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COVID-19, SRAS et grippe espagnole : comprendre pour comparer

L’humanité n’en est pas à sa première pandémie. Dans le passé, des dizaines de millions d’humains ont succombé à des virus qui se sont répandus dans la population mondiale.

Illustration d'un virus qui se répand sur une carte du monde.

La capacité d’un virus à se propager dans la population est établie à partir son indice de contagion.

Photo : iStock

Comment la pandémie de COVID-19 se compare-t-elle à d’autres crises sanitaires comme le SRAS et l'Ebola, ou encore à la grippe saisonnière?

Il y a deux choses qui définissent la gravité d’une épidémie : la contagion et la létalité, affirme Guy Boivin, professeur au Département de microbiologie-infectiologie et d'immunologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval.

D’une personne à l’autre

La capacité d’un virus à se propager dans la population est établie à partir son indice de contagion, également appelé taux de reproduction de base (R0).

Celui-ci exprime le nombre moyen d'individus qu’une personne contagieuse peut infecter dans une population où tous les individus sont sains. C’est en quelque sorte le nombre de cas secondaires générés par un cas primaire, explique le Pr Boivin.

Si le R0 est inférieur à 1, cela signifie qu’une personne en infecte en moyenne moins qu'une autre. Le virus aura ainsi tendance à disparaître de lui-même de la circulation.

À l’opposé, si le R0 est supérieur à 1, le virus tend à proliférer dans la population. Il faut donc que le R0 soit de plus d’un pour être en période épidémique, ajoute le Pr Boivin, qui est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus en émergence.

Les données préliminaires nous laissent croire que le R0 du nouveau coronavirus est de 2 à 2,5. Donc, chaque cas va infecter de 2 à 2,5 autres personnes en moyenne.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Il se transmet donc au moins aussi facilement que la grippe saisonnière, dont le R0 se situe entre 1 et 1,5. En 2003, celui du SRAS se situait entre 2 et 3.

Il est important de rappeler que bien que le coronavirus ait un R0 de 2, cela ne veut pas nécessairement dire qu’une personne infectée transmet le virus à deux autres personnes. Le R0 est une moyenne. Une personne infectée peut en infecter 100, alors qu’une autre peut n'en infecter aucune.

Il faut aussi noter que le R0 est directement lié au mode de transmission du virus. Un virus peut se transmettre par contacts directs (par gouttelettes ou dans l'air) et indirects (poignées de porte, téléphones).

En outre, les virus qui se transmettent dans l'air, notamment par les éternuements, restent en suspension beaucoup plus longtemps que des gouttelettes.

Une gouttelette tombe au sol à moins d’un mètre, elle nécessite ainsi un contact rapproché pour [qu'il y ait] transmission. Les virus qui se transmettent par aérosol [dans l'air], comme celui de la rougeole, franchissent des distances de plusieurs mètres.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Il n’est pas surprenant que la rougeole soit très contagieuse, car son R0 est de 12.

Celui du MERS, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, est de 0,5. Il faut des contacts très rapprochés pour que ce virus apparu en 2012 se transmette d’une personne à l’autre. Ce qui est certainement une bonne chose pour l’humanité puisqu’il tue 35,6 % des personnes infectées.

Quand on l'a, il s’en va directement dans les voies respiratoires inférieures et donne des pneumonies sévères. C’est un cas de virus qui se transmet vraiment pas bien, mais qui est très sévère.

Guy Boivin. professeur à l'Université Laval

Emporté par un virus

Le taux de létalité est certainement l'élément le plus important de la gravité d'un virus.

Ce pourcentage correspond aux nombres de décès divisés par le nombre total d’infections.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Il est cependant difficile à établir, précisément lorsqu'il s'agit d’un virus émergent. En effet, plusieurs cas sont susceptibles de ne pas être pris en compte, parce que les porteurs ne développent aucun symptôme ou que leur décès n'est pas associé au virus, mais à une autre maladie.

Il faut avoir une bonne idée du spectre de la maladie. Autrement dit, est-ce que les cas complètement asymptomatiques sont pris en compte dans le calcul?

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Ce qui n’est pas le cas avec le nouveau coronavirus, explique le Pr Boivin.

Au début de la pandémie, le taux de létalité de la COVID-19 était estimé à environ 2,3 %. Depuis la mi-mars, cependant, l’OMS évalue qu'il serait plutôt de 3,3 %.

Mais pour l’établir avec plus de précision, il faudra connaître le spectre de l’infection du virus, affirme le chercheur, qui ajoute que les études n’ont pas été encore réalisées avec le nouveau coronavirus.

Le taux de létalité de l’Ebola est de 50 %, et celui du SRAS, de 9,6 %.

