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La première patinoire intérieure du Canada en 1851... à Québec

Des patineurs élégants et chaudement vêtus tourbillonnent sur une patinoire intérieure en 1860. Des fenêtres font entrer la lumière naturelle, et un patineur est occupé à mettre ses partins sur un banc, au premier plan.

La patinoire intérieure de Québec, en 1860. Elle succède à celle construite sur les quais en 1851, considérée comme la première au pays.

Photo : Aquarelle, E.J. MacGregor, Bibliothèque et Archives Canada

Le nouveau Centre de glaces en construction à Sainte-Foy est le dernier d’une longue lignée : la première patinoire intérieure de la capitale remonte à 1851. C’est aussi la plus ancienne au pays. Et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, on ne l’a pas seulement construite pour protéger les patineurs du froid.

Le patin existe depuis longtemps. On a patiné sur des os avant de le faire sur des lames d’acier. Mais au Canada, il ne se répand en tant que loisir qu’au XIXe siècle, essentiellement grâce aux Britanniques, et bien après avoir fait sa marque en Scandinavie.

Québec profite alors de la patinoire exceptionnelle qu’est le Saint-Laurent. Les lacs et les rivières aussi sont populaires. Mais selon les observateurs du temps, rien n’approche le plaisir de patiner sur le fleuve, sitôt le pont de glace formé entre les deux rives.

Couvrir la patinoire pour protéger… la glace

Bien sûr, ces patinoires naturelles pouvaient s’avérer glaciales, en plus d’être dangereuses. Mais ce qui semble avoir particulièrement irrité les patineurs de la capitale, c’est la détérioration de la glace.

Des gens armés de balais et de pelles sont occupé à dégager un large espace pour patiner sur le pont de glace qui s'est formé entre Québec et Lévis.

L'entretien d'une patinoire sur le pont de glace entre Québec et Lévis n'était pas une mince affaire. Les conditions de glace favorables sur le fleuve étaient réputées ne durer souvent que quelques jours.

Photo : Bienvenu & Livernois, 1870, Courtoisie, MNBAQ

Non seulement fallait-il continuellement déneiger — les précipitations abondantes étaient déjà un classique dans la région — mais l’effet du soleil, du vent ou de la pluie pouvait en plus anéantir tout le travail en quelques heures.

D’où cette idée qui allait bientôt germer dans le cerveau de quelques fans de patin, tous membres du Quebec Skating Club : créer une patinoire intérieure.

À lire samedi : le deuxième volet de ce portrait du patin à Québec. Ça date pas d'hier se penche sur les plans retrouvés du Skating Rink de 1878.

Patiner sur les quais

C’est sur le Quai de la Reine, tout près de l’endroit où se fait aujourd’hui l’embarquement des passagers de la traverse Québec-Lévis, qu’on décide de construire ce skating rink dernier cri, en 1851.

Des patineurs des deux sexes chaudement vêtus s'activent sur une patinoire intérieure soutenue par une rangée de piliers, au centre, et bordée par de larges fenêtres qui laissent entrer l'air froid.

Les patinoires intérieures de la capitale ont d'abord été assez modestes. On devait s'y retrouver vite à l'étroit!

Photo : Ballou's Pictorial Drawing Room Companion, 12 janvier 1856

La structure, toute de bois, avait sans doute des allures de grange ou de saloon. Elle n’était pas très large : 18 mètres de large par 46 mètres de long.

On créait la glace en arrosant le sol sur plusieurs centimètres de profondeur. Le froid qui s’engouffrait par une série de larges fenêtres l’empêchait de fondre. Protégés des intempéries, et surtout du vent, les patineurs ne semblaient pas s’en plaindre.

La nouvelle attraction remporte aussitôt un succès fou. Elle est de retour dès l’année suivante.

