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Peut-on boire son café la conscience tranquille?

Qu’il soit consommé en dosette, expresso ou filtre traditionnel, lequel de ces cafés est véritablement le plus écologique? La réponse à cette question n’est pas celle que vous croyez...

Un café latté dans un verre sur un comptoir de bois.

L'empreinte carbone du café se trouve particulièrement en amont, car sa production est très énergivore.

Photo : Radio-Canada

Chaque seconde dans le monde, il se boit 35 000 tasses de café. Et la demande explose, car l’Asie veut elle aussi sa part.

De plus, la culture du café subit aussi les effets des changements climatiques. Cultivés en montagne, les plants de café doivent maintenant prendre de l'altitude. Ce qui a des limites.

Conséquence : les experts affirment qu’en 2050, il faudra produire le double du café sur un nombre de terres réduit de moitié.

Une culture énergivore

Plusieurs rangées de petits arbustes vues des airs, avec des montagnes à l'arrière-plan, sous un ciel bleu.

Une plantation de café dans l'État de Minas Gerais, au Brésil.

Photo : Shutterstock

La culture du café demande beaucoup d’énergie. Avec la demande grandissante, « on doit déforester de plus en plus pour faire place à de nouvelles plantations », explique Jennifer Schwankner, qui a étudié la durabilité de la production et de la consommation de café dans le cadre de sa maîtrise en environnement.

« L'empreinte carbone du café se joue principalement sur le terrain », ajoute Guillaume Nadeau, directeur de marques pour Ecotierra, une entreprise de Sherbrooke qui met en place des systèmes agricoles de production durable. Les nouvelles cultures de café suivent le modèle de la monoculture, avec son lot d’engrais et de pesticides polluants.

« Ça prend énormément d'eau pour faire le café, de l'irrigation des plants au traitement et au lavage du café », ajoute Jennifer Schwankner.

Pour produire un kilo de café, il faut 18 900 litres d’eau

Pour produire un kilo de viande de bœuf, il faut 15 400 litres d’eau

Déchets et gaspillage

« Le traitement du café génère aussi beaucoup de déchets », explique le copropriétaire de la brûlerie Faro, Maxime Fabi. Avant, « c'était jeté dans les rivières en amont puisqu’on est en montagne. Ça polluait l'eau pour tous les cultivateurs. Dans ces pays, on a développé des politiques pour être capable de faire fermenter le café à sec plutôt que par trempage ».

Emballage et cafetières

Chez Keurig, une multinationale du café connue notamment pour ses fameuses K-Cup et ses marques de café comme Van Houtte et Brûlerie Mont-Royal, on a analysé les principales sources d’émission de gaz à effet de serre tout au long de la production. Résultat, l’emballage représente près de 30 % des émissions de CO2. Des sacs de café aux emballages primaires, secondaires ou tertiaires, le café est un gros consommateur de carton et de plastique.

L’autre empreinte est celle des cafetières Keurig elles-mêmes. Leur production et leur consommation d’énergie dégagent plus de la moitié des gaz à effet de serre de l’entreprise.

Du gaspillage, chez soi

Et c’est sans compter le gaspillage : surproduction, manque de clientèle ou de main-d’œuvre, les pertes ont lieu pendant toutes les étapes de transformation.

Mais le plus gros du gaspillage, affirme Jennifer Schwankner a lieu... à la maison.

Parce qu’il est le plus consommé, le café filtre est de loin le moins écologique.

« Le café filtre n'est pas nécessairement un problème en soi », explique l’experte en environnement. « Mais les gens vont parfois faire une plus grande quantité de café filtre. Ils vont gaspiller du grain et de l'eau. Ce ne serait pas un problème si on veut se faire quatre tasses de café et que l'on boit ces quatre tasses. Mais si on produit 12 tasses de café et qu'on en boit seulement deux, là, il y a un gros gaspillage. »

Expresso ou dosettes ?

Des capsules à café Nespresso.

Des capsules à café Nespresso

Photo : Radio-Canada

Pour l’expresso, le problème vient principalement de la consommation d’électricité de la cafetière elle-même. Ces machines sont énergivores. Tout dépend donc de la source d’électricité. Par contre, l’avantage, « c’est qu’on n'utilise que la bonne quantité d’eau et de grains de café. »

Et les fameuses capsules tant décriées sur le plan écologique?

Elles ont l'avantage d'utiliser la bonne quantité d'eau, de grains et d'électricité pour une tasse.

