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La violence conjugale à la télé peut avoir l'effet d'une thérapie de société

La jeune femme est entourée d'arbres et semble en détresse.

La comédienne Ève Landry dans une scène de la série « M'entends-tu? »

Photo : Trio Orange

Cecile Gladel

Des séries télévisées, comme M'entends-tu, placent parfois la violence conjugale au cœur de l'intrigue. C’est un sujet délicat qu’il importe d’aborder avec doigté, autant dans l’écriture que dans le jeu. Et quand c’est bien fait, de telles séries peuvent avoir un effet bénéfique.

Une série, c’est une façon de se parler de nos bibittes, de nos problèmes, ça devient une thérapie de société, explique Claudine Thibaudeau, porte-parole de SOS violence conjugale.

Dans M’entends-tu?, diffusée sur les ondes de Télé-Québec, le discret personnage de Carolanne (Ève Landry) vit une relation amoureuse violente qui s’aggrave au fil des épisodes. Lors de l'écriture de la série, les autrices, Florence Longpré et Pascale Renaud-Hébert, voulaient éviter de tomber dans les clichés. On avait la volonté profonde que ça soit respectueux et bien fait. On voulait que les femmes victimes se reconnaissent, explique Pascale Renaud-Hébert.

Elles voulaient aussi éviter de sexualiser le corps de la femme dans des moments de détresse. Quand il est question de personnages victimes de violence physique, sexuelle ou verbale, le corps de la femme reste magnifié; il faut faire très attention, soutient Pascale Renaud-Hébert.

Les deux jeunes scénaristes ont fait beaucoup de recherches et sont allées trouver de l’aide auprès d’organismes. Elles ont consulté l’organisme SOS violence conjugale, qui propose de nombreux outils, tant pour les victimes que pour les personnes violentes ou leur entourage. Elles ont aussi rencontré des femmes victimes.

Nous ne sommes pas des spécialistes en violence conjugale. Il y a des personnes et des organismes dont c’est la mission. On se rend compte [que la population] n’est pas si outillée pour en parler et agir. [...] On parle de violence conjugale, car la Journée internationale des droits des femmes s’en vient, mais au quotidien, on n’en parle pas tant que ça. Un pourcentage infime de femmes dénoncent leur agresseur par rapport au nombre de victimes.

Pascale Renaud-Hébert

Des séries qui jouent un rôle important

Les trois femmes sont autour de la table d'un café, à l'extérieur.

Les actrices Jane Woodley, Reese Witherspoon et Nicole Kidman, vedettes de la série « Big Littles Lies », de Jean-Marc Vallée.

Photo : Courtesy

M’entends-tu? n’est pas la première série à parler de violence conjugale. Big Little Lies et Le monstre l’ont déjà fait, ainsi que plusieurs autres. Claudine Thibaudeau, qui est aussi travailleuse sociale et responsable du soutien clinique et de la formation à SOS violence conjugale, cite également Fugueuse et 19-2 pour souligner leur impact dans la société québécoise. Elle donne aussi un exemple très personnel.

En matière de violence conjugale, les premières fois qu’on en a parlé, c’est lorsque Roger a frappé Évelyne dans la série Des dames de cœur. Je m’en souviens, ça a peut-être changé mon cheminement professionnel. De telles séries créent une préoccupation sociale nécessaire pour changer les choses.

Claudine Thibaudeau

Claudine Thibaudeau est formelle. De telles séries, bien faites, sont importantes, car elles envoient le message à l’ensemble de la société que de telles situations existent.

Pascale Renaud-Hébert donne l’exemple d’une scène dans M’entends-tu?, quand un policier dit qu’il ne peut intervenir si la femme ne présente pas des marques de violence apparente et que la victime doit raconter ce qui s’est passé. C’est important, car peut-être que quelqu’un va se reconnaître. On est victimes ou témoins. Même s’il n’y a pas de traces physiques, rappelle-t-elle.

Voir leur réalité au petit écran permet donc aux victimes de réaliser que leur situation est bel et bien réelle. Une série aide les victimes à identifier la violence comme en étant vraiment et à normaliser leurs réactions. Une femme va se trouver normale au lieu de penser qu’elle est folle, car elle n’avait pas identifié qu’elle vivait de la violence. La violence conjugale laisse d’immenses traces dans la vie d’une personne. C’est un stress post-traumatique, et l’agresseur se sert de ce qu’il crée contre sa victime, soutient Claudine Thibaudeau.

Cependant, l’effet n’est pas immédiat. Les femmes peuvent dénoncer leur conjoint beaucoup plus tard après avoir vu une telle série. En violence conjugale, les choses ne se passent pas rapidement, il y a de nombreux dangers et enjeux. Quand une victime ne bouge pas, c’est qu’elle a de bonnes raisons. Tout ce qu’on peut faire pour aider la société à comprendre les victimes est utile. [...] Mais il est important que les femmes soient de plus en plus validées et solides pour qu’elles puissent demander de l’aide au bon moment, ajoute Claudine Thibaudeau.

Toutefois, la travailleuse sociale souligne qu’il peut être aussi difficile pour des victimes de voir les images de violence, même si ça peut aider à mettre des mots et à aller chercher de l’aide.

