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Les plans retrouvés du Skating Rink de 1878

Un bâtiment au toit en forme d'arche se dresse, avec en façade de nombreuses fenêtres aux contours ouvragés. Un escalier élégant mène à une double porte vitrée en bois.

L'entrée du Skating Rink construit en 1878 sur la colline parlementaire.

Photo :  Radio-Canada, Fonds Famille Staveley, BAnQ

Catherine Lachaussée

Tomber sur les plans oubliés d’une patinoire intérieure construite sur la colline parlementaire en 1878? C’est une des grosses surprises qui m’attendait lors de mes recherches sur l’histoire du patin à Québec.

Impossible de savoir quand on avait ressorti ces plans pour la dernière fois. On ne les voit reproduits nulle part au fil des nombreuses recherches menées sur les anciennes patinoires de la ville. Soigneusement entreposés dans les tiroirs de BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec), ils dormaient depuis peut-être des décennies.

Grâce à la complicité du centre d’archives, le président de l’anneau Gaétan Boucher, Benoît Lamarche, et l’architecte André Breton, qui mène le projet de construction d’un nouveau Centre de glaces pour la ville, ont pris plaisir à y jeter un coup d’oeil.

L'architecte André Breton et le président du centre national Gaétan Boucher, Benoît Lamarche, découvrent les plans du skating rink de 1878.

Des plans foisonnants de détails

Wow! Ils sont magnifiques, s’exclame André Breton devant les dégradés de couleurs et les détails foisonnants des plans dessinés à la main. Aujourd’hui, on ne travaille plus qu’à l’informatique, rappelle-t-il.

En petits caractères, au-dessus de la porte, on peut lire le nom du propriétaire du lieu : Quebec Skating Club.

On peut lire le nom du propriétaire du Skating Rink, le Quebec Skating Club, au-dessus de la porte d'entrée de bois vitrée à laquelle mène un escalier de pierres. La porte est ceinturée par une double rangée d'arches de pierres.

Propriétaire du lieu, le Skating Club de Québec en avait assumé le financement.

Photo : Radio-Canada, Fonds Famille Staveley, BAnQ

L’endroit se fera connaître comme le Skating Rink de Grande-Allée. Ou le Rond, tout simplement.

L’auteur des plans, Harry Staveley, était un architecte en vue à l’époque. On lui doit le vieil hôpital Jeffrey Hale de la rue Saint-Olivier, et plusieurs demeures cossues construites pour l’élite anglophone.

Des fenêtres en abondance

Pendant que Benoît Lamarche se pose des questions sur l’entretien de la glace, obtenue par simple arrosage — selon les plans, les boyaux étaient entreposé dans le local où l’on vendait les billets à l’entrée! — André Breton est particulièrement épaté par la fenestration.

Elle est abondante.

De vastes fenêtres font le tour du bâtiment. On retrouve des lucarnes jusque dans le toit. La lumière naturelle, c’est quelque chose qu’on a perdu dans les arénas des années 1960-1970, explique-t-il. Un des grands défis, c’est de l’amener au centre de la glace.

Mais des édifices plus récents, comme l’aréna Marc-Simoneau à Beauport ou le Centre de glaces en construction, y reviennent. Le contact avec l’extérieur, c’est super important. Les bâtiments sombres et fermés, en tôle, c’est la déprime pour les patineurs, souligne Benoît Lamarche.

Selon l’architecte, les fenêtres avaient aussi une autre fonction : permettre à l’air froid qui entrait de conserver la glace.

Des skating rinks à l'étroit sur la colline parlementaire

Vue de côté du Skating Rink construit en 1878. On ne voit que la partie avant, mais on voit à quel point il est coincé entre les fortifications et l'entrée de la porte Saint-Louis.

Le Skating Rink dessiné par Staveley, dont le côté faisait face au parlement, ne profitait certainement pas d'un site le mettant en valeur.

