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La Clinique 554 refuse des patients transgenres à cause de son avenir incertain

Karen Wooley en entrevue à son domicile.

Karen Wooley n'a pu avoir accès aux services de la Clinique 554 pour une hormonothérapie, mais elle a eu un rendez-vous avec un spécialiste à Moncton. Elle craint que d'autres patients n'aient pas les moyens de se rendre à des rendez-vous dans cette ville.

Photo : CBC/Hadeel Ibrahim

Radio-Canada

Karen Wooley était prête à entreprendre une hormonothérapie afin de poursuivre sa transition physique. Elle est allée à la Clinique 554 à Fredericton pour vérifier si cette dernière avait reçu la documentation de son médecin, mais on lui a dit qu’on n'acceptait plus de nouveaux patients jusqu’à nouvel ordre.

Mme Wooley dit qu’elle a alors pensé que sa transition s’achevait sur-le-champ. Cependant, elle a obtenu un rendez-vous avec un endocrinologue à Moncton quelques semaines plus tard. Elle s’estime chanceuse, mais elle dit que les personnes qui entreprennent ce processus ont peu d’appui.

La réserviste à la retraite âgée de 45 ans est l’une des 30 personnes transgenres refusées par la Clinique 554 depuis décembre. L’établissement offre moins de services depuis qu’il est à vendre.

La courte liste de médecins qui sont à l’aise de prescrire une hormonothérapie au Nouveau-Brunswick s’est raccourcie un peu plus lorsque le Dr Adrian Edgar, directeur médical de la Clinique 554, a cessé d’accepter de nouveaux patients transgenres.

La Clinique 554 demeure le seul établissement privé au Nouveau-Brunswick où les femmes peuvent obtenir un avortement. La procédure est aussi offerte dans certains hôpitaux.

Les dirigeants de la Clinique 554 ont annoncé l’an dernier qu’elle était à vendre. Ils ont accusé le gouvernement du Nouveau-Brunswick d'avoir précipité cette décision en refusant d'assumer le coût des avortements qui y sont pratiqués.

Le Dr Edgar n’a toujours pas trouvé d’acheteur, mais étant donné que l’établissement risque de fermer ses portes à tout moment, explique-t-il, il n’est pas sécuritaire d’accepter de nouveaux patients pour une hormonothérapie qui risque d’être interrompue trop tôt. Ce traitement peut durer plusieurs années.

La plupart des personnes transgenres commencent par adopter la tenue vestimentaire associée au sexe auquel elles s’identifient. L’hormonothérapie est une étape suivante vers une transition physique qui comprend des interventions chirurgicales.

Le médecin en entrevue dans son bureau

Il n'est pas sécuritaire d'entreprendre un traitement hormonal de plusieurs années avec de nouveaux patients dans le contexte actuel où la clinique risque de fermer à tout moment, explique le Dr Adrian Edgar.

Photo : CBC/Hadeel Ibrahim

Le Dr Edgar compte plus de 300 patients transgenres. Il a commencé à leur recommander de s’adresser plutôt au système public de santé. Il a toutefois gardé les patients qui n’ont pas accès à un médecin de famille ni à une infirmière praticienne.

Le gouvernement provincial a déjà indiqué qu’il ne comptait pas financer des avortements pratiqués à l’extérieur des hôpitaux parce que la procédure est offerte dans les deux hôpitaux de Moncton et dans celui de Bathurst. Le gouvernement juge que la procédure est ainsi suffisamment accessible.

Trois médecins spécialistes en la matière au Nouveau-Brunswick

Une vingtaine de personnes en deux semaines ont demandé l’aide du groupe d’action et de soutien aux personnes transgenres UBU Atlantic, selon une de ses représentantes à Moncton, Joselyn O'Connor. Elle s’attend à ce que leur nombre augmente.

Plusieurs personnes appuyées par son groupe vont à Fredericton pour recevoir leurs soins, souligne Mme O’Connor.

Le Nouveau-Brunswick, dit-elle, ne compte que trois endocrinologues, deux à Moncton et un à Saint-Jean. Le temps d’attente pour obtenir une consultation varie de deux semaines à neuf mois, selon Mme O’Connor.

Les patients que la Clinique 554 se résigne à refuser ne sont pas tous originaires de Fredericton. Certains proviennent d’autres régions de la province ou de l’Île-du-Prince-Édouard, indique le Dr Edgar. Sa clinique, précise-t-il, est la seule où les patients peuvent se présenter eux-mêmes sans consulter un psychiatre au préalable.

Qui peut aider ces patients?

Les prestataires de soins de santé primaire peuvent administrer une hormonothérapie aux personnes transgenres sans être spécialistes en la matière, explique le Dr Ed Schollenberg, du Collège des médecins et chirurgiens du Nouveau-Brunswick.

Toutefois, ajoute-t-il, certains d’entre eux manquent d’expérience ou de formation pour offrir ce service.

La plupart des médecins de famille ne savent pas comment soigner les patients transgenres, selon Joselyn O'Connor, mais elle dit que la communauté compte quand même sur eux pour réduire la charge de travail des spécialistes en ce domaine. Elle craint que les patients continuent de connaître des difficultés en attendant l'accessibilité d'une ressource semblable à la Clinique 554.

Un petit bâtiment rectangulaire qui ne compte qu'un étage.

La Clinique 554 se trouve au centre-ville de Fredericton (archives).

Photo : Radio-Canada

C’est aux médecins eux-mêmes de décider de recevoir ou non la formation nécessaire et de juger s’ils sont en mesure d’administrer l'hormonothérapie, souligne le Dr Schollenberg. Il faut avoir la volonté d’aider ces patients et d’accepter que c’est ce dont ils ont besoin, explique-t-il.

S’appuyant sur sa propre expérience, Karen Wooley ajoute que la fermeture de la Clinique 554 ne sera peut-être pas insurmontable chez les personnes qui ont besoin de l’hormonothérapie.

Elle dit toutefois que ces personnes n’ont pas toutes les ressources financières ou une voiture pour se rendre à des rendez-vous à Moncton. Certaines, souligne-t-elle, n’ont même pas 115 $ pour payer leur changement de nom officiel.

Karen Wooley dit qu’elle a eu peur, qu’elle a senti se heurter à des murs, mais qu’elle est reconnaissante envers les personnes qui l'ont aidée.

Avec les renseignements de Hadeel Ibrahim, de CBC

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