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Archives

Une petite pilule, une grande révolution

Boîtier de pilules contraceptives.

Découverte fondamentale du XXe siècle, la pilule contraceptive permet à la femme de redéfinir son rôle au sein de la société.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L’utilisation de la pilule anticonceptionnelle se répand rapidement dès sa commercialisation le 9 mai 1960, malgré la réprobation de l'Église catholique et la loi qui interdit son usage à des fins contraceptives jusqu’en 1969. Nos archives témoignent de la volonté des couples de trouver les moyens nécessaires pour contrôler les naissances.

L’angoisse des femmes qui se demandent d’un mois à l’autre si elles vont être enceintes, je trouve que ça, c’est inhumain. Il y a de quoi en devenir malade.

Infirmière et mère de famille

La découverte de la pilule contraceptive et sa décriminalisation

Dès 1930, un chimiste américain, Russel Marker, parvient à extraire 2 kg de progestérone d'une plante connue pour ses vertus apaisantes, l'igname sauvage. Les laboratoires pharmaceutiques se montrent peu intéressés par cette découverte non brevetable.

Bien des années plus tard, en 1956, les médecins Gregory Pincus et John Rock prouvent l'effet inhibiteur de la progestérone sur l'ovulation. L'idée fondamentale de la pilule contraceptive est de simuler chez la patiente l'état hormonal de la femme enceinte.

À la suite des résultats de tests cliniques concluants menés sur des femmes portoricaines, Pincus choisit de commercialiser en 1957 le norethynodrel sous le nom d'Enovid aux États-Unis.

La première pilule, fortement dosée, entraînait parfois des effets indésirables sur les patientes dont la santé était précaire.

Au Canada, les compagnies pharmaceutiques, réticentes à présenter la pilule comme un contraceptif, insistaient sur le caractère thérapeutique du médicament, apte à soulager les douleurs menstruelles. Et, officiellement, la pilule devait être prescrite uniquement pour réguler les cycles menstruels.

Le 10 juin 1960, le gouvernement conservateur de John Diefenbaker autorise la commercialisation de la première pilule contraceptive par la compagnie pharmaceutique Searle. La prescription à des fins contraceptives demeure illégale au pays jusqu’au 1er juillet 1969.

L’adoption du Bill omnibus retire du Code criminel la loi qui interdit la diffusion d’information sur les méthodes contraceptives et la vente de produits contraceptifs.

La régulation des naissances concerne le couple, pas le clergé

Le 19 novembre 1964 à l’émission Cartes sur table, le journaliste Raymond Charrette mène une table ronde sur la limitation des naissances.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Cartes sur table, 19 novembre 1964

Il s’entretient avec Simonne Monet-Chartrand qui se prononce sur la déclaration du cardinal Brown pour qui « la fin primaire du mariage est la procréation et l'éducation des enfants ».

Pour la militante féministe, la régulation des naissances concerne d’abord le couple et non les théologiens. Elle estime que l’Église catholique émet des idées « archaïques et même inhumaines en matière de sexologie ».

Le problème se pose comme un affolement et comme une inquiétude perpétuelle alors que la vie conjugale devrait apporter une certaine harmonie et un certain épanouissement. (…) Ça me paraît très faussé cette optique que la femme est d’abord une mère.

Simonne Monet-Chartrand

L'influence exercée par la religion au Québec est encore vive à l'époque. L'enfant est considéré comme un don du ciel, un cadeau divin que l'on ne planifie pas, et la notion de péché est intimement liée à l'usage de moyens contraceptifs.

Mais le pouvoir de réguler sa fécondation ouvre de nouvelles perspectives à la femme. Désormais, elle a le choix de retarder ses grossesses, de les espacer, ou encore de les éviter. Elle peut ainsi entreprendre des études et embrasser le rêve d’une carrière professionnelle.

Avec les possibilités qu’offre la planification des naissances, la femme n'est plus considérée exclusivement comme une mère nourricière en puissance. Le couple a la possibilité de choisir combien il désire d'enfants et quand il les veut.

Les couples se prononcent

À l’émission Aujourd’hui du 26 mai 1966, le journaliste Raymond Laplante interroge quelques couples sur la régulation des naissances.

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Aujourd’hui, 26 mai 1966

Le premier couple a dix enfants. Pour eux, « pas d’enfants, pas de ménage heureux ».

Dans ce temps-là, on ne déterminait pas le nombre d’enfants, on acceptait notre sort tel qu’il était. (…) Aujourd’hui, il règne un esprit d’égoïsme. Un esprit qu’il faut absolument limiter les naissances.

Mère de 10 enfants

Aujourd’hui, les deux travaillent, c’est pour se gâter encore plus, mais ça éloigne de la famille.

Père de 10 enfants

Le second couple interrogé a six enfants. Pour eux, avoir des moyens d’espacer les naissances est nécessaire à leur qualité de vie.

On trouve que 6 enfants, c’est beaucoup de travail ; si on n’emploie pas les moyens permis pour les éloigner un petit peu, on a 95 chances sur 100 que ça arrive.

Père de six enfants

Moi, mon but principal, c’est d’essayer d’élever ceux que j’ai maintenant, d’avoir une bonne santé et de m’épanouir sur un autre angle aussi.

Mère de six enfants

Faire changer la loi sur la contraception

Le 9 novembre 1966, la journaliste Paule Sainte-Marie fait le compte rendu d’un symposium qui se tient à Montréal pour l’émission Femme d’aujourd’hui. Le colloque regroupe plusieurs spécialistes et intervenants intéressés par le sujet de la planification familiale.

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Femme d’aujourd’hui, 9 novembre 1966

Enfin, cette question qui touche tous les couples et aussi les pouvoirs publics sort de la clandestinité.

Paule Sainte-Marie, journaliste

En 1966, c’est trois femmes sur cinq qui pratiquent la régulation des naissances au Québec. Elles emploient soit la méthode Ogino, la méthode sympto-thermique, les préservatifs ou la pilule.

Comme la contraception est toujours interdite à cette époque, de 60 000 à 70 000 avortements criminels ont lieu chaque année au Canada causant de nombreux risques pour la santé des femmes.

Lors de cet événement, les spécialistes dénoncent l’inertie des pouvoirs publics face au problème de la planification familiale. Ils demandent de modifier la loi pour que les couples puissent obtenir des renseignements sur les méthodes de contraception et d’espacement des naissances.

Dans les centres ruraux, les moyens sont beaucoup moins disponibles. Dans certaines villes, les pilules ne sont pas disponibles, car les médecins ne veulent pas en prescrire par crainte d’être mal vus dans leur patelin. Dans les centres urbains, c’est surtout au niveau des classes moins favorisées que l’information manque.

Dr Bernard Michon

Paule Sainte-Marie s’entretient avec la docteure Lise Fortier, une pionnière dans le domaine de la planification des naissances au Québec.

Mme Fortier est la première Canadienne française diplômée de gynécologie-obstétrique par le Collège royal des médecins et des chirurgiens du Canada. Elle ouvre en mai 1967 la première clinique de planification familiale et d’avortement à l’hôpital Notre-Dame de Montréal.

Pour la docteure Fortier, l’attitude des femmes a beaucoup changé au fil des ans par rapport à la contraception.

Leur attitude a beaucoup changé, autrefois elles arrivaient toutes gênées, souvent elles repartaient presque sans avoir mentionné la vraie raison de leur visite. Elles sont beaucoup plus sûres d’elles et ne craignent pas de se faire morigéner.

Dr Fortier

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