Trois femmes présentées dans trois lieux différents.

Florence Longpré, Ève Landry et Mélissa Bédard dans « M'entends-tu? »

Photo : Télé-Québec

Une nouvelle campagne

La plus récente campagne de SOS violence conjugale,C’estpasviolent.com (Nouvelle fenêtre), s’adresse aux plus jeunes (mais aussi aux personnes plus vieilles) avec des mises en situation. On participe en se mettant dans les souliers d’une victime lors d’un échange par textos. Plusieurs personnes nous ont écrit en disant qu’elles avaient déjà fait de tels gestes. Il y a une plus grande ouverture chez les jeunes. On doit montrer que ça ne mène à rien de bon, que ce n’est pas de la grande joie familiale, qu’on va perdre la relation, et ça peut amener à une remise en question, explique Claudine Thibaudeau.

Le défi de jouer la violence conjugale

Pour montrer des situations de violence conjugale à l’écran, il faut que des actrices et acteurs jouent ces rôles difficiles. Celui qui incarne Keven, le conjoint violent de Carolanne dans M’entends-tu?, Victor Andres Trelles Turgeon, a été profondément marqué ce personnage, qui l’a habité même après la fin du tournage. Avant, en lisant le texte, je me suis demandé dans quoi je m’embarquais. C’est que je m’approprie beaucoup les torts de mes personnages, je vois le négatif dans mes traits de personnalité. Quand j’ai joué Henri Henri, un personnage niaiseux, je me suis dit que c’était moi. Même chose dans mon rôle de père distant qui se sent opprimé par la société dans Jouliks, explique-t-il.

L'homme a les cheveux attachés et regarde la caméra.

Le comédien Victor Andres Trelles Turgeon joue Keven dans la série « M'entends-tu? »

Photo : Trio Orange

Le fait que l’acteur connaissait bien Ève Landry l'a aidé à se préparer à jouer ces scènes difficiles.

Je faisais confiance à Ève pour me le dire, si je lui faisais mal. On en parlait beaucoup avant. On trouvait aussi les manières de se toucher selon les angles de caméra. Les scènes les plus physiques n’étaient pas les plus compliquées, c’était très technique et très préparé.

Victor Andres Trelles Turgeon

Et même si l’acteur et l’actrice ont eu quelques bleus après certaines scènes, tout était chorégraphié pour que le tournage se déroule en toute sécurité.

Un rôle enrichissant

En lisant le scénario, le comédien s’est aussi interrogé. Je sais que je peux être frustré parfois derrière le volant, ça m’a fait réfléchir. Je me suis demandé qui j’étais, mais je savais que je n’étais pas du tout comme Keven, explique Victor Andres Trelles Turgeon.

La femme et l'homme s'embrassent.

Éve Landry et Victor Andres Trelles Turgeon dans une scène de « M'entends-tu »

Photo : Trio Orange, Laurence Grandbois Bernard

D’ailleurs, il soutient que ce rôle lui a permis de grandir et de saisir un peu plus les racines de la violence conjugale. Je comprends d’où part Keven, il n’a pas été élevé pour savoir comment gérer ses émotions. Je ne suis pas capable de cette violence conjugale, mais je peux être exaspéré. Je ne veux jamais aller là, ça m’a beaucoup réveillé.

Montrer le cycle de la violence

Si cette série permet de sensibiliser tant les membres de la distribution que la société, l’une des volontés des autrices de la série est aussi de montrer le cycle de la violence. Les périodes sont toujours les mêmes. Il y a la lune de miel, qui est de plus en plus courte, les moments de crise où l’étau se resserre. Les femmes sont déprogrammées et isolées. Quand on ne l’a pas vécu, il est difficile de comprendre que la femme retourne vers son conjoint, que l’amour est plus fort. Ce sont aussi des femmes très isolées, et quand il y a des enfants, c’est encore plus complexe, explique Pascale Renaud-Hébert.

Par ailleurs, le personnage de la mère de Carolanne, aussi victime de violence de la part de son mari, le père de sa fille, se rend compte que le cycle se perpétue. Elle l’a vécu et sa fille a internalisé ses comportements, constate la coautrice.

Les trois femmes chantent dans le métro.

Mélissa Bédard, Ève Landry et Florence Longpré dans une scène de la série M'entends-tu?

Photo : Karine Dufour

Florence Longpré (qui joue aussi Ada) et Pascale Renaud-Hébert (qui joue Karine) sont en écriture de la troisième saison de M’entends-tu?, mais le diffuseur Télé-Québec ne confirme rien pour le moment.

Les deux premières saisons sont offertes en ligne sur le site de Télé-Québec. La première saison est sur ICI Tou.tv et Netflix.

Besoin d'aide pour vous ou une personne proche?

SOS Violence conjugale

1 800 363-9010

sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

Ligne québécoise de prévention du suicide

1 866 APPELLE

besoinaide.ca (Nouvelle fenêtre)

Réseau des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC)

1 866 532-2822

cavac.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

Pour avoir accès à toutes les ressources disponibles au Québec, cliquez ici.

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