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Quand le Chili réintégrait la famille des démocraties

Le président Patricio Aylwin salue son prédécesseur le général Augusto Pinochet.

Il y a 30 ans, Patricio Aylwin devenait le président démocratiquement élu du Chili mettant fin à la dictature du général Augusto Pinochet.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 11 mars 1990, après une éclipse de plus de 16 ans et demi, la démocratie recommençait à briller au Chili. Ce retour ne s'est cependant pas fait sans rencontrer des obstacles, souvent enchâssés dans sa Constitution, comme le montrent les journalistes de Radio-Canada qui couvrent l’événement.

La renaissance de la démocratie chilienne

Au Chili, après 16 ans de dictature militaire, le général Augusto Pinochet a cédé le pouvoir au démocrate-chrétien Patricio Aylwin.

Charles Tisseyre, le Téléjournal, 11 mars 1990.
Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Téléjournal, 11 mars 1990

À Valparaiso, ville où ont été rouvertes les institutions parlementaires du Chili, se déroule un événement historique, comme le constate la journaliste Montserrat Sens au Téléjournal du 11 mars 1990.

Des milliers de Chiliens, de même qu’un nombre important de dignitaires étrangers, sont présents pour assister à la passation des pouvoirs entre le général Augusto Pinochet et le président élu Patricio Aylwin.

Le symbole est fort.

Le 11 septembre 1973, la démocratie chilienne, une des plus anciennes et des plus solides d’Amérique latine, succombait aux coups de bottes des militaires.

La dictature du général Pinochet allait désormais régner sans partage sur le pays.

Pendant 16 ans et demi, beaucoup de Chiliens vivent dans la peur, craignent d’être torturés ou tout simplement de disparaître de la surface de la Terre.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a de l'animosité entre les militaires et les forces démocratiques que dirige Patricio Aylwin.

Dans ce contexte, on peut comprendre que la cérémonie de passation des pouvoirs est crispée.

Le général Pinochet éprouve de la difficulté à retirer de son uniforme l’écharpe présidentielle qui doit être remise à Patricio Aylwin.

Ce n’est pas le général qui rend l’insigne au nouveau président, ce dernier ayant refusé de la recevoir des mains du dictateur.

Les salutations que se font ensuite les deux hommes sont plutôt glaciales.

À l’extérieur du Congrès du Chili, la foule conspue le vieux dictateur et exige que la justice punisse les crimes que l’armée a commis depuis 1973.

Si la démocratie est de retour au Chili, le chemin pour qu’elle se consolide est tortueux et semé d’embûches, comme le constate le président élu chilien.

Un retour à la démocratie semé d’embûches

Le 5 octobre 1988, la surprise a été planétaire.

Ce jour-là, le général Pinochet cède le pouvoir, à contrecœur. Il vient d'être défait lors d’un référendum qui posait la question sur une possible prolongation de son mandat présidentiel jusqu’en 1997.

Les Chiliens refusent cette option à 53% des suffrages exprimés.

Cette déroute inattendue, le vieux dictateur la doit à l’alliance, appelée en espagnol Concertación, de 17 partis politiques qui réclament le rejet du projet du général Pinochet et la restauration de la démocratie.

En ce printemps austral de 1988, la journaliste Anne-Marie Dussault se rend au Chili pour prendre le pouls de la situation.

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Le Point, 3 novembre 1988

Son reportage, présenté à l’émission Le Point le 3 novembre 1988, nous dévoile un pays qui entreprend une démocratisation ardemment souhaitée par une majorité de son peuple.

La journaliste constate que règne un certain optimisme dans la foulée de la victoire des forces démocratiques lors du référendum d’octobre 1988.

Ce dernier est notamment bien exprimé par Hortensia Bussi, la veuve du président Salvador Allende, mort dans des circonstances nébuleuses lors du coup d’État de 1973.

Pour l’ex-première dame du Chili, le résultat du référendum, c’est le triomphe du peuple.

Le retour de milliers d’exilés politiques provoque aussi une très grande joie chez beaucoup de Chiliens.

Mais au-delà de cet optimisme, le nouveau pouvoir et le président élu Patricio Aylwin savent que la restauration sera semée d’obstacles.

Si le général Pinochet a cédé sa place, il n’a jamais eu l’intention de laisser la voie libre à ses successeurs démocrates.

Des exemples d'obstacles?

La Constitution, que le dictateur a imposée en 1980, est remplie d’articles qui visent à mettre des bâtons dans les roues à l’exercice d’un pouvoir pleinement démocratique.

Par exemple, le président Aylwin ne peut par destituer le général Pinochet comme chef des armées.

Augusto Pinochet ne quittera sa fonction de chef suprême des armées chiliennes qu’en 1998.

Par ailleurs, la Constitution de 1980 et la Loi électorale favorisent la surreprésentation à la chambre des députés et au sénat des partis politiques favorables à Augusto Pinochet.

Celui-ci est d’autre part nommé sénateur à vie dans le nouveau Parlement chilien.

Il y a finalement la très épineuse question des violations des droits de la personne entre 1973 et 1990.

Le président Patricio Aylwin et son gouvernement doivent-ils amnistier l'armée pour les tortures et les disparitions d’opposants qui ont eu lieu pendant 16 ans et demi?

Doivent-ils au contraire poursuivre les militaires au risque de provoquer une confrontation avec l’armée, voire même un nouveau coup d’État?

Ce débat déchire la société chilienne.

D’autant plus, comme le constate Anne-Marie Dussault, qu’au lendemain du référendum du 5 octobre 1988, l’armée et les policiers répriment toujours sauvagement les manifestations.

Pire encore, ils continuent de torturer les opposants à la dictature.

En 2020, plusieurs de ces questions ne sont toujours pas résolues pour la démocratie chilienne.

La Constitution de 1980 demeure en vigueur même si elle été modifiée à quelques reprises depuis 1990 en abolissant par exemple la fonction de sénateur à vie.

La Constitution du Chili s'est vu reprocher ces dernières années lors de grandes manifestations d'avoir permis un blocage à l'encontre de toute tentative de modifications du modèle social et économique hérité du régime Pinochet.

Le 25 octobre 2020, les Chiliens voteront pour accepter ou refuser de se doter d'une nouvelle constitution de nature plus démocratique et égalitaire.

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