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Robert Lepage reconnaît ses torts dans les affaires SLĀV et Kanata

Robert Lepage, en gros plan.

Robert Lepage va présenter sa pièce « Les sept branches de la rivière Ota » autour du monde, à Londres, en Russie et au Japon.

Photo : BERTRAND GUAY/AFP/Getty Images

Radio-Canada

Après une période où son travail a été marqué par la controverse, Robert Lepage promène sa pièce Les sept branches de la rivière Ota autour du monde. Cette production épique, qu’il a présentée pour la première fois en 1994, s’étale sur sept heures. En entrevue avec le New York Times, le metteur en scène en a profité pour revenir sur les remous causés récemment par les pièces SLĀV et Kanata.

À l’été 2018, deux pièces de Robert Lepage avaient été annulées coup sur coup après avoir causé un tollé autour de la question de l’appropriation culturelle.

SLĀV, construite autour d'anciens chants d'esclaves noirs, ne comptait que deux interprètes noirs sur six choristes, un manque de représentativité qui a rapidement été dénoncé. La production présentée au Théâtre du Nouveau Monde avait été accusée d’utiliser l’héritage culturel de la communauté noire dans un spectacle sur l'esclavage créé par des Blancs pour des Blancs. Robert Lepage avait présenté une version 2.0 de la pièce, mais avait finalement tout abandonné après quelques représentations.

Une manifestante tient une pancarte sur laquelle on peut lire « Descendants des esclaves contre Slav ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des citoyens et des citoyennes témoignent de leur mécontentement au sujet du spectacle SLĀV en 2018, devant le Théâtre du Nouveau Monde.

Photo : Radio-Canada

Dans le cas de Kanata, la production entendait présenter une relecture de l'histoire du Canada à travers les rapports entre les Blancs et les Autochtones. L'absence de comédiennes et de comédiens issus des communautés autochtones avait créé un tollé. Encore une fois, on décriait l’appropriation de l’héritage culturel des Premières Nations.

Des comédiens sont assis dans un canoé, deux d'entre eux tiennent les pagaies.

La pièce Kanata, en répétition en 2016.

Photo : Fournie Théâtre du Soleil/David Leclerc

Apprendre de ses erreurs

La tempête passée, Robert Lepage revient maintenant avec une pièce déjà éprouvée, présentée actuellement à Londres. Le New York Times lui a demandé ce qu’il avait appris de sa rencontre avec des militants et militantes de la communauté noire à la suite de l’annulation de la première version de SLĀV.

Je croyais que ce serait l’occasion de vivre une grosse confrontation. C’était exactement le contraire. Il n’y avait rien de personnel contre moi : il y avait un gros mouvement autour de l’appropriation culturelle au Canada. C’est un débat qu’il fallait avoir, explique-t-il.

Évidemment, il y avait quelque chose d’un peu obscène et de naïf de notre part d’avoir présenté seulement des femmes blanches pour chanter des chansons d’esclaves. C’était une erreur de jugement dès le départ.

Une citation de :Robert Lepage

Des gens se sont portés volontaires pour venir nous voir travailler, nous avons eu une bonne collaboration, et maintenant, nous avons des projets ensemble. Ce qui est plus complexe, et non résolu, c’est la relation avec les Premières Nations.

Quelle est la différence entre les deux situations, selon lui?

Les Premières Nations se sont fait voler tant de choses, et tout d’un coup, nous voici en train de raconter leur histoire. Mais au Théâtre du Soleil, [à Paris], plus de 36 interprètes qui jouaient dans Kanata étaient des personnes qui venaient d’Afghanistan, et d’autres pays, qui avaient fui vers la France – ces personnes avaient vécu l’exploitation et se reconnaissaient dans les tragédies des Premières Nations, affirme-t-il.

Désormais, je peux comprendre leur position. Mais je crois que c’est très émouvant que quelqu’un qui vient d’une autre partie du monde, qui a dû fuir à cause des talibans, compare l’oppression qu’il a subie à celle des Premières Nations.

Une pièce qui résonne partout dans le monde

Les sept branches de la rivière Ota est le premier spectacle créé par Robert Lepage pour Ex Machina, la compagnie qu’il a fondée en 1994. Cette saga qui se conjugue en sept tableaux prend naissance à Hiroshima pendant la deuxième moitié du 20e siècle et explore les répercussions de l’attaque nucléaire de 1945 sur cette ville du Japon, sur une période de 50 ans.

Robert Lepage est revenu sur la réception de son œuvre, il y a 25 ans.

Hiroshima est une chose étrange pour les personnes vivant au Japon. Nous les avons vus comme des victimes, mais les Japonais et les Japonaises ne se sentent pas nécessairement à l’aise dans le rôle de victimes – surtout pas en ce qui concerne la Deuxième Guerre mondiale, où le Japon a commis son lot d’atrocités, affirme Lepage.

Ils étaient surpris et très intéressés de voir comment nous avons représenté la tragédie de Hiroshima comme une chose qui résonne encore des années plus tard à Londres, ou ailleurs dans le monde.

Une scène en noir et blanc du spectacle Les sept branches de la rivière Ota.

« Les sept branches de la rivière Ota », de Robert Lepage

Photo : Claudel Huot

Aujourd’hui, les Japonais et Japonaises voient-ils les choses différemment?

Bien sûr. J’ai fait des entrevues à Tokyo il y a quelques mois, et tout le monde était curieux de voir comment la pièce allait résonner aujourd’hui. Au Japon, le peuple se remet de ses tragédies de façon très noble, et très belle. La façon dont ils expriment leur douleur est très discrète, tout en étant profonde. Dès le départ, cela a été une inspiration pour la pièce.

Les sept branches de la rivière Ota sera présentée jusqu’au 22 mars à Londres, avant de voyager en France, en Russie et au Japon.

Avec les informations de New York Times

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