivent être solidaires avec les mouvements des femmes, ici et partout dans le monde, affirme une militante.

Un texte de Perpetue Mahuclo Adite

C'est la réponse donnée par Marlihan Lopez, porte-parole du Collectif 8 mars, à la question de savoir si la lutte pour le respect des droits des femmes doit se faire avec ou sans les hommes. Le Collectif 8 Mars est composé de la Fédération des femmes du Québec, de groupes communautaires de défense des droits des femmes et des instances en condition féminine des syndicats québécois. Pour la jeune militante pour les droits des femmes, les hommes sont concernés.

Pour nous, c’est très important qu’ils s’impliquent et qu’ils soient à l’écoute, non seulement le 8 mars, mais aussi tous les jours de l’année, et qu’ils fassent avancer le droit des femmes.

Marlihan Lopez, porte-parole du Collectif 8 mars

Le Collectif 8 mars était aux cotés de l'association Femmes de diverses origines (FDO), qui a marché ce dimanche dans les rues de Montréal à l’occasion de la journée internationale des femmes.

L'objectif principal cette année est de sensibiliser et mobiliser le soutien aux résistances en cours contre le patriarcat, le colonialisme, le capitalisme, l'impérialisme et le racisme et contre les gouvernements, les institutions et les personnes qui les représentent, selon l'organisme. La situation des femmes migrantes racisées et celle des femmes autochtones occupent une place de choix dans le cahier de revendications.

Des centaines de personnes, y compris des hommes, sont venues en soutien à la manifestation.

Une marche qui a toute son importance

Pour Marlihan Lopez, qui est aussi vice-présidente de la fédération des femmes du Québec (FFQ), il y a des personnes qui pensent que l’égalité est déjà atteinte, ce n’est pas vrai. Elle a ajouté qu'il faut insister sur l’éducation afin que chaque personne, quelle que soit son identité, puisse être en mesure de poser des actes et des gestes en solidarité avec les luttes qui concernent les droits des femmes.

Quand on parle du 8 mars, c’est le moment pour sensibiliser les populations par rapport aux enjeux autour de l’égalité entre les femmes et les hommes et sur les droits des femmes. C’est sûr que notre travail de sensibilisation concerne tout le monde, y compris les hommes.

Marlihan Lopez, porte-parole du collectif 8 mars

La présence des hommes est un bon point pour la cause de l'égalité des hommes et des femmes, selon une marcheuse. De plus en plus d’hommes se disent féministes aujourd’hui, c’est une grosse avancée. Aussi, les rapports hommes-femmes ont beaucoup changé dans le milieu du travail, entre autres avec le mouvement MeToo, a-t-elle affirmé.

Même s'il y a eu beaucoup de changements dans les dernières années pour la condition des femmes, il reste beaucoup de choses à faire, selon une autre marcheuse qui soutient aussi que les hommes sont tout autant concernés et doivent agir de façon concrète.

Par exemple s’il y a quelque chose de sexiste qui se passe au travail, je pense qu’il faudrait que les hommes le dénoncent même si ça ne les concerne pas individuellement.

Une marcheuse

Un exercice à faire, quoique difficile

Aborder la question du féminisme en se penchant sur le rôle des hommes peut être un exercice délicat. Selon Stéphanie Pache, professeure en sociologie du genre et des sexualités à l'Université de Québec à Montréal (UQAM), il s’agit de pouvoir construire un discours féministe qui laisse la place aux hommes sans effacer la parole des femmes. Elle pense toutefois que c’est une démarche à mener, car selon elle, le féminisme n’est pas un combat des femmes contre les hommes, c’est un combat pour l’égalité qui concerne tout le monde.

Une femme qui sourit.

« Dans l’action au quotidien, évidemment que n’importe quelle personne est en charge de pratiquer moins de discrimination. C’est un travail possible ». - Stéphanie Pache

Photo : Archives/Stéphanie Pache

Même si des avancées se font remarquer, l’inégalité est encore là; il existe notamment une « vraie résistance » à ce que les femmes occupent des positions de pouvoir.

Les femmes représentaient 19,4 % des administrateurs en 2016, Plus précisément, 28 % des entreprises comptaient une femme au sein de leur conseil d'administration, et 15,2 % comptaient plus d'une femme, tandis que 56,8 % des conseils d'administration étaient entièrement constitués d'hommes au Canada.

