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Ils admettent être des hommes violents

« Quand la claque part, tu regrettes… et puis tu recommences. »

 La silhouette d'un homme se dessine dans le cadre d'une porte

La silhouette d'un homme se dessine dans le cadre d'une porte

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Violence physique, psychologique, financière ou encore sexuelle... Pour chaque victime, il y a un agresseur. Rencontre avec des hommes qui admettent aujourd’hui leur comportement violent. Ils en témoignent en toute transparence.

Dany nous a donné rendez-vous au GAPI, le groupe d’aide aux personnes impulsives, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. C’est ici que j’ai fait beaucoup de travail sur moi-même, nous dit-il.

Assis en cercle dans une des salles du centre, quatre hommes discutent avec les deux thérapeutes chargés d’animer la séance. Les hommes présents ce soir ont entre 45 et 65 ans et ont tous un passé d’homme violent.

Moi, la première victime de violence que j’avais, c’était mon ex-femme, admet Dany.

C’est aussi le cas de Richard. Il fallait que ça soit moi qui aille raison, c’est toujours moi qui avais raison, confesse-t-il à son tour.

Durant la thérapie, les hommes s’ouvrent. Et leur franchise étonne. Ici, ils acceptent de nommer les choses telles qu'elles sont : pas question de minimiser la gravité des gestes qui ont été posés dans le passé.

Quand la claque part, tout de suite après, tu regrettes. Tu demandes pardon. Tu dis : “Excuse-moi, je ne recommencerai plus jamais…” Pis tu recommences.

Richard
Illustration d'un poing qui fracasse une porte.

Illustration

Photo : Radio-Canada / Jasmin Simard

Dany n’a jamais frappé son ex-femme. Une limite, dit-il, qu’il n’aurait jamais osé franchir. Mais pour lui, ce n’est pas une excuse, car il admet avoir été très violent envers elle.

Quand ça ne marchait pas à ma manière, je criais, je donnais des claques sur la table, des coups de poing dans les portes.

Aujourd’hui, il reconnaît que ses gestes visaient à rendre son ex-femme plus craintive, plus docile.

Dany regrette amèrement ce qu'il lui a fait subir. S'il accepte de partager son histoire avec nous, c'est pour interpeller les hommes. Leur faire comprendre que certains comportements sont simplement inacceptables.

Dans son couple, c’est Dany qui gérait l’argent.

S’il se passait de quoi dans la semaine et que ça ne faisait pas mon affaire, eh bien, au lieu de lui transférer son argent tout de suite, je retardais le transfert pour la faire chier, nous raconte-t-il. J’étais celui qui rentrait l’argent donc tout m’était dû : “Tu vas faire ça, ça, ça et ça.”

Elle n’avait pas un “criss” de mot à dire parce que c’était de même que ça marchait.

Dany
Illustration d'un porte-feuille. Signifie la violence financière.

Illustration

Photo : Radio-Canada / Jasmin Simard

Pour lui, la violence, c’était pour avoir plus de contrôle. Jusque dans les rapports sexuels.

Si j’avais des besoins et qu’elle n’était pas dans ce mood-là, j’insistais jusqu’à ce qu’elle dise oui. Ce n’était aucunement respectueux, reconnaît-il maintenant. C’était centré sur moi et ça ne se fait pas.

Comme il n’a jamais frappé sa conjointe, Dany ne s’était jamais perçu comme un homme violent. Il se voyait, au contraire, comme un homme droit, toujours prêt à combattre les injustices. Je voulais tout le temps défendre la veuve et l’orphelin.

Avec le recul, il n’aurait jamais toléré voir un homme agir comme il le faisait avec son ex-femme. Je m’en serais crissé une. Je me serais crissé une volée. Parce que ce que je lui ai fait vivre, c’est pas correct pantoute.

Plusieurs mois après son divorce, Dany est à nouveau en couple. Et c’est une simple histoire d’espadrilles qui lui a fait réaliser que son comportement était inacceptable.

J’étais avec une nouvelle conjointe. Elle a voulu aller chercher quelque chose dans l’auto. Elle a pris mes espadrilles. Elle a juste glissé ses pieds et elle a écrasé les renforts avec ses talons, comme pour en faire des sandales. Quand elle est rentrée dans la maison je lui ai dit : “Tu pourrais faire attention à mes espadrilles tabarnak.” Elle m’a regardé et a dit : “ Je n’ai pas besoin de ça dans ma vie.” Elle avait raison. Elle ne méritait pas de vivre ça. C’est suite à cet épisode-là que je me suis dit qu’il y avait de quoi quelque part qui n’allait pas.

Illustration d'espadrilles

Illustration

Photo : Radio-Canada / Jasmin Simard

C’est pas elle qui était le problème, c’est moi qui avais un problème

C’est à ce moment-là que Dany a accepté d’écouter ses proches et d’aller chercher de l’aide. Sans le GAPI, où est-ce que je serais? Peut-être que je serais en prison, je ne le sais pas.

Les hommes et les thérapeutes du GAPI sont devenus des amis, des confidents qui l’aident à mieux gérer son impulsivité.

Oui, il y a de la culpabilité. Autant envers mon ex-femme qu’envers mes enfants. Ils n’avaient pas à subir les contrecoups de mon état à moi.

Dany

Bien que son comportement violent remonte à plusieurs années, Dany continue de venir régulièrement au GAPI. C’est un combat de tous les jours, explique-t-il. Tu dois contrôler ta réaction, tes émotions. C’est ici que je l’ai appris.

Il précise toutefois que la thérapie à elle seule ne peut pas faire de miracle.

Tu ne peux pas demander à quelqu’un de s’aider s’il ne veut pas s’aider. Tu ne peux pas dire à un alcoolique d’arrêter de boire s’il ne veut pas arrêter de boire. Mais si mon témoignage peut aider juste un homme à s’aider lui-même, tant mieux, conclut-il. C’est pour cela que j’ai accepté de raconter mon histoire.

Notre dossier Ces femmes qu’on tue

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sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

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