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Démantèlement des barricades à Listuguj : soulagement en Gaspésie

Des gens qui enlèvent une affiche installée sur le campement des Micmacs de Listuguj.

Avec le démantèlement de la barricade, un train chargé de marchandises devrait partir dès jeudi soir de New Richmond.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les manifestants de la communauté micmaque de Listuguj ont levé, en fin d'après-midi, jeudi, leur campement installé près de la voie ferrée depuis 25 jours en appui aux Wet'suwet'en de la Colombie-Britannique.

Les manifestants estiment avoir obtenu satisfaction. Toutes leurs demandes ont été comblées, ont indiqué les porte-parole du groupe dans une entrevue exclusive à Radio-Canada.

Les Micmacs souhaitaient que la Gendarmerie royale du Canada se retire des terres ancestrales des Wet'suwet'en, ce qui a été fait pendant les négociations. Les manifestants de Listuguj voulaient aussi que les chefs héréditaires se fassent entendre.

Les Micmacs demandaient également qu'une réflexion collective soit amorcée quant aux projets pétroliers et aux territoires non cédés des Autochtones.

Une fois leur décision prise, les Micmacs ont aussitôt entrepris de défaire le campement.

Un homme démantèle une cabane de bois recouverte de bâches bleues et vertes, le jeudi 5 mars 2020.

Les manifestants de Listuguj ont entrepris de démanteler leur campement en fin de journée, jeudi.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les manifestants ont décidé de quitter la voie ferrée, a indiqué Raquel Barnaby, après une période de consultation des membres de la communauté.

C’est ce qui explique, dit-elle, le délai entre l’entente, conclue entre le fédéral et les chefs héréditaires wet’suwet’en, et la décision de lever les barricades.

Selon elle, l’occupation des chemins de fer à travers le pays a permis de faire entendre la voix des Premières Nations.

Le Canada a réalisé que les Premières Nations sont capables de montrer leur résistance si elles le veulent. Si d'autres situations nous forcent à recommencer dans le futur, nous sommes prêts à le faire de nouveau.

Raquel Barnaby, une porte-parole des manifestants de Listuguj

Reprise de la circulation ferroviaire

La Société de chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) a aussitôt été avisée de la décision.

Le président de la SCFG, Éric Dubé, se dit heureux et soulagé. Il précise que les trains recommenceront à circuler dès que possible.

Un premier train pourrait d’ailleurs quitter New Richmond dès jeudi soir ou au plus tard vendredi. Des inspections du rail avaient été réalisées au cours des derniers jours, ce qui devrait aider à la reprise rapide des activités ferroviaires.

Une déneigeuse sur des rails de chemin de fer.

Si possible, un train partira ce soir.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les prochaines heures seront consacrées à redémarrer le système de transport de concert avec le Canadien National. Des wagons chargés de pales d’éoliennes sont déjà prêts à partir pour les États-Unis dès que le train pourra reprendre le service.

La majorité des 15 employés licenciés temporairement seront rappelés au travail d'ici lundi.

L'entreprise affirme avoir perdu environ un demi-million de revenus, principalement dans le transport de pales d'éoliennes, de ciment et de copeaux de bois.

Selon M. Dubé, il est trop tôt pour parler de négociation sur d’éventuelles compensations.

Le rail gaspésien appartient à Québec qui en confie la gestion à la SCFG. Québec verse une subvention de 2,5 millions de dollars à la SCFG qui compte sur les revenus de transport pour boucler son budget.

Même si la remise en circulation des 150 wagons remplis de marchandise ne devrait prendre que quelques jours, la SCFG évalue qu’il lui faudra beaucoup plus de temps pour se remettre de cette crise.

Élus impatients, puis contents

Nous sommes satisfaits que les barricades de Kahnawake et de Listuguj soient enfin levées. Les effets négatifs qu’ont eus ces blocus notamment sur les usagers du transport en commun et sur l’économie sont déplorables. Il faut trouver des solutions pour que ça ne se reproduise plus.

Tweet du premier ministre du Québec, François Legault.