Plusieurs études récentes confirment que le coût environnemental des capsules n’est pas aussi élevé qu’on le croit. Si et seulement si elles sont recyclables et recyclées.

« On a travaillé avec l'industrie du recyclage pour sélectionner le bon type de matériau », explique Cynthia Shanks, de Keurig. « Un matériau qui, d’une part, protège la fraîcheur du café et, d'autre part, possède une grande valeur pour les recycleurs. Le polypropylène numéro 5 était tout indiqué pour être le bon choix pour notre capsule. »

En 2018, Keurig a achevé sa transition vers les capsules recyclables au Canada. L’entreprise a complètement éliminé le milliard de capsules de propylène numéro 7 qui n’étaient pas recyclables.

Mais reste qu’il faut que le consommateur fasse un effort.

« On indique clairement sur l’emballage qu’il faut retirer l'opercule, composter le café et ensuite placer la capsule dans le bac bleu », explique Cynthia Shanks.

Toutefois, les différentes capsules sur le marché sont composées de matériaux divers. Ainsi, plusieurs centres de tri de matières recyclables ne les acceptent pas. Elles sont aussi trop petites pour être triées convenablement.

C’est le cas à Montréal et à Toronto, où ces capsules prennent trop souvent le chemin de l'enfouissement.

Les capsules en aluminium de Nespresso, du géant de l’agroalimentaire Nestlé, peuvent être recyclées si le consommateur renvoie ses dosettes dans un sac en boutique ou par la poste. Dans plus de 420 municipalités du Québec, ces sacs peuvent être déposés directement dans le bac de recyclage. Le marc de café est composté et l'aluminium fondu en lingot.

D'après Guillaume Nadeau, c’est un paradoxe. « Le but de la capsule, c'est de réduire le temps de préparation du café. Et là, on rajoute une étape pour aller recycler le produit. On perd un peu l'essence du produit, mais on dirait que le consommateur l'oublie. »

Bien choisir son café écologique

Des logos de certifications équitables.

De nombreuses certifications équitables s'offrent au consommateur de café.

Photo : Radio-Canada

Pour améliorer les choses sur le plan environnemental, le consommateur doit donc d’abord bien choisir son café. Il peut se fier à une bonne demi-douzaine de certifications dites “équitables”.

Rainforest Alliance est un logo bien connu.

« Il y a une raison pour laquelle Rainforest est plus performante », explique le directeur général de la brûlerie Faro, Maxime Fabi. « Elle est moins exigeante pour les torréfacteurs. La pression sur le prix est plus faible et le cahier de charges beaucoup moins important. Au final, ça coûte moins cher. »

« Mais cette certification ne garantit pas de prix plancher aux producteurs », ajoute Guillaume Nadeau d'Ecotierra. Rainforest Alliance a peut-être une grande force sur le plan environnemental, mais il y a aussi de bons systèmes en place pour s'assurer que ce soit fait dans les règles de l'art, que ça respecte évidemment les droits de la personne. »

Fairtrade, une certification plus exigeante

Plus rigoureuse, la certification Fairtrade offre une protection financière importante aux producteurs en les mettant à l’abri de la spéculation des prix du café. Ce qui leur permet d’investir dans de nouvelles méthodes de culture plus durables et d’améliorer leur qualité de vie.

L’entreprise [Keurig] est, pour la neuvième année consécutive, le plus grand acheteur de café certifié ''Fairtrade'' au monde.

Cynthia Shanks, directrice communication et développement durable, Keurig Canada

Mais tous les produits de Keurig ne sont pas certifiés Fairtrade.

Équitable et biologique

Pour nos experts, l’idéal est d’acheter un café à la fois équitable et biologique. La production biologique garantit en effet une production durable.

« Quand vous avez ces deux certifications, on est assuré d’avoir un volet à la fois environnemental et social », explique Maxime Fabi de Faro.

À condition d’y mettre le prix. Ces cafés peuvent coûter jusqu’à quatre fois plus cher qu’un café traditionnel de base.

Des petits gestes pour sauver la planète

  • Acheter le café certifié équitable et biologique en vrac chez un torréfacteur local

  • Opter pour des capsules compostables ou réutilisables

  • Éviter les cafés pris hors de la maison dans des contenants à usage unique, source importante de déchets

  • Consommer moins de café, tout simplement

Le reportage du journaliste-animateur Denis Gagné, du journaliste à la recherche Gildas Meneu et du réalisateur Pierre Huard sera diffusé ce soir à 19 h 30.

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