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Karine Veilleux et Dania Nehme

Karine Veilleux et Dania Nehme

Photo : Radio-Canada

À 30 années d'intervalle, Karine Veilleux et Dania Nehme sont devenues des orphelines, des victimes collatérales de violence conjugale.

La première a vu son père tuer sa mère et s'enlever la vie lorsqu'elle avait trois ans.

La deuxième s'est enfuie de la maison, obéissant à sa mère qui lui criait de sortir et d'appeler à l'aide, avant que son mari ne la poignarde. Dania avait 16 ans et reste convaincue qu'elle aurait pu aussi être tuée par son père ce jour-là.

Sa mère tuée par son père, devant elle

Karine Veilleux

Karine Veilleux pense que les services dont elle a bénéficié sont insuffisants.

Photo : Radio-Canada

À 18 ans, Karine Veilleux a quitté Saint-Georges de Beauce, la ville où tout le monde la connaissait. On m'appelait soit la fille de Diane, l'orpheline, d'un côté. Il y en a qui trouvaient ça triste. De l'autre côté, on m'appelait la fille du tueur.

Dans la nuit du 29 mars 1981, le père de Karine Veilleux fracasse une fenêtre du logement de son ex-conjointe, qui vit avec ses deux filles de 3 et 8 ans. Karine, la cadette, qui dormait avec sa mère, a encore des souvenirs vifs de cette nuit fatidique.

Ma mère était affolée, on est arrivées dans la cuisine, mon père était déjà là avec son arme dans les mains. Je me cachais derrière ma mère. J'ai entendu trois bangs et ma mère ne s'est pas relevée. Son père finit par tourner son arme à feu contre lui.

Les journaux de l'époque rapportaient qu'une ordonnance de la cour interdisait à l'homme de s'approcher du logement où vivait son ex-conjointe.

J'ai fait des cauchemars pendant deux ans. […] J'ai bégayé longtemps après ça, parce que j'avais de la misère à parler. On m'a tellement dit d'être gentille, de ne pas parler, que ça a fait comme un motton.

Karine Veilleux

Ce texte est publié dans le cadre d'une série d'articles sur la violence faite aux femmes, intitulée : Ces femmes qu'on tue.

La mère de Karine Veilleux enlace son mari.

Karine Veilleux dit qu'elle ne pardonnera jamais à son père de l'avoir privée de sa mère.

Photo : Radio-Canada

« Personne pour dire : ''Karine, comment tu vas aujourd'hui?'' »

Karine Veilleux et sa sœur ont été confiées à un couple sans enfants qui habitait dans la même rue. Elle ne se souvient pas d'avoir eu accès à d'autres services que ceux d'une travailleuse sociale qui les supervisait dans leur famille d'accueil.

C'est tout ce qu'on avait, notre travailleuse sociale, qui changeait souvent et qui ne prenait pas le temps d'écouter ce qu'on avait à dire. Je n'ai eu personne pour dire : ''Karine, comment tu vas aujourd'hui?''

En demeurant à quelques maisons du lieu du drame et tout près du cimetière où était enterré son père, la jeune femme attendait sa majorité pour partir et faire sa vie ailleurs.

J'essayais de vivre une vie normale, mais ça ne marchait pas là. Je sentais que personne ne me comprenait, parce que je ne pouvais en parler à personne.

Karine Veilleux
Karine Veilleux avec son conjoint et deux de ses enfants

Karine Veilleux, qui a perdu sa mère dans des conditions cruelles, tient beaucoup à sa famille.

Photo : Radio-Canada

Du réconfort dans l'écriture et les animaux

En 2012, Karine Veilleux brise le silence en publiant un livre, J'avais trois ans quand mon père a tué ma mère. Un récit sur son long parcours, sa solitude, ses relations amoureuses difficiles et le problème d'alcool qu'elle a eu à un certain moment.

À 42 ans, elle est maintenant en paix, mais ne pardonnera jamais à son père. S'il était encore là, je ne voudrais pas le voir. À cause de lui, je n'aurai jamais connu ma mère.

Moi, j'ai tout le temps parlé de mon histoire à mes enfants, parce que j'ai toujours vécu seule avec mes enfants, confie-t-elle. Maintenant, j'ai un conjoint depuis un an, mais mes enfants, c'est ma vie.

