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Le peintre Marc-Aurèle Fortin, un pionnier de la modernité

L'homme porte une casquette et regarde au loin.

Marc-Aurèle Fortin dans le documentaire « Sept peintres du Québec », de Graham McInnes, en 1944

Photo : Tiré du documentaire « Sept peintres du Québec »

Cecile Gladel

Il y a 50 ans, le 2 mars 1970, Marc-Aurèle Fortin mourait quelques jours avant ses 82 ans. S’il a connu le succès dès le début de sa carrière, le peintre est un peu tombé dans l’oubli avant d’être remis sur le devant de la scène par René Buisson, un mécène abitibien, dans les dernières années de sa vie.

Né le 14 mars 1888 à Sainte-Rose, à Laval, Marc-Aurèle Fortin a commencé à peindre dans les années 10 et il a été rapidement reconnu, dans les années 20. C’est un pionnier de la modernité dans la peinture au Québec. On peut l’associer à l’émergence postimpressionniste. Dans les années 30, c’est un peintre assez en vue. Une exposition n’attend pas l’autre. À partir des années 40, il peint, mais des artistes plus avant-gardistes prennent la place. Il se fait éclipser un peu, explique Sarah Mainguy, chargée de projet de recherche pour le catalogue raisonné de Marc-Aurèle Fortin.

Son travail est de répertorier toutes les œuvres de Marc-Aurèle Fortin et d’identifier les paysages. Je ne prends pas juste une photo. Il faut être sûr que ce soit la Gaspésie, Charlevoix ou Sainte-Rose représenté sur le tableau, ajoute Sarah Mainguy, dont le mémoire de maîtrise en histoire de l’art portait sur le peintre.

Un artiste maudit?

Dans un documentaire de Graham McInnes réalisé en 1944, Sept peintres du Québec, on décrit Marc-Aurèle Fortin comme un nomade perpétuel, sans résidence fixe ni atelier, qui voyage à bicyclette [...] et est en communion constante avec la nature.

L'homme est assis dans un fauteuil. Il a un chapeau sur la tête.

Marc-Aurèle Fortin dans le jardin de Jean-Paul Pépin, à Sainte-Dorothée, île de Laval, vers 1940

Photo : MBAM, Fonds Marc-Aurèle Fortin

Sarah Mainguy souligne que c’était tout un personnage, très particulier, un peintre bohème.

Il avait un personnage d’artiste un peu maudit, qui avait été délaissé, qui ne vivait de rien, pas reconnu, mais [ça ne représentait pas la réalité]. Il avait quand même eu du succès de son vivant.

Sarah Mainguy

Un peintre prolifique

C’est aussi un artiste qui a créé beaucoup d’œuvres. Si le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a plus d’une centaine de tableaux de l’artiste, ce n’est qu’une infime partie du nombre de toiles qu’il aurait peintes. Toutefois, beaucoup d’œuvres du peintre auraient été perdues, jetées, données ou mal entreposées.

Sarah Mainguy estime que Marc-Aurèle Fortin a fait de 5000 à 8000 œuvres. Il peignait vite. Il a fait beaucoup d’œuvres différentes, certaines sont plus modestes que d’autres, des peintures, de gros tableaux, beaucoup d’aquarelles. Il y a des œuvres majeures, des gravures, des pastels, de tous les styles, explique-t-elle.

Marc-Aurèle Fortin était aussi constamment à la recherche de nouvelles techniques. Il a également découvert la caséine, une gouache à base de poudre de lait.

La famille Buisson aide Fortin

Passionné d’art et de culture, ainsi que de l’œuvre du peintre, René Buisson a pratiquement consacré sa vie à Marc-Aurèle Fortin. Avec sa femme, Claire, qui était peintre, il collectionnait des d’œuvres d’art et appréciait beaucoup celles de Marc-Aurèle Fortin. Le couple a rencontré l’artiste en 1962, quand il habitait à Laval. Ma mère a même suivi quelques cours avec lui. Il faisait la peinture devant elle pour lui enseigner. Il était à demi aveugle et amputé. Il peignait de mémoire, explique leur fille Josée Buisson.

Le peintre est assis dans son fauteuil roulant et l'homme est debout à côté. Ils se regardent.

Marc-Aurèle Fortin et René Buisson, en Abitibi

Photo : Gracieuseté famille Buisson

René Buisson est aussi celui qui l’a emmené en 1967 à Macamic, en Abitibi, pour y finir sa vie alors que le peintre était malade. Il est arrivé en Abitibi de Laval, en voiture conduite par mon père, dans laquelle prenaient place ma sœur Sylvie et mon frère Jean, âgés de 11 et 12 ans, se rappelle Josée Buisson.