Photo : Fonds Livernois, BAnQ

L’emplacement du Skating Rink de Staveley, coincé contre les fortifications et la porte Saint-Louis, paraît invraisemblable aujourd’hui. Déjà, pour Eugène-Étienne Taché, l’architecte occupé à élever le parlement juste en face, l’avoir construit là était une aberration.

Il succédait à un autre, installé sur le site où l’on a construit l’Assemblée nationale, démoli après avoir fini ses jours comme hangar.

Un troisième, inauguré en 1892 de l’autre côté de la rue, sur les Plaines, finit par se retrouver dans les jambes de l’architecte paysagiste responsable de l’aménagement du parc des Champs-de-Bataille. Pour lui, il était clair qu’il encombrait l’entrée naturelle du site.

Il finit par passer au feu, après avoir hébergé l’équipe de hockey des Bulldogs et les avoir vu remporter deux coupes Stanley.

Un graphique montre le déplacement des skating rinks de la colline parlementaire avec leurs dates d'inauguration. Celui de 1862 était juste devant le parlement, le deuxième en 1878 a été construit le long des fortification tout près de la porte Saint-Louis et le troisième se serait trouvé sur les Plaines entre l'édifice H et la Croix du Sacrifice aujourd'hui.

Les emplacements successifs des «skating rinks» sur la colline parlementaire, avec leurs dates d'inauguration. L'atlas d'assurance-incendie Sanborn de 1879 (BAnQ) fourni par Dany Hamel, conservateur du Musée Royal 22e Régiment, a permis de situer le plus ancien.

Photo : Radio-Canada

Un aréna pour toutes les saisons

Alors que les arénas du XXe siècle ont souvent été des endroits utilitaires, essentiellement réservés aux sportifs, celui de 1878 envoie un tout autre message.

Il semble avoir été agréable à vivre.

Dans sa partie avant, au-dessus des vestiaires et du hall du rez-de-chaussée, on trouvait une cuisine, des salons, et même des chambres à coucher. L’une d’entre elles était probablement réservée au gardien, qui s’occupait aussi de chauffer la place en entretenant le poêle.

Une vaste galerie pouvait accueillir la fanfare, souvent présente dans les patinoires du temps.

Un plan de coupe montre une partie de la galerie intérieure, ainsi que les fenêtres et les escaliers des deux étages de la partie habitable. On voit bien la forme d'arche qui couvrait l'ensemble de la patinoire.

Le plan de coupe montre un intérieur chaleureux comportant une galerie ouvragée et de nombreuses fenêtres. Des arches élégantes portaient la structure.

Photo :  Radio-Canada, Fonds Famille Staveley, BAnQ

Quant aux curieux, aucune bande ne les séparait des patineurs. Une large allée ceinturait la patinoire, où l’on pouvait déambuler ou s’asseoir sur un banc.

Une fois la glace fondue, au printemps, le Skating Rink accueillait des expositions et des spectacles. Il est probable qu’on y ait aussi pratiqué le patin à roulettes. Il était animé à l’année.

Une boucle à boucler

Pour Benoît Lamarche, l’aspect convivial et multifonction de cet aréna du passé est une autre bonne idée qui refait surface aujourd’hui: On veut un endroit communautaire, ouvert à tous, précise-t-il, au sujet du futur Centre de glaces.

Maquette du Centre des glaces

L'ouverture sur l'extérieur et l'aspect communautaire font partie des enjeux chers aux concepteurs du futur Centre de glaces.

Photo : Courtoisie Ville de Québec

Un lieu où tous pourront patiner, mais où l’on pourra aussi jogger, tenir des événements spéciaux ou s’installer confortablement pour manger une bouchée ou consulter son ordinateur. Bref, un endroit où l’on a envie de s’attarder, un peu comme les bibliothèques d’aujourd’hui, illustre André Breton.

Avant de partir, Benoît Lamarche jette un dernier regard brillant sur les plans : J’aurais adoré vivre l’expérience de patiner dans un endroit comme ça! conclut-il.

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