Karine Veilleux est la mère de trois beaux enfants qui ont pour grands-parents le couple qui l’avait accueillie, petite, en 1981. C'est sûr, dit-elle, que maintenant, ma famille d'accueil, mon père et ma mère, je suis très proche d'eux. Ils sont même parrain et marraine de mon fils.

Karine Veilleux vit à la campagne, tout en donnant des ateliers de coiffure. Je trouve qu'avec les animaux, eux, ils nous écoutent […] et c'est plus facile de se rapprocher de la vie.

Karine Veilleux nourrit son cheval.

Karine Veilleux aime s'entourer d'animaux.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

« Ça a détruit notre famille  »

Ce n'est pas quelque chose que je peux simplement oublier. Ça a détruit notre famille, ça affecte mon présent, ça affectera mon futur, témoigne Dania Nehme, 24 ans.

Le 5 juillet 2012, Dania Nehme a perdu sa mère, poignardée par son père dans la salle de bain, alors que les deux enfants de 12 et 16 ans étaient à la maison.

Dania Nehme

Dania Nehme veut donner un sens à sa vie après la perte cruelle de sa mère.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

C'est moi qui ai fait le 911 et je me suis enfuie de la maison. Je me rappelle que j'étais dans la rue et je criais à l'aide, une ambulance, des policiers qui sont venus par la suite.

Ils [les policiers] ont sorti mon frère et la première chose qu'il m'a dite : ‘‘Est-ce que maman est morte? Est-ce que papa a tué maman?''

Dania Nehme

La jeune femme a grandi sous le joug d'un père violent. Tous les jours, il m'intimidait, je n'avais jamais le droit de sortir de chez moi, jamais. Ma maison, c'était comme une prison. Si je sortais, c'était dans le jardin, je n'avais pas le droit de voir des amis à l'extérieur de l'école, c'était le contrôle absolu.

Le père de famille est emprisonné pour meurtre prémédité, mais moins de trois ans après sa condamnation, il fait appel de son verdict de culpabilité. Une procédure qui terrorise sa fille aînée.

Dania Nehme et sa mère, Catherine de Boucherville

Dania Nehme et sa mère, Catherine de Boucherville

Photo : Radio-Canada

Détresse

En ce moment, je vis une détresse psychologique, émotionnelle qui m'affecte carrément tous les jours. Je suis entrée aux HEC à 17 ans, mais malgré tous mes efforts, je les sens anéantis. Mon passé me rattrape continuellement, confesse Dania Nehme.

La nouvelle de l'appel interjeté par son père a replongé Dania dans son drame. Mon père est un homme extrêmement intelligent, doué, c'était un homme d'affaires qui parle quatre langues, il sait ce qu'il fait. Il sait exactement comment manipuler, contrôler, intimider, affirme la jeune femme.

On se sent seul, incompris, dépourvu, malgré que certaines ressources nous sont offertes. On a l'impression que personne ne comprend réellement la situation qu'on vit au quotidien.

Dania Nehme

Comme Karine Veilleux, Dania Nehme trouve du réconfort auprès des animaux. Sa zoothérapie, dit-elle.

Reconnaissante du soutien qu'elle a eu de certaines personnes, Dania tente de guérir en dessinant et en écrivant.

J'ai des projets aussi, comme créer des bandes dessinées qui parlent de mon parcours. J'aimerais m'adresser aux femmes et leur expliquer mon histoire, mais où est-ce que je commence?

Dania Nehme avec un chat et un chien.

Dania Nehme trouve du réconfort en compagnie des animaux.

Photo : Radio-Canada

Besoin d'aide pour vous ou un proche?

SOS Violence conjugale

1 800 363-9010

sosviolenceconjugale.ca (Nouvelle fenêtre)

Ligne québécoise de prévention du suicide

1 866 APPELLE

besoinaide.ca (Nouvelle fenêtre)

Réseau des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC)

1-866-532-2822

cavac.qc.ca (Nouvelle fenêtre)

Pour avoir accès à toutes les ressources disponibles au Québec, cliquez ici.

Notre dossier Ces femmes qu’on tue

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