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Le bien-être des animaux, une valeur chère au cœur des Suisses

La Suisse est l’un des pays les plus avancés au sujet des droits des animaux. Dans le cadre d’une série de reportages sur notre relation avec les animaux, Janic Tremblay de Désautels le dimanche y a passé quelques jours.

Des cochons d'Inde dans leur abri.

Les cochons d’Inde César et Trinidad.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Les cochons d’Inde César et Trinidad sont en attente d’adoption à la Société de Protection des Animaux (SPA) de Fribourg. Le couple partage le même abri depuis plusieurs mois.

Tout autour, c’est le même scénario : les cochons d’Inde sont toujours regroupés à plusieurs dans leurs « Niesen-Hütte », le nom que l’on donne parfois ici à ces petits gîtes pour rongeurs.

Ce n’est pas par souci d’économie. En Suisse, ces animaux sociaux ne doivent pas vivre seuls. La loi veut qu’ils soient avec un congénère.

Dans la nature vous ne verrez jamais un cochon d’Inde tout seul. Ils vivent en famille. C’est comme ça qu’ils sont heureux. On s’est battus pendant des années pour que ça devienne une exigence légale, explique Nathalie Genilloud, présidente de la SPA-Fribourg.

Les cochons d’Inde César et Trinidad

Nathalie Genilloud, présidente de la SPA-Fribourg

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Et cela ne s’arrête pas là. Ils doivent aussi disposer d’un espace de retrait où ils peuvent aller s’isoler.

Les lapins ont les mêmes droits et il faut en plus leur fournir un objet à ronger.

Chez nous, la protection des animaux et leur bien-être, c’est vraiment important, dit-elle. On en parle dans les débats publics, dans les écoles, c’est un sujet qui n’est pas du tout tabou. On va toujours essayer de faire mieux pour améliorer la qualité de vie des animaux.

On ne veille pas seulement au bien-être des animaux de compagnie en Suisse. Il en va de même pour les animaux d’élevage, notamment les poules pondeuses. Au pays du chocolat, depuis près de 30 ans, l’élevage en cage est interdit. Les installations doivent permettre aux poules d’exprimer leur caractère.

Les poules profitent du grand air.

L’élevage de Daniel Würgler à Estavayer-le-Lac.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

C’est ainsi que chaque matin à 10 h 30, les portes du pondoir de Daniel Würgler s’ouvrent automatiquement afin de permettre aux volatiles de sortir profiter du grand air, gratter le sol et manger des vers dans un pré de 45 000 mètres carrés parsemé d’abris de protection.

L’éleveur raconte que ses installations essaient de reproduire la nature afin que ses poules se sentent aussi bien que possible. Il y a de nombreux perchoirs où les oiseaux montent pour dormir la nuit.

Elles peuvent profiter d’un endroit isolé et sombre pour aller pondre leurs œufs. Il y a des aires constituées de sable et de gravier où les poules peuvent aller se rouler afin de se débarrasser de leurs parasites.

Comme les oiseaux peuvent aller et venir dans tout le site, la notion de mètre carré par animal ne s’applique pas. Chaque poule a tout l’espace à sa disposition. Ici, elles peuvent facilement marcher un kilomètre par jour.

Daniel Würgler éleveur de poules et président de GalloSuisse
Des poules en plein air.

L’élevage de Daniel Würgler à Estavayer-le-Lac.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Daniel Würgler, qui est aussi président de GalloSuisse, l’association des producteurs d’œufs suisses, explique que c’est le peuple qui a demandé l’interdiction de l’élevage en batterie dans le cadre d’un référendum en 1991. Des lois l’ont ensuite interdit.

Au début, il dit qu’il a fallu revoir certaines pratiques et que tout n’est pas toujours rose. Par exemple, il arrive régulièrement que des prédateurs s’introduisent dans le pré pour chasser ses poules. Malgré les inconvénients, il dit qu’il ne reviendrait jamais en arrière.

Daniel tient une de ses poules entre ses mains

L'éleveur Daniel Würgler, président de GalloSuisse, l’association des producteurs d’œufs suisses.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

En 2018, la Suisse a pris une autre décision qui suscite encore la controverse aujourd’hui.

Après une série de consultations, le pays a interdit de mettre à mort les homards sans les avoir préalablement étourdis. Seules deux méthodes sont dorénavant reconnues : l’électrocution et la destruction mécanique du cerveau. Autrement dit, il n’est plus permis en Suisse de faire bouillir des homards vivants.

