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Affaire Lionel Desmond : l’enquête publique pourrait améliorer la vie d’anciens militaires

Lionel Desmond en uniforme militaire est assis, en Afghanistan, avec son fusil d'assaut sur ses genoux.

Lionel Desmond souffrait d'un trouble complexe de stress post-traumatique à la suite de son service avec les Forces armées canadiennes en Afghanistan.

Photo : Facebook

Radio-Canada

Deux familles sont devenues liées à jamais par une tragédie lorsque l’ancien soldat canadien Lionel Desmond, qui souffrait de problèmes complexes de santé mentale, a tué sa femme, Shanna, sa fille de 10 ans, Aaliyah, et sa mère, Brenda, avant de retourner son arme contre lui, le 3 janvier 2017.

Ces morts et la présomption qu’elles auraient pu être évitées étaient au cœur des témoignages entendus pendant 17 jours à l’enquête publique qui se déroule à Guysborough, en Nouvelle-Écosse.

Des témoins ont expliqué comment des paliers de bureaucratie dans l’appareil gouvernemental et l’emploi de diverses bases de données ont empêché les autorités médicales, militaires et publiques de partager leurs renseignements.

Plusieurs avocats disent s'attendre à ce que des recommandations de la commission d’enquête portent sur ce problème.

Des renseignements utiles, mais non partagés

Deux témoins ont soutenu qu’ils auraient pris une décision différente s’ils avaient eu accès à certains renseignements du ministère des Anciens Combattants sur les antécédents médicaux de Lionel Desmond. L’ancien soldat avait reçu un diagnostic d’un trouble complexe de stress post-traumatique en 2011 à la suite de sept mois de service militaire en Afghanistan, quatre ans plus tôt. Il avait reçu des soins dans les Forces armées canadiennes et par l’entremise du ministère des Anciens Combattants, mais ses progrès étaient qualifiés de mineurs.

Il a obtenu son congé de l'armée pour des raisons médicales en 2015.

Elles sourient.

Shanna Desmond et Aaliyah Desmond

Photo : Facebook

D’une part, Lysa Rossignol, contrôleuse des armes à feu par intérim au Nouveau-Brunswick qui avait révisé le permis de port d’arme de Lionel Desmond, a déclaré qu’elle ne lui aurait pas permis de conserver son arme si elle avait su qu’il devait se rendre à une institution psychiatrique pour son trouble de stress post-traumatique.

D’autre part, la thérapeute Catherine Chambers a expliqué que si elle avait connu la gravité du trouble dont souffrait l’ancien soldat, elle aurait signalé au ministère des Anciens Combattants qu’elle n’aurait pu le soigner avec succès dans la communauté et qu’il aurait dû être soigné dans une institution.

Le juge Warren Zimmer, qui préside l’enquête publique, a reconnu que Mme Chambers aurait dû être mieux informée. À ce moment, il lisait un rapport du ministère des Anciens Combattants d’août 2016 portant sur le congé que Lionel Desmond avait obtenu de l’hôpital Sainte-Anne à Montréal. Le rapport comprenait des notes sur la gravité de son état : sa paranoïa au sujet du personnel médical, sa surcharge sensorielle lorsqu’il entendait du bruit, ses signes de facultés cognitives affaiblies, sa volonté de s’isoler, ainsi que d’autres symptômes de dépression et d’anxiété. On notait aussi qu’il avait fait peu de progrès vers la guérison.

Il importe de noter que tous ces renseignements existaient et que Mme Chambers n’y avait pas accès, a souligné le juge Zimmer.

L’avocat représentant la succession de Lionel Desmond, Adam Rodgers, a dit croire que l’enquête publique recommandera une meilleure communication des renseignements entre les organismes fédéraux et provinciaux. C’est un enjeu fondamental, selon lui.

Le silence du ministère des Anciens Combattants

Le ministère des Anciens Combattants est resté silencieux durant les audiences de l’enquête publique et n'a pas répondu aux questions posées. Mais des témoins du ministère seront appelés pour les prochaines audiences, selon un porte-parole et l’avocat qui représente le procureur général du Canada.

