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Blitz de recrutement à l’étranger de préposés aux bénéficiaires

De la France, au Brésil en passant par la Colombie, le réseau de la santé est engagé depuis un an dans un blitz de recrutement inédit. Un défi d’intégration pour plusieurs établissements alors que le temps presse.

Le jeune homme est en train de pousser un appareil dans un couloir du CHSLD.

Christiano Deolanda Frasao, préposé aux bénéficiaires au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent, près de Québec

Photo : Radio-Canada

Lorsqu’il est arrivé au Québec à la mi-février, Christiano Deolanda Frasao redoutait un peu l’hiver québécois. Originaires de Rio de Janeiro au Brésil, lui et sa famille n’avaient jamais vu de neige ni ressenti de température sous zéro Celsius.

Le froid c’est très, très extrême pour moi, mais c’est vraiment une question d’habitude. Un jour, je vais m’habituer.

Christiano Deolanda Frasao

Christiano est l’un des sept nouveaux préposés aux bénéficiaires recrutés à l’étranger ces derniers mois par le CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent, un établissement privé de Saint-Augustin-de-Desmaures près de Québec. Le CHSLD dispose de 207 lits, dont la majorité fait l’objet d’une entente de services avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Comme l’explique Florence Granotier, la spécialiste en acquisition des talents et rétention du personnel au CHSLD, c’est une obligation pour nous d’ouvrir à l’international parce qu’au Québec, on n’a plus de main-d’oeuvre. C’est une crise. C’est un gros défi et une préoccupation pour le recrutement et la rétention.

Florence Granotier fixe l'objectif en souriant.

Florence Granotier, spécialiste en acquisition des talents et rétention du personnel au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent

Photo : Radio-Canada

Outre le Brésil, le CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent recrute également en France.

David Hamoneau et Céline Coudert sont arrivés il y a quelques mois.

C’est un choc culturel, puisque c’est beaucoup plus grand, c’est vraiment différent, un changement total, témoigne David Hamoneau.

C’est un métier où il faut être très humain, il faut être empathique, il faut aimer son prochain.

David Hamoneau

Céline a remarqué pour sa part une annonce sur un site de recrutement en France.

J'avais fait 4 ans de psychologie, donc c'était une occasion pour moi de venir et d'échanger, raconte-t-elle. Humainement, c'est très enrichissant, je suis heureuse de venir travailler. Voir les gens, leur parler et suivre leur évolution.

Michelle Bouchard est bien placée pour apprécier l’évolution de ces nouveaux accents des préposés aux bénéficiaires. C’est la société des Nations unies ici, c’est intéressant, dit cette ancienne mairesse de Cap-Rouge qui habite au CHSLD depuis plusieurs années.

Avec les Français, la langue est très facile, parce qu’on a la même langue. Et puis, les Brésiliens aussi, souligne-t-elle. Ils m’ont montré des mots en brésilien. Même ceux qui viennent d’Afrique, je leur demande toujours leur nom et puis de quel pays ils viennent, puis on échange.

Les deux femmes sont assises l'une en face de l'autre.

Céline Coudert, préposée aux bénéficiaires, discute avec Michelle Bouchard, qui vit au CHSLD depuis plusieurs années.

Photo : Radio-Canada

Une ouverture que ne partagent pas cependant tous les résidents.

Les personnes ici en général sont assez âgées et certaines sont un peu réticentes.

Michelle Bouchard, résidente du CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent

La directrice des ressources humaines, Nadine Pleau, se dit sensible aux commentaires des usagers.

Je vous dirais que les résidents s’habituent, soutient-elle. Ce qui est plus difficile c’est au niveau de la langue. On envisage d’envoyer nos gens qui ont de la difficulté [à se faire comprendre] dans le cours de francisation pour faciliter l’intégration.

Nadine Pleau fixe l'objectif.

Nadine Pleau, directrice des ressources humaines au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent

Photo : Radio-Canada

Après avoir accueilli en novembre 2018 un premier préposé recruté à l’étranger, l’établissement devrait en employer une quinzaine d’ici la fin de l’année. Et ce n’est que le début.

Dans 6 mois, affirme Mme Granotier, on va repartir sur du montage de dossiers pour s’assurer d’arriver avec du personnel régulièrement. Ça va être comme ça pour les 5 ou 10 prochaines années.