Si la grippe saisonnière n’est pas considérée comme très létale (0,1 %), elle tue quand même entre 290 000 à 650 000 humains chaque année. La raison? Le volume de personnes qui l’attrapent est très grand, et avoisine le milliard de personnes.

Un virus, c’est une balance entre la transmissibilité et la létalité. Souvent, en mutant, quand il s’adapte de plus en plus aux humains, il devient moins létal. Mais ce n’est pas toujours le cas, et le meilleur exemple est la grippe espagnole.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

La grippe espagnole de 1918 présentait un taux de létalité de 2,5 %. Combinée avec sa bonne capacité de contagion, elle a tué plus de 50 millions de personnes.

Un hôpital américain débordé en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui a fait 30 millions de morts partout sur la planète.

Un hôpital débordé, près de Fort Riley au Kansas, lors de l'épidémie de grippe espagnole en 1918.

Photo : La Presse canadienne / Associated Press

Les scénarios possibles

Le Pr Boivin explique que les autorités sanitaires mondiales tentent actuellement d’éviter que le nouveau coronavirus ne devienne un foyer actif d’infection avec plusieurs générations de cas.

Pour le moment, la plupart des cas rapportés ont voyagé dans des zones à risque. Le reste, [ce] sont des conjoints ou des personnes qui ont été en contact étroit, explique le Pr Boivin.

À partir du moment où on perd le contrôle, qu’on a plusieurs générations de cas, on ne peut plus les lier à des voyages dans une zone à risque ou à des contacts intimes.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Le virus se trouve ainsi noyé dans les autres virus respiratoires en circulation, si bien que l’épidémie devient difficile à arrêter.

On peut encore le contenir, mais plus le temps passe, plus ça devient utopique de penser qu’on va pouvoir le contenir comme on a fait avec le SRAS.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

On semble avoir des foyers actifs avec plusieurs générations de cas en Corée du Sud, en Iran, en Italie, ajoute le chercheur.

Réussir à contenir le virus et à l’éradiquer devient une hypothèse de moins en moins plausible.

Dans un autre scénario, le virus s’adaptera de plus en plus à l’humain et deviendra un virus respiratoire qui revient chaque année. Un peu à l’image du H1N1.

Il pourrait donc devenir un coronavirus comme d’autres qu’on connaît et qui donnent des rhumes et des infections peu sévères.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Le dernier scénario implique la survenue d’une pandémie, et le Pr Boivin pense que l’OMS est fort probablement sur le point d’annoncer que le nouveau coronavirus est un virus pandémique.

Il faut vraiment espérer que le virus, en mutant et en se transmettant de personne à personne, perde de sa virulence, soutient le professeur.

Les personnes à risque

Comme pour la plupart des maladies virales, le COVID-19 frappe surtout les personnes âgées, et particulièrement celles qui sont fragilisées par d’autres maladies chroniques.

Quand les gens ont des maladies pulmonaires, ou cardiopulmonaires, ils sont plus susceptibles de développer une insuffisance respiratoire et de développer une pneumonie virale.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Les fumeurs et les personnes ayant des fonctions pulmonaires limitées présentent aussi plus de risques.

En général, les jeunes adultes et les adultes infectés d’âge moyen sans pathologie sous-jacente ne présentent que des symptômes légers. Dans l’état actuel des connaissances, le virus semble grandement bénin dans plus de 80 % des cas.

Plus rarement, les symptômes sont plus graves, sont accompagnés d'une difficulté à respirer et peuvent mener à une insuffisance pulmonaire ou rénale. Dans environ 14 % des cas, les personnes doivent être hospitalisées.

Pour une raison qui reste inconnue à ce jour, les enfants développent peu de symptômes lorsqu’ils sont infectés par le nouveau coronavirus. Ils ne semblent pas être un groupe à risque.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Mais ils peuvent être des vecteurs de transmission, par contre, nuance-t-il.

Le spectre du H5N1

Depuis son apparition en 1997, le virus de l’influenza aviaire (H5N1) inquiète les autorités mondiales pour une bonne raison : son taux de létalité avoisine les 60 %. Il faut garder en tête que les cas testés et signalés sont, bien sûr, les plus graves, ce qui peut contribuer à surévaluer le taux de létalité.

À ce jour, des humains n'ont été infectés que par contact direct avec de la volaille infectée.

Il ne se transmet pas d’humain à humain, ou dans de rares cas à tout le moins. C’est un virus qui est encore mal adapté à la transmission interhumaine, explique le Pr Boivin.

Si ce virus-là mute et devient bien adapté en conservant son taux de létalité, ça va être terrible.

Guy Boivin, professeur à l'Université Laval

Un vaccin est en cours de développement. La course contre la montre est lancée.

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