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Le futur des centres de consommation supervisée en Alberta reste en suspens

Plan serré des mains d'un toxicomane se préparant à s'injecter de l'héroïne avec une seringue.

Il y a sept centres de consommation supervisée en Alberta. Trois autres projets en attente d'approbation.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Le ministre de la Santé mentale et des dépendances de l’Alberta se dit « profondément troublé » par les conclusions du comité sur les centres de consommation supervisée (CCS). Il dit que le financement de ces centres sera dorénavant étudié au cas par cas.

Le rapport publié jeudi conclut essentiellement que les gens qui vivent autour des sept CCS de la province ne se sentent pas en sécurité. Le nombre d’appels à la police dans ces quartiers est plus haut qu’ailleurs et le nombre de surdoses autour des centres aussi.

« Ce qu’on a entendu c’est une sonnette d’alarme. En partant d’une augmentation du désordre social jusqu’aux seringues abandonnées [....], ce qu’on voit est un système dans le chaos », affirme le ministre de la Santé mentale et des Dépendances, Jason Luan.

Le comité n’avait pas pour mandat d’étudier l’efficacité des CCS en tant que mesure de lutte à la crise des opioïdes ou de prévention des surdoses, mais plutôt leur impact sur le voisinage, par exemple sur la valeur des propriétés ou le taux de criminalité.

La vice-présidente Geri Bemister-Williams dit que toutes les communautés qui ont participé aux consultations publiques organisées par le comité ont parlé d’une augmentation de détritus, d’excréments et de seringues souillées autour des centres.

Selon elle, la vaste majorité des témoignages ainsi recueillis étaient en défaveur des centres. La Dre Bonnie Larson, une médecin de famille de Calgary qui traite beaucoup de patients qui vivent avec des dépendances, croit cependant que c’est parce que le comité ne voulait rien entendre d’autre.

Dans le cadre de son travail, elle dit constater chaque jour les bienfaits des CCS auprès des communautés vulnérables. Lorsqu’elle a voulu en parler lors des consultations publiques, toutefois, elle s’est sentie ignorée.

« Quand des gens se levaient pour dire qu’ils voulaient parler des bons côtés des centres de consommation supervisée [...le comité] leur disaient : “on est au courant. On connaît la science. Ne vous inquiétez pas et ne parlez pas” », raconte-t-elle.

Le comité doute du nombre de surdoses évitées grâce aux centres

Même si ce n’était pas dans leur mandat, les auteurs du rapport ont également fait une observation sur la façon dont les CCS interviennent auprès de leurs usagers. Selon eux, les centres surestiment le nombre de surdoses qu’ils ont réussi à éviter.

La vice-présidente a expliqué aux médias qu’il n’y a pas d’uniformité dans la façon de compter ces cas. Elle croit que des interventions « mineures », comme l’administration d’oxygène, font parfois partie de ces statistiques alors que l’usager ne serait pas nécessairement mort sans elles.

« Ça laisse une perception dans le public que sans ces centres, des milliers de personnes mourraient de surdose », dit-elle.

Jason Luan parle, un papier à la main.

Le ministre Jason Luan dit que sa priorité demeure d'offrir un soutien approprié aux gens souffrant de dépendance.

Photo :  CBC

À ce jour, aucune surdose mortelle n’a été rapportée dans un CCS. La vice-présidente dit cependant que leur nombre a augmenté dans les environs immédiats des centres depuis que ceux-ci ont ouvert leurs portes.

Elle a entre autres cité une augmentation de 400 % dans le quartier de l’organisme ARCHES à Lethbridge. Un tableau attaché en annexe du rapport indique que ce chiffre comprend à la fois les décès liés aux drogues et ceux liés à l’alcool.

Le comité dit aussi avoir constaté une augmentation de la criminalité autour des CCS partout sauf à Edmonton. Plusieurs de ces données reposent cependant sur le nombre d’appels aux services policiers. Or l’augmentation du nombre d’appels à la police n’est pas toujours indicatrice d’une hausse de la criminalité.

Le sérieux du rapport est remis en question

Le Dr Josh Fanaeian, urgentologue à la clinique de traitement des dépendances Metro City, remet en question le sérieux de l’étude commandée par le gouvernement.

« Ils ont fait une étude de santé publique sans experts en santé publique. Ils ont parlé de phénomènes criminalité sans criminologue », dit-il. « Ils ont fait de grandes généralisations basées sur des anecdotes et des histoires qui n’avaient aucun genre d’appui scientifique, alors qu’il y a des tonnes de recherches scientifiques qui disent le contraire de ce qu’ils disent ».

Le comité comprenait huit membres nommés par le gouvernement, incluant deux anciens membres des forces de l’ordre, un psychiatre et deux médecins.

La porte-parole en matière de dépendances de l’opposition officielle, Heather Sweet, croit que le rapport est trop vague et politisé pour être réellement utile.

« [ Les auteurs] auraient dû être capables de faire des recommandations pour des améliorations au lieu de déclarations générales sur les effets négatifs des centres », croit-elle.

Le gouvernement avait suspendu le financement de nouveaux CCS en attendant le rapport. Un peu plus tôt cette année, le premier ministre avait évoqué l’idée de fermer ou déménager certains des centres existants.

Jason Luan dit maintenant qu'il est « ouvert à toutes les options » et que le financement des centres sera étudié au cas par cas.

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