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Pourquoi les femmes sont-elles si rares en politique municipale?

Une belle journée d'été. Des enfants s'amusent dans la fontaine devant l'hôtel de ville de la capitale albertaine.

À Edmonton, le conseil municipal est composé de 10 hommes et de 2 femmes.

Photo : CBC / John Robertson

Les femmes qui se présentent en politique municipale ont plus de succès que jamais, et un groupe d'Edmonton a des visions de parité pour les prochaines élections. Pour y arriver, cependant, il reste un défi majeur : les convaincre de se lancer dans la course.

Je crois que j’adorerais le travail de conseillère municipale et je crois que j’en serais une très bonne : Melissa Campbell lance cette phrase sans hésiter, avec plus d’assurance qu’elle n’en a démontré pendant le reste de l’entrevue.

Orthophoniste et mère de trois enfants, elle s’implique dans le conseil scolaire du coin et dans sa ligue communautaire. Elle parle avec fougue de la politique municipale qui est, selon elle, ce qui s’approche le plus d’une vraie démocratie.

Pourtant, elle hésite encore à se présenter aux élections municipales d’Edmonton en 2021. Je veux m’assurer que c’est la meilleure chose pour ma famille, explique-t-elle.

Elle ajoute un peu plus tard : Parfois, je me demande pour qui je me prends pour penser que je suis assez qualifiée pour faire ça.

« Je ne me poserais peut-être pas ces questions si j’étais un homme », reconnaît-elle avec un sourire.

L’hésitation

Melissa Campbell est beaucoup plus près du cas type que de l’exception, selon Kasey Machin, présidente du groupe ParityYEG, qui lutte pour une meilleure représentation des femmes dans la sphère politique edmontonienne.

En Alberta, les femmes représentent à peine 31 % des élus municipaux. Elles représentent aussi 29 % des candidats. Ça s’inscrit dans la même tendance que le reste du pays.

Les femmes ne sont pas recrutées autant que les hommes et elles s’auto-identifient beaucoup moins comme candidates, dit Kasey Machin.

Les élus devraient être représentatifs de la population qu’ils desservent et en ce moment, au conseil municipal, ce n’est pas le cas.

Kasey Machin, présidente, ParityYEG

En ce moment, une grande partie de son travail consiste à prendre des cafés avec de potentielles candidates pour parler de leurs doutes et les encourager à se présenter. Elles ne sont pas nombreuses, et pas toujours faciles à convaincre, dit-elle. Mais pourquoi?

Une partie de la réponse, selon la présidente de ParityYEG, est assez simple : les campagnes politiques exigent de l’argent et du temps.

Selon l’Institut canadien de recherche sur les femmes, ces dernières sont toujours surreprésentées dans les métiers sous-payés. Elles sont plus souvent que les hommes le premier fournisseur de soins d’un proche ou d’un enfant. Des études montrent aussi qu’elles portent généralement une charge mentale plus lourde.

Kasey Machin remarque aussi qu'elles doutent davantage de leurs propres compétences.

La plupart du temps [... elles] sentent le besoin d’être extrêmement qualifiées, surqualifiées même, pour un poste. Elles ont, en fait, absolument toutes les compétences nécessaires, explique-t-elle.

Selon elle, les femmes refusent en moyenne deux à quatre fois de se présenter avant de finalement faire le saut.

Le moment décisif

Sarah Hamilton ne fait pas exception. Alors qu’elle faisait du bénévolat pour les campagnes de certains politiciens américains, des collègues et des amis lui ont plus d'une fois suggéré de se présenter. Chaque fois elle leur répondait : ce n’est pas pour moi.

Puis en 2016, trois événements sont venus tout changer : les Cubs de Chicago ont fini premiers de série, Hillary Clinton a perdu les élections américaines et les deux candidates à la chefferie du Parti progressiste-conservateur de l’Alberta ont abandonné la course.

D’un côté, je regardais cette impossibilité qui venait juste de se produire et de l’autre, je voyais, je dirais, notre rêve collectif de voir une femme dans les plus hauts postes de l’Alberta ou des États-Unis [...] s’effondrer, raconte-t-elle.

C’est là que le déclic s'est fait : C’est quoi le pire qui peut arriver? Je pourrais perdre, et puis la vie va continuer.

Aujourd'hui, Sarah Hamilton est une des deux femmes au conseil municipal d’Edmonton.

Les préjugés

Selon Kasey Machin, certaines femmes hésitent aussi à se présenter car elles appréhendent le sexisme auquel elles pourraient être confrontées.

Kirsten Goa reconnaît qu'elle en a fait les frais lorsqu'elle s’est présentée aux élections d’Edmonton en 2017.

Il y a des gens qui m’ont demandé qui allait s’occuper de mes enfants. Il y a des gens qui m’ont demandé comment ça se faisait que j’en avais cinq, et m’ont posé des questions sur mes choix de contraception, raconte-t-elle.

Alors qu’elle faisait campagne en 2017, un bébé tout neuf entre les bras, Keren Tang a entendu toutes sortes de commentaires.

Ils disaient des choses comme : “Je ne peux pas voter pour vous parce que vous avez un bébé, dit-elle. Je pense que vous ne comprenez pas le travail d’un conseiller, vous n’allez pas réussir avec une jeune famille ”.

Kirsten Goa remarque qu’il y avait pourtant des candidats masculins avec des bébés aussi jeunes que le sien, mais elle ajoute : Je ne pense pas qu’ils font face à ce genre d’obstacle.

Les deux femmes ont cependant aussi été surprises par l’ampleur du soutien qu’elles ont reçu. Même si elles n'ont pas été élues, elles croient que leurs efforts en ont valu le coup et elles comptent se représenter en 2021.

Je pense que la tranche démographique dont je fais partie est une des plus grandes à Edmonton et je ne pense pas qu’elle est bien représentée dans la politique civile [...] c’est pour ça que je me présente.

Keren Tang

Le progrès

En 2010, 25 % des candidats aux élections municipales albertaines étaient des femmes. En 2015, c’était 27 % et en 2019, 29 %.

En 2021, ParityYEG veut que ce pourcentage atteigne 50 %. Pour y arriver, cependant, le groupe soutient que le recrutement doit commencer dès maintenant.

Le groupe développe des trousses de départ pour les candidates afin de les appuyer dans leurs démarches. Il leur fournit aussi des conseils pratiques sur les façons de financer leurs campagnes ou d’apprendre à connaître leurs électeurs.

La période de mise en candidature commence le 1er janvier 2021.

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