Cette dernière a rencontré quelquefois Marc-Aurèle Fortin, mais elle n’avait que 8 ans lorsqu’il est arrivé en Abitibi. Ses souvenirs à son sujet sont donc vagues. Elle a été très surprise de le voir en fauteuil roulant, amputé des deux jambes, le regard perdu, car c'était à ses yeux un colosse.

Il ne parlait pas beaucoup, mais quand il était question de sa peinture, il s’animait.

Josée Buisson

Marc-Aurèle Fortin et René Buisson tenaient régulièrement des conversations sur la peinture, chaque semaine. On n’y assistait pas, on attendait dehors pendant leurs rencontres. Mes souvenirs sont plutôt d’avoir écouté ses entretiens que mon père enregistrait et dactylographiait par la suite. Il nous parlait tous les jours de Marc-Aurèle Fortin, une passion pour lui. Les entretiens parlaient de la technique de sa peinture. Il n’aimait pas parler de lui et de ses émotions, se rappelle-t-elle.

Les deux personnes sont debout devant des tableaux.

René et Claire Buisson, dans le sous-sol de leur maison décoré d'œuvres

Photo : Gracieuseté famille Buisson

Ces entretiens enregistrés ont permis à René Buisson d’écrire un livre, Marc-Aurèle Fortin, un maître inconnu. Ils font maintenant partie des archives du peintre, acquises avec plus d’une centaine d’œuvres par le MBAM lors de l’incorporation du Musée Marc-Aurèle Fortin en 2007. Les œuvres de la famille Buisson ont aussi été données au MBAM.

La passion pour Fortin en héritage

Après la mort de Marc-Aurèle Fortin, René Buisson a été nommé exécuteur testamentaire. Avec l’aide de son ami Jean Lapointe, de Gabriel Lapointe et de Jacqueline Sabourin, il a mis sur pied une fondation, en 1974, puis un musée, en 1984.

Mon père s’est vraiment démené pour Fortin. Ma mère est décédée un an après l’arrivée de Marc-Aurèle Fortin en Abitibi. Il a sûrement vécu son deuil avec cette passion.

Josée Buisson
L'homme est assis par terre et peint une toile.

Marc-Aurèle Fortin à l’œuvre, photographié par sa sœur Blanche en 1934

Photo :  MBAM, Fonds Marc-Aurèle Fortin

Quand on était petites, on était entourées des œuvres de Fortin. Cette passion est un héritage familial. Maintenant qu’on a le temps, ma sœur et moi, on a le goût de se replonger là-dedans. On est chanceuses et on se rend compte que les actions de notre père étaient exceptionnelles, précise Josée Buisson.

Le but des sœurs Buisson est de continuer à en faire la promotion pour que le peintre soit aussi reconnu sur le plan international.

Si le Musée Marc-Aurèle Fortin n’existe donc plus depuis 2007, la Fondation créée par René Buisson est toujours active, avec Jacqueline Sabourin à la présidence, Vincent Taillefer comme secrétaire, ainsi que Josée et Sylvie Buisson comme administratrices.

Traditionnel et moderne

Marc-Aurèle Fortin est très associé aux arbres, en particulier les ormes, qui sont dans presque tous ses tableaux, mais il a aussi peint la ville, en particulier le quartier Hochelaga et le port de Montréal. La particularité de Fortin, c’est également la représentation de la ville avec des arbres devant. L’arbre est iconique pour lui, très présent. À l’avant-plan, il y a un arbre. Dans toutes ses représentations du port, il y a des arbres, explique Jacques Des Rochers, conservateur de l’art québécois et canadien (avant 1945) au MBAM.

Sarah Mainguy avoue que ses œuvres ont un pouvoir de fascination sur elle.

Il faut se mettre devant les grands arbres. Les couleurs et les tableaux, ça vibre. C’est le paysage du Québec et on en voit l’évolution, notamment de Hochelaga. Sa technique, la lumière et les couleurs étaient uniques.

Sarah Mainguy

Si Marc-Aurèle Fortin peignait des paysages québécois très traditionnels, sa technique ne l'était pas. C’est quelqu’un qui a été apprécié assez rapidement. C’est un paradoxe, car ses sujets sont pittoresques, mais sa touche est moderne. Dans les années 20 ou 30, ses sujets n’apportaient rien de nouveau à l’histoire de l’art canadien. Beaucoup d’artistes modernes se sont intéressés aux sujets ruraux, explique Jacques Des Rochers.

Un espace au MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal a un espace permanent consacré à Marc-Aurèle Fortin et possède plusieurs des œuvres les plus significatives du peintre. C’est inusité pour le musée. Seulement Borduas et Riopelle ont aussi un tel espace. L’acquisition du Musée Marc-Aurèle Fortin [à sa fermeture] a été le moteur de l’enrichissement de la collection, souligne le conservateur Jacques Des Rochers.

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