Tout le Canada veut son aréna

Par la suite, plusieurs villes canadiennes se dotent à leur tour d’une glace intérieure : Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Toronto, Kingston, Saint-Jean (NB), Hamilton... Les commentaires des journalistes sont enthousiastes et poussent à la surenchère : chacun veut faire mieux que son voisin.

Certains de ces bâtiments, particulièrement esthétiques ou spectaculaires, vont entrer dans la légende. C’est le cas du Victoria Skating Rink, à Montréal.

Des patineurs de tous les âges s'en donnent à coeur joie sur une vaste patinoire intérieure. Au-dessus de leur tête, le plafond est soutenu par d'immenses arches de métal. La lumière entre généreusement par une série de fenêtres des deux côtés de la salle. De chaque côté, des spectateurs ne manquent rien du spectacle.

Inauguré en 1862, le majestueux Victoria Skating Rink de Montréal sera considéré pendant un temps comme l'une des plus belles patinoires intérieures au monde.

Photo : John Henry Walker, Don de D.R.McCord, Musée McCord

Très fréquenté, il s’avère aussi rentable, un défi à une époque où les patinoires intérieures sont entièrement financées par des fonds privés. Son élégance fera des envieux jusque dans la capitale.


Des patineuses à l'avant-garde

Un gros plan d'une gravure remontant à 1856 montre des patineuses portant toute une robe retroussée sur les genoux, portée sur des pantalons bouffants, qui semble bien pratique pour le patin

Le «Bloomer costume», une robe raccourcie portée sur un pantalon bouffant, semble avoir fait l'unanimité chez ces patineuses québécoises de 1856.

Photo : Détail, Ballou's Pictorial Drawing Room Companion

La tenue des premières patineuses de la capitale, avec leurs robes portées aux genoux sur de larges pantalons, peut sembler banale aujourd’hui. Il semble pourtant qu’elle ait frappé plusieurs observateurs du temps par son côté avant-gardiste. Les journalistes en parlaient comme d’un Bloomer costume, en référence à Amelia Bloomer, une féministe engagée qui tenta d’en répandre l’usage à New York, en 1851.

Le pantalon était alors strictement réservé aux hommes, et les jupes devaient couvrir les chevilles.

Mais certaines activités, dont la fréquentation des bains thermaux, avaient aussi commencé à ouvrir la porte à des tenues féminines plus pratiques et confortables. Apparemment, certaines patineuses avaient récupéré ces avancées à leur avantage.


Une patinoire qu’on monte et qu’on démonte

Après avoir profité avant tout le monde d’une glace couverte, les patineurs de Québec vont devoir prendre leur mal en patience.

Durant les années 1850, leur patinoire intérieure n’est qu’une structure temporaire, qu’on démonte chaque printemps pour la remonter l’hiver. Certaines années, le bois est même mis aux enchères, assez pour construire trois cottages, selon l’annonce dans le journal.

D’une année à l’autre, on n’est jamais certain que le rink sera reconstruit. Et on se plaint qu’il prend l’eau et laisse passer le vent, de tout bord tout côté.

Québec inaugure enfin un bâtiment plus durable, en 1862.

Une foule compacte célèbre la fête nationale sur la colline parlementaire autour du Skating Rink dont on aperçoit la structure de bois, avec le parlement en arrière-plan.

Désaffecté après la construction de l'Hôtel du parlement, le premier Skating Rink de la colline parlementaire a servi de hangar pendant plusieurs années.

Photo : Journal de l'Opinion publique, 1880, BAnQ

Le Rond de la Grande-Allée, ou le Rond comme on le surnomme bientôt, est construit sur la colline parlementaire, sur un champ de cricket fréquenté par l’armée, là où s’élèvera un jour l’Hôtel du parlement.

Deux autres pavillons de patineurs, plus élaborés, vont lui succéder dans le même secteur. Le patin intérieur en a alors pour un demi-siècle à dominer le centre-ville. C’est toute la capitale qui va en profiter.

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