Au restaurant Entre Homard et Côte à Zurich, on détruit mécaniquement le cerveau des crustacés avant de les cuire à plat sur le gril. C’est simple et ça va très vite. Une affaire de deux secondes.

Le chef cuisinier Aziz Ouastati explique qu’il faut placer le couteau sur la carapace du décapode, à la jonction du dos et de la tête, et enfoncer la lame d’un coup sec. En principe, le cerveau est immédiatement détruit. Pour plus de certitude, Aziz coupe ensuite rapidement le crustacé dans la longueur afin de sectionner tout le système nerveux.

Il faut évidemment savoir s’y prendre et ne pas être troublé par tout le processus, car les pattes du homard continuent de s’agiter un peu après la mort.

Le chef cuisinier tient un homard entre ses mains.

Le chef cuisinier du restaurant restaurant Entre Homard et Côte, Aziz Ouastati, et le copropriétaire du restaurant, Arnaud Hyséni

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le copropriétaire du restaurant Arnaud Hyséni dit que c’est une mort bien plus rapide que lorsqu'on les fait bouillir vivants, car ils peuvent rester en vie pendant environ une minute dans l’eau bouillante.

Selon le restaurateur, qui relaie ici l’opinion divergente de la science sur le sujet, on ne sait pas vraiment si les homards souffrent effectivement quand on les fait bouillir. Mais la Suisse a en quelque sorte choisi d’appliquer un principe de précaution.

Pour ce qui est de l’électrocution, il faut se munir d’une machine qui coûte environ 5000 dollars canadiens.

Arnaud Hyseni dit que la loi l’a fait réfléchir à toute la question de la souffrance animale. Pas seulement celle des homards.

Mais du même souffle, il se demande si une solution plus simple comme le fait de laisser les crustacés quelques minutes au congélateur afin de les endormir avant de les bouillir n’aurait pas été préférable.

Les moyens retenus sont plus exigeants et compliquent un peu le procédé. En particulier pour les cuisiniers du dimanche.

Des oiseaux traversent le ciel. On aperçoit plusieurs maisons de pierres, les clochers d'une église.

La ville de Zurich, en Suisse

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

La Suisse est allée encore plus loin dans la protection des animaux.

Il y a une dizaine d’années, les animaux du canton de Zurich avaient leur propre avocat. Une fonction unique au monde. Il s'appelle Antoine F. Goetschel et il a pris fait et cause pour eux à de multiples reprises. Il s’occupait d’environ 200 affaires par année.

Le juriste s’est rendu célèbre dans le monde entier quand il a pris la défense d’un poisson, un brochet, qui avait peut-être été victime de cruauté au moment où il avait été pêché.

Il pesait une douzaine de kilos et faisait un mètre dix. C’était un gros poisson et il a fallu une quinzaine de minutes pour le tirer hors de l’eau, car les instruments n’étaient pas appropriés, raconte-t-il. Il avait probablement trop souffert. Ce n’est pas parce qu’on les préfère en sauce que les poissons n’ont pas eux aussi des droits. Ce sont des vertébrés qui peuvent souffrir.

Armé d’une certaine jurisprudence et de la science, Antoine Goetschel a défendu les intérêts du brochet devant le tribunal sous le regard réprobateur d’une cinquantaine de pêcheurs qui assistaient à l’audience.

Il a été le procureur des animaux dans le canton de Zurich.

Antoine F. Goetschel

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Il a perdu sa cause, et quelque temps après il a aussi perdu son poste quand la Suisse a décidé d’abolir sa fonction dans le cadre d’un grand référendum. Mais, loin de se laisser abattre, il a lancé une initiative mondiale afin de faire progresser les droits des animaux partout sur la planète : Global Animal Law (Nouvelle fenêtre).

C’est une tâche titanesque, car les droits des animaux varient énormément d’un pays à l’autre. Par exemple, la notion de bien-être animal n’existe même pas en Chine. La Suisse interdit l’abattage halal alors que ce serait impensable au Maroc.

Les normes d’élevage ne sont pas du tout les mêmes d’un pays à l’autre, Antoine Goetschel en est bien conscient. Il mise donc sur un système de pointage sous l’égide de l’ONU qui établirait en quelque sorte un palmarès des pays les plus respectueux avec l’ambition que les autres les imitent.

Est-ce que la législation canadienne se distingue sur certains aspects? Est-ce que d’autres pays pourraient aller dans le même direction? Il ne s’agirait pas d’une déclaration mais d’une véritable convention, répond-il. Cela donnerait une base juridique qui manque en ce moment.

Ne manquez pas la série de reportages de Janic Tremblay à l'émission Désautels le dimanche, sur ICI Première.

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