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Recteur un jour, recteur toujours?

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Bâtiments sous la neige.

L'Université Sainte-Anne à Pointe-de-l'Église, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Michael Gorman/CBC

Stéphanie Blanchet

Le conseil des gouverneurs de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église en Nouvelle-Écosse, ne limitera plus le nombre de mandats de ses recteurs. Certains au sein de l’université francophone craignent que cette décision nuise au renouvellement des idées, et que cela ne condamne l'institution à être dirigée par un recteur « nommé à vie ».

Le contrat du recteur Allister Surette se terminera à la fin du mois de juin 2021. Il aura alors complété deux mandats de cinq ans.

Depuis la réunion spéciale du conseil des gouverneurs de l’Université le 4 décembre, rien n’empêche que M. Surette ne soit reconduit dans ses fonctions pour un troisième mandat. Le conseil a adopté une modification au règlement 3.4.5. de la régie interne. Cela élimine la limite du nombre de mandats de cinq ans qu’un recteur peut compléter à la tête de l’institution.

Daniel Long assis à un bureau.

Daniel Long, président de l'Association des professeurs et bibliothécaires de l'Université Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

L’Association des professeurs et des bibliothécaires de l'Université Sainte-Anne (APPBUSA) s'en inquiète.

Un recteur à ce moment ici, peut rester, garder son poste à vie.

Daniel Long, président de l’APPBUSA.

Le problème surtout, c'est que dans une université, lorsqu'il y a un renouvellement de mandat, ça se fait par reconduction. Donc, il n'y a pas de concours. Il n'y a pas de façon de se comparer. Il n'y a pas de façon de se prononcer. Ce n'est pas du tout comme les élections au provincial ou au fédéral, où l'on présente de nouveaux candidats et ensuite la population se prononce, explique M. Long.

En novembre, l'Association des professeurs et bibliothécaires avait soumis des recommandations au conseil des gouverneurs. Elle demandait que le processus de nomination du prochain recteur soit plus démocratique, plus inclusif et plus transparent.

Il n’y a jamais eu de retour sur les propositions qui ont été faites. C'est la raison pour laquelle on a écrit une lettre ouverte pour protester contre la décision, qui est non collégiale, indique Daniel Long.

La réunion durant laquelle la règle a été modifiée s’est aussi tenue en l’absence des voix étudiantes, ce que regrette le président de l’Association générale des étudiants de l'Université Sainte-Anne (AGEUSA), Bailey Ross, qui siège normalement au conseil des gouverneurs.

Bailey Ross.

Bailey Ross, président de l'Association générale des étudiants de l'Université Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Ils ont choisi une date tellement proche de la semaine des examens, déplore Bailey Ross. Il n’y avait donc pas une voix d'étudiant au conseil.

M. Ross n’a rien contre Allister Surette, mais estime qu’après deux mandats de cinq ans, il est temps de se lancer à la recherche d’un nouveau recteur.

Je comprends pourquoi l'Université veut le garder, mentionne-t-il. Après un bout, il faut chercher quelqu'un d'autre avec d'autres idées pour améliorer le campus, dit-il cependant.

Joseph Cibalida parle et Bailey Ross écoute.

Joseph Cibalida et Bailey Ross, respectivement vice-président et président de l'Association générale des étudiants de l'Université Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Son collègue Joseph Cibalinda, vice-président de l’AGEUSA, abonde dans le même sens.

Allister Surette a accompli du bon travail. Maintenant, il doit laisser sa place à une autre personne pour nous aider à aller plus haut, dit M. Cibalinda.

Le comité de mise en nomination des recteurs ne compte par ailleurs aucun employé de soutien, comme les concierges, plombiers et responsables de l'entretien des résidences.

Lorraine Saulnier.

Lorraine Saulnier, secrétaire de la section locale 45 du syndicat NSGEU.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Lorraine Saulnier, de la section locale 45 du syndicat NSGEU, qui représente des salariés de la fonction publique en Nouvelle-Écosse, demande que ces travailleurs aient au moins une voix à la table.

Parce que c'est le recteur qui signe notre convention collective, et c'est lui qui a le mot final sur les choses qu'on demande, rappelle Mme Saulnier.

Le président du conseil des gouverneurs de l’Université Sainte-Anne, Martin Marcoux, explique que les membres ont modifié la règle interne afin de se donner l'option de reconduire au-delà de l’ancienne limite de deux mandats un recteur qui a accompli du bon travail.

Il dresse un bilan positif du rectorat d’Allister Surette et rappelle le nombre record d'inscriptions à l'Université Sainte-Anne. Si la meilleure personne en poste est éligible pour continuer son travail, plutôt que simplement éliminée du revers de la main, on pense que c'est une bonne chose pour l'institution, soutient Martin Marcoux.

Allister Surette.

Allister Surette est recteur de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l'Église en Nouvelle-Écosse, depuis 2011.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Il assure que l’objectif n’est pas de résister au changement ou au renouvellement des idées. Quand on réalise qu'on est peut-être en train de laisser partir la prochaine personne qui pourrait, peut-être, nous amener à la prochaine étape, juste parce qu'on a décidé que c'est comme ça, ça nous a amené à la table à dessin et à se poser des questions, dit-il.

L'exercice n'est vraiment pas de prolonger [un mandat] à vie, mais d'avoir la bonne personne.

Martin Marcoux, président du conseil des gouverneurs de l’Université Sainte-Anne

Le comité de mise en nomination du recteur dont le mandat doit débuter en 2021 entamera ses travaux le 11 mars prochain. Ce comité, formé de 10 voix, ne compte que deux professeurs et un seul étudiant, Joseph Cibalinda, qui se sent d'emblée vaincu.

Joseph Cibalida.

Joseph Cibalida, vice-président et président de l'Association générale des étudiants de l'Université Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet

Avec la nouvelle politique, moi je pense que ça ne sert plus à rien, regrette-t-il. Mais comme la réunion va se tenir, je vais y aller pour donner mon opinion. On veut du changement.

L'identité du prochain recteur sera annoncée en juin 2021.

Par l’entremise de la directrice des communications de l’Université Sainte-Anne, Rachelle LeBlanc, le recteur Allister Surette a fait savoir qu’il ne pouvait commenter la question, car il n’a pas participé à la prise de décision du conseil des gouverneurs.

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