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Des enquêtes « comme dans les années 70 », dénoncent des proches de disparus

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie

Photo : Radio-Canada

Alors que Québec a l'intention de réviser les lois entourant les pratiques policières, des familles de personnes disparues croient que les forces de l'ordre devraient obtenir davantage de pouvoirs pour faire la lumière sur ces dossiers non résolus encore trop nombreux.

On pense qu’il est arrivé quelque chose de grave à notre fille. Si elle n'est pas décédée, c'est anormal d'être sans nouvelles d’elle, s’inquiète Andrée Béchard, la mère de Marilyn Bergeron, disparue depuis maintenant 12 ans.

Sa fille n’a plus donné signe de vie depuis le 17 février 2008, après qu’elle eut quitté la résidence familiale pour aller marcher seule. Inquiète et craintive, Marilyn Bergeron venait de quitter Montréal pour revenir vivre chez ses parents à Québec.

La journée de sa disparition, elle s’est rendue au Café Dépôt du secteur Saint-Romuald à Lévis. Après quoi, elle n’a plus laissé de trace.

Le rapport familial sur la disparition non résolue de Marilyn Bergeron.

La famille de Marilyn Bergeron a multiplié les démarches pour faire avancer l'enquête sur sa disparition.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Depuis, Andrée Béchard et son conjoint Michel Bergeron, ainsi que la police de Québec, tentent sans succès d'obtenir une nouvelle information qui permettrait de retrouver leur fille.

Une disparition, au départ, n'est pas traitée comme [étant] criminelle, explique Andrée Béchard. Les policiers ne peuvent pas obtenir de mandat [pour consulter certaines informations] à cause de la protection des droits de la personne, explique Mme Béchard.

Recherches sans mandat

Les parents de Marilyn Bergeron croient que la solution passe par l’adoption d’une loi facilitant l’accès, pour les policiers, à des informations contenues notamment dans le dossier médical, l’ordinateur et le dossier bancaire des personnes disparues, et ce, sans mandat.

Ce nouveau pouvoir permettrait de savoir si Marilyn est passée dans un lieu desservi par le ministère de la Santé, comme une Maison des femmes.

Cette loi existe maintenant dans sept provinces et un territoire au Canada. Ç’a été pris en exemple sur la loi Silver aux États-Unis, précise Mme Béchard.

Seulement les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, le Nouveau-Brunswick et le Québec ne se sont pas encore dotés d'une loi semblable.

La loi a des spécificités dans chacune des huit autres provinces. L'Ontario est la dernière province qui a adopté une telle loi.

Andrée Béchard tente de sensibiliser le gouvernement du Québec à ce sujet depuis 2016. Quatre ans plus tard, rien n’a bougé.

Ça presse. Parce qu'on est presque comme dans les années 70 encore. Il faut s'actualiser pour retrouver les personnes disparues.

Andrée Béchard, mère de Marilyn Bergeron

Andrée Béchard est la mère de Marilyn Bergeron

Tomber dans l’oubli

Plus de 150 kilomètres plus loin, à Saint-Pamphile, en Chaudière-Appalaches, Jean-Guy Godbout est aussi rongé par la disparition de sa fille Nathalie, il y a près de 20 ans.

Jean-Guy Godbout cherche sa fille Nathalie depuis près de 20 ans.

Jean-Guy Godbout cherche sa fille Nathalie depuis près de 20 ans.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Dans son petit logement, à la limite de la frontière des États-Unis, l'homme se sent bien loin de l’enquête, comme s’il avait disparu lui aussi.

J'essaie encore d'avoir une emprise, mais ma santé est précaire. J'ai été opéré pour des cancers. J'ai de la misère à marcher. J'en fais moins que j'en faisais...

Nathalie Godbout est disparue à Saint-Romuald en septembre 2000. La jeune femme de 26 ans a quitté son domicile de la rue Lavoisier sans effets personnels après une prise de bec avec son nouveau conjoint.

L’homme a raconté à l’époque avoir été prendre une douche pour arrêter la chicane. Quand il est sorti, Nathalie Godbout avait disparu.

Je repars en guerre

Près de 20 ans plus tard, Jean-Guy Godbout ne comprend pas pourquoi les policiers n’ont pas encore fait la lumière sur cette étrange disparition.

On se dit toujours qu'ils n'en font pas assez. Ils n'ont pas d'outils. Ils sont mal formés. Ils ne sont pas assez de monde.

Jean-Guy Godbout, père de Nathalie Godbout

Jean-Guy Godbout a participé aux recherches de sa fille Nathalie en septembre 2000

La canne à la main et multipliant les visites à l’hôpital, Jean-Guy Godbout est conscient que son temps est précieux. Il assure qu’il lui reste toutefois assez de force pour jouer dans le trafic et forcer la Sûreté du Québec à bouger dans ce dossier.

Je repars en guerre dans le dossier de Nathalie. Je trouve que je ne peux pas parler assez. Il ne faut pas qu'elle soit oubliée. Ça fait 20 ans!

Jean-Guy Godbout, père de Nathalie Godbout

400 disparus au Québec

La mère de Marilyne Bergeron croit également que la province devrait se doter d’un portail où les informations de l’ensemble des personnes disparues seraient affichées.

Il y en a 7 seulement parmi les 31 corps policiers qui affichent de façon raisonnable les disparitions. On sait qu'il y a des manquements au niveau de la visibilité de nos personnes disparues, affirme Andrée Béchard.

Les parents de Marilyn Bergeron, Andrée Béchard et Michel Bergeron

Les parents de Marilyn Bergeron, Andrée Béchard et Michel Bergeron

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Pour le moment, les corps policiers affichent les cas de personnes disparues qu’ils souhaitent publiciser. Certains groupes comme le Réseau Enfants-retour font également leur part.

Dans les derniers mois, Mme Béchard a examiné minutieusement les différents sites Internet pour tenter de faire l’inventaire des disparitions encore non résolues.

On s'en vient à 400 personnes qui sont affichées comme étant disparues au Québec. C’est à part de ce qu'on ne sait pas, déplore Andrée Béchard.

La police de Québec affiche aussi 27 personnes disparues sur son territoire dans une section de son site web.

Grand chantier

En décembre dernier, la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a annoncé qu’elle souhaitait entamer une réflexion sur les lois encadrant les services policiers.

La bonification et l’amélioration des techniques policières feront partie de ce grand chantier.

Les familles des personnes disparues espèrent que leurs demandes y trouveront écho.

Près de 20 années sont passées depuis la dernière refonte des principales lois policières.

Note : les entrevues présentées dans ce reportage ont été réalisées avant l'application des mesures sanitaires liées à la pandémie de la COVID-19

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