Plusieurs élus et gens d’affaires étaient intervenus au cours des derniers jours pour demander la levée des barricades en raison des incidences économiques sur la Gaspésie.

L'échéance de l'injonction qui enjoignait aux manifestants de lever leur campement était prévue jeudi soir à 23 h 59.

La Chambre de commerce Baie-des-Chaleurs demandait la levée du barrage. Actuellement, un groupe d’individus prend en otage une région complète ainsi que son économie, avait écrit le président Luc Leblanc dans un communiqué diffusé plus tôt dans la journée.

Après l’intervention des élus Sylvain Roy, mercredi, et de Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois, c’était au tour de la députée fédérale d'Avignon-La Mitis-Matane-Matapédia, Kristina Michaud, de manifester son impatience, jeudi. Elle demandait aux Micmacs de mettre un terme à leurs moyens de pression et au gouvernement fédéral de prendre les mesures pour y mettre fin une fois pour toutes.

On est rendus là. Les entreprises et les Gaspésiens en général sont tannés. Ce sont des pertes économiques immenses pour l’ensemble de la région, avait-elle allégué.

Kristina Michaud explique que c’est l’échéance de l’injonction, fixée à jeudi soir, qui a motivé sa déclaration. J’ai fait un appel à la raison afin d’implorer les manifestants à lever eux-mêmes la barricade afin d’éviter que le gouvernement du Québec soit obligé d’intervenir, a-t-elle indiqué.

Du bois et des bâches dans la neige.

Les Micmacs estiment que leurs revendications ont été entendues et les conditions du démantèlement remplies.

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Même si elle admet ne jamais avoir rencontré les manifestants sur place, Mme Michaud dit avoir communiqué durant le blocage avec le conseil de bande de Listuguj pour se tenir au courant de l’évolution des événements. Je crois que leurs réclamations ont été entendues, sinon je serai la première à m’y rendre pour faire le pont avec le ministre fédéral des Affaires autochtones et les membres de la communauté de Listuguj.

La députée dit s’être levée en Chambre à plusieurs reprises pour interroger le gouvernement sur les solutions qu’il entendait apporter à la crise. Elle promet d’être à l’affût afin que le gouvernement entreprenne vraiment des démarches de réconciliation envers les communautés autochtones.

Fédéral absent?

De passage aux Îles-de-la-Madeleine, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a tenu à remercier les Mohawks et les Micmacs d'avoir accepté de lever leurs barricades pacifiquement. Ils ont essentiellement pris eux-mêmes la décision de lever leurs barricades, le gouvernement n’était plus actif. C’est à l’intérieur des communautés qu’il y a eu des discussions. À partir du moment où la barricade de Belleville a été levée, le reste, ça ne comptait plus, estime M. Blanchet.

Le politicien ajoute qu’il fallait que la crise se règle, puisque l’économie de la région n’a pas les moyens de se priver d’un chemin de fer devenu essentiel à l’industrie éolienne.

La ministre du Revenu et députée de la Gaspésie, Diane Lebouthillier, s’est dite très contente que les barricades aient été levées à Listuguj de manière pacifique, sans recours à la force policière.

La ministre admet ne pas savoir si son gouvernement est intervenu directement avec les Micmacs au cours des 25 jours d’occupation du rail gaspésien.

Une déneigeuse qui passe sur les rails de chemin de fer à Listuguj.

La Société de chemin de fer n'a pas perdu de temps et était déjà sur les lieux en fin de journée pour dégager les rails.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Diane Lebouthillier croit néanmoins que son gouvernement est bien engagé dans la réconciliation avec les communautés autochtones. On voit que c’est gagnant d’avoir des conversations et de garder les réseaux de communication bien ouverts. C’est aussi ce que les communautés autochtones demandaient, de prendre le temps de se parler et de s’écouter. Le travail va se poursuivre, il doit se poursuivre, commente la ministre.

Par ailleurs, Mme Lebouthillier estime qu’il est encore trop tôt pour savoir si son gouvernement compensera ou non les pertes de la Société de chemin de fer de la Gaspésie.

Avec les informations d'Isabelle Larose et de Shanelle Guérin

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