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Des riches ont utilisé la reconnaissance faciale de Clearview AI comme un jouet

Des personnes dans la foule d'un concert avec des carrés sur leur visage. Simulation d'un système de reconnaissance faciale.

La technologie de reconnaissance faciale de Clearview est utilisée par plus de 2200 clients.

Photo : Twitter / Fight for the Future

Radio-Canada

Les révélations au sujet de la controversée entreprise d’intelligence artificielle Clearview AI ne cessent de se multiplier depuis le début de l’année, et voilà que le New York Times en rajoute une couche : bien que l’entreprise soutient que son application de reconnaissance faciale n’est accessible qu'aux forces de l'ordre, de richissimes personnes ayant investi dans l'application s’en sont servies comme d’un jouet.

« Dans le cours normal de la diligence raisonnable, nous avons fourni à d’actuels et de potentiels investisseurs et investisseuses, et à d’autres partenaires stratégiques, des comptes d’essai gratuits afin qu’ils et elles puissent tester la technologie », confirme le PDG de Clearview, Hoan Ton-That, au New York Times.

Hoan Ton-That assis sur des marches dans une photo studio.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hoan Ton-That est le fondateur et PDG de Clearview.

Photo : hoantonthat.com/

L’une de ces personnes est le milliardaire new-yorkais John Catsimatidis, qui s’est servi de l’application de reconnaissance faciale de Clearview AI pour surveiller la clientèle d'une de ses épiceries de même que pour identifier un homme qu’il a vu en rendez-vous romantique avec sa fille.

En octobre 2018, John Catsimatidis soupait dans un restaurant italien du quartier SoHo quand il a aperçu sa fille entrer avec un homme inconnu. Lorsque le couple s’est assis, l’homme d’affaires a demandé au serveur de prendre une photo du couple. Il a ensuite passé la photo dans l’application de Clearview AI, qui a identifié l’homme en quelques secondes grâce à sa base de données qui renferme des milliards de photos puisées partout sur le web.

Je voulais être sûr qu’il n’était pas un charlatan, se justifie M. Catsimatidis, qui avait su à l’aide de l’application que l’homme accompagnant sa fille était un investisseur en capital-risque de San Francisco.

John Catsimatidis pose pour une photo dans un bureau, devant une bibliothèque. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

John Catsimatidis est l'un des investisseurs de Clearview AI.

Photo : Getty Images / Andrew H. Walker

Il avoue aussi s’être servi de l’application, qu’il qualifie de bon système, pour identifier des personnes commettant des vols à l’étalage à son épicerie. Les gens volaient notre Häagen-Dazs, c’était un gros problème.

Un passe-temps

D’autres personnes ayant accès à l’application de Clearview AI ont expliqué au New York Times qu’elles s’en servaient pour impressionner ou faire rire des gens dans des soirées.

Je m’en suis servi dans des lieux surprenants : des bars enfumés, des endroits sombres. Et elle a fonctionné chaque fois. C’est du rodage. Je le fais comme passe-temps. Je demande la permission des gens. [...] Les gens aiment ça, raconte l’expert en intelligence artificielle Nicholas Cassimatis, qui aide Clearview à tester sa technologie.

Il dit se servir de l’application comme parlor trick, une expression anglophone désignant une démonstration ou un truc relativement simple qui peut être utilisé pour divertir les gens.

Un autre investisseur, Hal Lambert, laisse ses deux jeunes filles jouer avec l’application.

Elles s’en servent sur elles-mêmes et sur leurs amies et amis pour savoir à qui ils ressemblent. C’est amusant pour les gens, dit-il.

L’acteur et producteur devenu investisseur en capital-risque Ashton Kutcher semblait d’ailleurs décrire une application qui fonctionne exactement comme celle de Clearview (Nouvelle fenêtre) lorsqu’il était de passage à l’émission web Hot Ones en septembre dernier.

J’ai une application sur mon téléphone, dans ma poche, en ce moment. C’est comme une application en bêta, dit-il à l’intervieweur Sean Evans. C’est une application de reconnaissance faciale. Je peux pointer le visage de n’importe quelle personne ici et savoir exactement qui elle est, quels sont ses comptes sur Internet, et à quoi elle ressemble. C’est terrifiant.

Ashton Kutcher n’a pas répondu aux demandes d’entrevues du New York Times à ce sujet.

Enquête canadienne

La semaine dernière, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a avoué avoir utilisé la technologie de reconnaissance faciale de Clearview dans des enquêtes sur des cas d'exploitation sexuelle d'enfants sur Internet.

Plus d’une trentaine de services policiers canadiens ainsi que le Bureau d'assurance du Canada, le service policier de VIA Rail et la chaîne de pharmacies Rexall figuraient d’ailleurs dans une liste de clients de Clearview qui a été volée par une personne ayant obtenu un accès non autorisé. Cette liste a ensuite été obtenue par BuzzFeed News.

Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Daniel Therrien, a annoncé qu’il enquêterait sur l'utilisation du logiciel par la GRC. Lui et trois de ses homologues provinciaux, dont l'équipe de la Commission d'accès à l'information du Québec, avaient déjà annoncé enquêter conjointement sur cette technologie.

C’est surtout le fait que l’entreprise recueille et utilise les informations personnelles de la population sans consentement qui a mené à cette enquête, qui vise à déterminer si Clearview AI respecte les lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels.

Le New York Times a levé le voile sur les pratiques de Clearview AI dans une enquête publiée en janvier. Selon le quotidien, l’entreprise pourrait mettre fin à la vie privée telle que nous la connaissons.

Clearview a ensuite été mise en demeure par Google, Facebook et Twitter, qui lui ont demandé de ne plus prendre d’images de leurs plateformes pour alimenter ses algorithmes.

Avec les informations de New York Times

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