Source : Statistique Canada

En ce qui concerne la question de l’efficacité des luttes, Madame Stéphanie Pache pense qu’il y a des avancées, même si le système patriarcal rend les choses plus difficiles.

Le système patriarcal, ce n’est pas les hommes en soi, c’est le système qui hiérarchise les hommes et les femmes et qui, malheureusement, est difficile à combattre, c’est dur de dire quelles luttes sont les bonnes, explique-t-elle en ajoutant que si évidemment si on veut changer le monde, ça comprend tous les êtres humains y compris les hommes.

Pour elle, c'est un travail possible et dans l'action au quotidien, n’importe quelle personne est en charge de pratiquer moins de discrimination.

Je pense que se battre pour l’égalité c’est un beau combat. Il est difficile parce qu’on vit dans une société inégalitaire à tous les points de vue, et qu’il s’agit de pouvoir construire des alliances pour continuer au quotidien à défendre qu’un autre monde est possible. Un monde plus égalitaire est possible, mais oui, ça a un prix.

Stéphanie Pache

Un homme féministe

Si vous demandez à Hatem Laroussi, d'origine tunisienne, pourquoi il s’identifie comme un homme et un militant féministe, il vous répondra que personne ne peut choisir son origine, sa culture ou son genre. Cependant, on peut choisir sa vocation. Actuellement au doctorat en sciences infirmières à l’Université Laval, il a travaillé auprès les minorités telles que les détenues, les travailleuses du sexe, la communauté LGBTIQ et offre des formations en droit et santé sexuelle et reproductive, violence fondée sur le genre, plaidoyer, citoyenneté, droits des minorités, droits humains. Il en est fier.

Être féministe pour certains fait penser que tu es un homme efféminé. Cependant, être féministe c’est être quelqu’un qui a une forte croyance en l'égalité et l'équité. Il ne faut pas être une victime d’une oppression patriarcale pour défendre les droits de la femme.

Hatem Laroussi
Un homme debout.

Hatem Laroussi est doctorant en sciences infirmières. Pour lui, les hommes ont leur place dans la lutte pour le respect des droits des femmes.

Photo : Facebook/Harem Laroussi

Ce doctorant, âgé de 30 ans, mène plusieurs actions relatives aux droits des femmes, car selon lui, l’implication ne se limite pas aux femmes. Sa thèse porte sur le vieillissement réussi des femmes vivant avec le VIH. Le choix de ce sujet s'explique par le fait que les femmes sont oubliées dans l’épidémie de VIH. Les études sont plus orientées vers les jeunes, et dans le contexte du sida, la femme est toujours perçue comme la mère ou l’aidant naturel. Aussi, le mouvement féministe est plus centré sur les femmes jeunes, mais les femmes âgées sont oubliées, a-t-il expliqué. Il travaille aussi avec des femmes sur l’acceptation de l’oppression. Il est particulièrement fier d'une expérience.

C’était un atelier dans une faculté de médecine dentaire. L’une des participantes était très convaincue que son rôle ne valait rien et que, parce qu’elle est une « femme », elle devrait être soumise. Elle a accepté les coups de son fiancé, les insultes, et elle perçoit ces violences comme une chose normale. Après la formation, nous avons échangé et j'ai tenu à la rencontrer à plusieurs autres occasions. Après trois mois, je l’ai croisée par hasard, elle était très motivée et elle me parlait avec beaucoup de détermination, a-t-il déclaré.

Aujourd’hui je suis une autre femme, je suis autonome et je suis un être humain. Nos échanges m’ont poussée à penser mon avenir et j'ai décidé de profiter de ma vie, a indiqué la femme de son côté.

Ce genre de témoignage est inoubliable et il reste ancré à vie dans la tête de Hatem Laroussi.

Loin de considérer l’homme comme un ennemi, il faudrait le prendre comme un allié dans le combat de l'égalité hommes-femmes, selon ce féministe. L’homme est un maillon essentiel si on veut créer un changement ressenti. Il faut travailler sur certains dogmes qui règnent depuis des millénaires. Ce travail doit être fait par l’homme et la femme, a-t-il conclu.

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Égalité des sexes

Société