Certains parmi ces témoins devraient être appelés lorsque la commission d’enquête publique reprendra ses travaux, en mai, selon plusieurs avocats.

Allen Murray, l'un des deux avocats de la commission, prévoit appeler à témoigner des cliniciens d’un programme financé par le ministère des Anciens Combattants et qui avaient prodigué des soins à Lionel Desmond au Nouveau-Brunswick.

Durant ces audiences, Allen Murray et son collègue Shane Russell se sont concentrés sur une autre partie du mandat de la commission: éclaircir les circonstances du congé de l’hôpital St. Martha accordé à Lionel Desmond le 2 janvier 2017, et déterminer si les cliniciens qui l’ont soigné dans cet établissement ou dans la communauté étaient formés pour reconnaître le trouble de stress post-traumatique et les signes avant-coureurs de violence conjugale.

Aucun des deux psychiatres qui ont vu Lionel Desmond avant qu’il ne commette l’irréparable ne croyait qu’il aurait pu faire du mal à qui que ce soit, selon leurs témoignages.

Photographie de famille des parents et de leur fille alors un bébé

Avant de s'enlever la vie, Lionel Desmond a tué sa fille, alors âgée de 10 ans, ainsi que sa femme et sa mère.

Photo : La Presse canadienne/Facebook

Le Dr Ian Slayter, qui l'avait vu trois semaines avant ses meurtres et son suicide, a dit avoir eu l’impression qu’il était «passé à travers les mailles du filet» durant sa transition entre le milieu médical militaire et civil et qu’il avait besoin d’une thérapie immédiatement. Selon lui, l’ancien combattant n'avait montré aucun signe d’une tendance meurtrière.

Presque tous les médecins et infirmières qui ont témoigné jusqu’à présent et qui ont vu Lionel Desmond durant les deux dernières années de sa vie l’ont décrit comme étant gravement malade, mais non violent.

Ces médecins, infirmières et thérapeutes se fiaient à leur jugement clinique et à une méthode d’évaluation du risque de suicide pour prendre leurs décisions, y compris celle de lui accorder son congé de l’hôpital un jour avant la tuerie.

Dans ces circonstances, l’avocat Allen Murray dit avoir de la difficulté à déterminer quelle recommandation il pourrait suggérer pour aider les médecins qui auraient à traiter un jour un cas comme celui de Lionel Desmond.

Pour un meilleur appui aux familles

L’enquête publique cherche aussi à savoir si l’ancien soldat et sa famille avaient eu accès à des services d’appui en matière de violence conjugale.

L’avocate représentant la mère et la fille de Lionel Desmond, Tara Miller, souhaite que la commission se penche davantage sur cette question lors des prochaines audiences.

Selon Tara Miller, bien des familles de militaires au pays déplorent qu’elles n’aient pas reçu suffisamment de conseils pour aider leur proche de retour de son service militaire et recevoir elles-mêmes de l’aide. Les membres de la famille jouent un rôle clé lors du retour à la vie civile, mais les militaires ne peuvent toujours expliquer comment ils se sentent, souligne-t-elle.

Selon le frère de Shanna, Sheldon Borden, la famille n’avait eu aucun appui lorsque Lionel Desmond a eu son congé de l’hôpital à Montréal. M. Borden dit que le soldat a simplement été renvoyé chez lui malgré tous ses problèmes de santé mentale.

La famille Borden assiste aux audiences de la commission d’enquête.

Sheldon Borden s’était aussi enrôlé dans les Forces armées canadiennes. Il dit souffrir d’un trouble de stress post-traumatique liée au racisme qu’il a subi dans l’aviation.

Sheldon Borden dit qu’il reçoit de l'aide des Forces armées canadiennes, mais il ne croit pas que son beau-frère en avait lui-même reçu. Cette question sera abordée lors de prochaines audiences.

Le mandat de la commission d’enquête publique est d’éclaircir les faits et de faire des recommandations dans le but de prévenir d’autres tragédies du genre. Elle ne cherche pas à désigner des responsables.

Ses travaux vont se poursuivre à compter du 18 mai.

Avec les renseignements de Laura Fraser, de CBC

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