1600 postes à pourvoir demain matin

Selon une compilation de Radio-Canada auprès de 10 établissements publics, plus de 1600 postes de préposés aux bénéficiaires sont disponibles actuellement.

Et si tout se passe comme prévu, plus de 270 préposés aux bénéficiaires (PAB) recrutés à l’étranger devraient être en poste dans le réseau public de la santé d’ici la fin de l’année.

Pour la plupart des établissements, ce sera une première.

Sans compter qu’il y a le réseau des résidences privées pour aînés, engagé également dans le recrutement à l’étranger.

Offrir des postes permanents ne suffit pas

Au CISSS Chaudière-Appalaches au sud de Québec, on recrute annuellement environ 200 préposés aux bénéficiaires.

À la fin de février, l’établissement a même offert des postes permanents dès l’embauche afin de pourvoir une centaine de postes.

Francis Ostiguy regarde l'objectif en souriant.

Francis Ostiguy, chef du service de la dotation et de la planification de la main-d’oeuvre au CISSS Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

Comme le constate Francis Ostiguy, chef du service de la dotation et de la planification de la main-d’oeuvre, le marché du travail, à 2 %, 3 % de chômage, nous incite grandement à devoir trouver tous les moyens pour inciter les gens à la profession. Et oui, poursuit-il, il faut aussi se tourner vers le recrutement international.

L’établissement doit d’ailleurs accueillir ces prochaines semaines 33 Tunisiens. Un exercice qui n’a pas été sans rebondissements.

Anis Chikh est physiothérapeute au centre de réadaptation en déficience physique au CISSS Chaudière-Appalaches. Il fait partie d’une vingtaine de bénévoles qui s’apprêtent à les accueillir dans une douzaine de CHSLD de la région.

Le jeune homme fixe l'objectif d'un air sérieux.

Anis Chikh, physiothérapeute au Centre de réadaptation en déficience physique au CISSS Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

Étant moi-même immigrant, j’ai voulu les accompagner à travers leur processus d’immigration ici dans la région.

Anis Chikh, physiothérapeute

Éviter la crise en Abitibi

Dans son plan d’action pour les préposés aux bénéficiaires (PAB), la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann avait annoncé en août 2019 la mise sur pied d’un nouveau programme de bourses destiné aux PAB : 2000 bourses de 7500 $ chacune, pour un total de 15 millions de dollars d’ici le 31 mars 2020.

L'instauration de ce tout nouveau programme de bourses s'inscrit dans notre démarche afin de recruter des ressources compétentes, et en nombre suffisant, pour répondre aux besoins des usagers, disait alors la ministre.

Or, en Abitibi-Témiscamingue, le programme de bourses destiné aux PAB n’est pas aussi populaire qu’on ne l’aurait souhaité.

Selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux, à peine neuf bourses sur les 41 réservées (22 %) à la région avaient été versées au début de février. Un des taux les plus faibles du Québec par rapport à une moyenne de 60 %.

Il faut savoir qu’on a un seul établissement qui forme les préposés dans notre région, dans la Commission scolaire Harricana, et effectivement, le bassin qui sort ne réussit pas à combler nos besoins de main-d’oeuvre.

Caroline Roy, PDG du CISSS Abitibi-Témiscamingue

Et le temps presse.

Il nous manque présentement 100 préposés sur 800 postes, donc un peu plus de 12 %, détaille Mme Roy. C’est majeur, et on a épuisé tout le bassin qu’on avait en région.

Là aussi, les postes permanents à l’embauche ne suffisent pas.

Pour la première fois, le recrutement à l’étranger figure parmi les autres solutions.

Le CISSS souhaite embaucher 45 préposés aux bénéficiaires pour la région dans le cadre des missions de Recrutement Santé Québec au Maghreb ces prochaines semaines.

Un défi d’intégration pour le CISSS. Ce sera un réel défi oui, mais les équipes le comprennent bien, soutient Mme Roy. Avoir une culture d’accueil et d’intégration, il va falloir développer ça.

Et comme elle le dit, nous vivons une situation critique qui ne doit pas devenir une crise dans un an.

Avec la collaboration Florian Cruzille

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