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Fort d'une victoire convaincante en Caroline du Sud, Biden de retour dans la course

Joe Biden devant ses partisans, souriant

Le reportage de Raphaël Bouvier Auclair.

Photo : Getty Images / Scott Olson

Meurtri dans les premières joutes électorales démocrates, l'ancien vice-président Joe Biden misait sur la Caroline du Sud, qui compte une importante population afro-américaine, en guise de pare-feu. Avec près de la moitié des suffrages, samedi, il a de toute évidence gagné son pari.

À 19 h HNE, les bureaux de vote venaient à peine de fermer que des médias américains annonçaient déjà qu'il avait remporté la primaire de l'État, grâce aux sondages réalisés à la sortie des urnes.

Il a ultimement recueilli près de 50 % des voix, devant celui qui s'était imposé comme meneur de la course après avoir gagné les caucus du Nevada, le sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders, qui a dû se contenter de quelque 20 % des appuis.

Quatrième État à voter, la Caroline du Sud, qui compte près de 30 % d'Afro-Américains, octroie 54 délégués.

Populaire auprès d'une frange importante de cet électorat qui forme une base électorale solide de la formation, Joe Biden aura ainsi pu obtenir 36 délégués, et Bernie Sanders 11. Il en reste encore 7 à attribuer.

Il y a quelques jours, les médias et les commentateurs ont dit que cette campagne était morte, a lancé Joe Biden devant des partisans réunis à Columbia, en Caroline du Sud. Grâce à vous tous — le cœur du Parti démocrate — [...] nous sommes bien en vie [...]. Vous nous avez donné un élan pour que nous battions Donald Trump.

Si la victoire de l'ancien vice-président de Barack Obama était prévisible, sa performance a dépassé les attentes. Les plus récents sondages laissaient présager une avance de 15 % sur son plus proche rival, un pourcentage que Joe Biden a presque doublé.

Si les démocrates veulent un candidat qui soit un démocrate —un démocrate depuis toujours, un fier démocrate! — joignez-vous à nous, a-t-il lancé, visant sans les nommer Bernie Sanders, socialiste démocrate autoproclamé, mais aussi l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, un ancien républicain.

C'est le moment de choisir la voie à suivre pour notre parti. Remporter une victoire importante ou perdre : voilà le choix.

Une citation de :Joe Biden

La plupart des Américains ne veulent pas de la promesse d'une révolution. Ils veulent plus que des promesses. Ils veulent des résultats, a-t-il soutenu, ciblant clairement Bernie Sanders, qui promet une révolution politique.

Le pourcentage d'appuis recueillis par Joe Biden ainsi que la marge avec laquelle il a gagné sont les plus importants des caucus et des primaires qui se sont déroulés jusqu'ici.

Le soutien que lui a accordé il y a quelques jours l'élu afro-américain le plus haut placé de la Chambre des représentants, James Clyburn, qui représente un district de la Caroline du Sud, n'y est peut-être pas étranger.

Cette victoire sans équivoque de Joe Biden était sa toute première en trois courses à l'investiture démocrate. Il avait mis un terme à sa campagne de 1987 avant le premier scrutin de 1988, puis avait abandonné la course de 2008 dans la foulée d'une défaite retentissante lors du premier vote en Iowa, avant de devenir le colistier de Barack Obama.

Les yeux se tournent vers le super mardi

Bernie Sanders serre la main de militants dans une foule.

Le candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders dans un rassemblement de militants.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Depuis Virginia Beach, en Virginie, l'un des États qui voteront lors du super mardi, dans trois jours à peine, Bernie Sanders a pour sa part minimisé sa défaite. Nous avons remporté le New Hampshire. Nous avons remporté les caucus du Nevada. [...] Nous n'avons pas gagné en Caroline du Sud ce soir, et ce ne sera pas la seule défaite, a-t-il déclaré avant de féliciter Joe Biden.

Il y a de nombreux États dans ce pays, personne ne peut les remporter tous.

Une citation de :Bernie Sanders

Joe Biden, qui avait chuté dans les sondages et qui dispose de ressources financières moins grandes que plusieurs de ses adversaires, espérait que la Caroline du Sud lui permettrait de changer la dynamique de la course, à trois jours du super mardi.

Cumulant désormais au moins 48 délégués, il a réussi à se hisser au deuxième rang au chapitre des délégués octroyés depuis le début de la saison électorale, derrière Bernie Sanders, qui mène toujours le bal avec 56 délégués.

Les résultats en Caroline du Sud ne font pas de Joe Biden le favori, mais il est désormais le candidat modéré avec le plus de délégués, un développement qui pourrait exercer une pression sur ses rivaux qui trouvent Bernie Sanders trop à gauche afin qu'ils jettent l'éponge.

Les candidats centristes allèguent tous qu'une victoire de Bernie Sanders ferait peur à l'électorat et risque non seulement de coûter aux démocrates la Maison-Blanche, mais aussi la Chambre des représentants en plus de nuire à leur reconquête du Sénat.

Le sénateur Sanders a jusqu'ici profité de la division du vote des candidats plus centristes, comme Joe Biden, l'ex-maire de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg, et la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar. Contrairement à Joe Biden, les deux derniers ne séduisent pas l'électorat hispanique ou afro-américain.

La situation est d'autant plus problématique pour les candidats modérés qu'ils devront de plus, sous peu, concourir contre un autre candidat, l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, qui fera son entrée en piste lors du super mardi, la semaine prochaine.

Le super mardi est la journée du calendrier où il y a le plus grand nombre d’États et de territoires — environ une quinzaine — qui votent à la même date. Près de 35 % des délégués de la course seront ainsi attribués dans des États comme la Caroline du Nord, le Massachusetts et la Virginie. À eux seuls, la Californie et le Texas fournissent près de 650 délégués.

Entré tardivement dans la course, le multimilliardaire, qui a investi près de 540 millions en publicités, essentiellement dans les États du super mardi, espérait profiter de la déconfiture de Joe Biden, longtemps le favori.

M. Bloomberg a rapidement grimpé dans les sondages, mais il faudra voir comment la primaire de dimanche change la donne.

Le scrutin de samedi rend plus plausible encore la perspective d’une course sans vainqueur à l’issue des caucus et des primaires, ce qui entraînerait une convention dite contestée, c'est-à-dire que l'issue de la course à l'investiture se scellerait lors d'un deuxième tour.

Selon le modèle prévisionniste du site de journalisme de données FiveThirtyEight, qui est établi à partir de simulations découlant notamment de sondages, la perspective d’une course sans vainqueur à l’issue des caucus et des primaires est pour l'instant la perspective la plus envisageable. Ce scénario, sur lequel misent plusieurs candidats, Bernie Sanders excepté, est pour l'instant le plus probable. Il aurait 60 % de chances de se produire.

Un candidat en moins

Tom Steyer devant un drapeau américain.

Le candidat à l'investiture Tom Steyer a annoncé à ses partisans qu'il suspendait sa campagne.

Photo : Reuters / Mark Makela

Le philanthrope milliardaire Tom Steyer, qui a dû se contenter d'une troisième place après avoir investi plus de 22,5 millions de dollars en publicités en Caroline du Sud selon CNN — soit 4,5 fois plus que ses rivaux réunis — a par ailleurs annoncé qu'il mettait un terme à sa campagne.

Ému, il a promis, selon le New York Times, de continuer à défendre les causes qui lui sont chères, comme l'environnement et la lutte contre les injustices économiques. Il n'a pas donné son appui à un candidat, mais a indiqué qu'il soutiendrait celui qui serait choisi.

Il a terminé au troisième rang de la primaire de la Caroline du Sud, avec quelque 11 % des voix.

Il reste donc 7 candidats dans la course à l'investiture démocrate : aux candidats déjà nommés s'ajoutent la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren et la représentante d'Hawaï Tulsi Gabbard.

Les résultats des caucus de l'Iowa ont par ailleurs été certifiés dimanche, à l'issue d'un nouveau dépouillement, près de quatre semaines après le scrutin. Pete Buttigieg obtient ainsi 14 délégués, Bernie Sanders 12, Elizabeth Warren 8, Joe Biden 6 et Amy Klobuchar 1. Bernie Sanders avait cependant obtenu davantage de votes.

Le chaos n'a pas eu lieu

Les instances locales républicaines ont décidé de ne pas tenir de primaires, mais certains de leurs électeurs entendaient se présenter aux urnes dans l'espoir de perturber les résultats chez les démocrates.

En Caroline du Sud, les règles permettent aux électeurs de voter à la primaire d'un parti, indépendamment de leur affiliation politique.

La stratégie, surnommée Opération chaos, visait à voter pour le candidat démocrate semblant à leurs yeux le plus favoriser la réélection du président Trump : Bernie Sanders.

Lors d'un rassemblement à North Charleston, en Caroline du Sud, la veille, Donald Trump a lui-même semblé encourager ses partisans à profiter de cette primaire dite ouverte.

Visiblement, ce scénario ne s'est pas concrétisé.

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