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Les peurs du coronavirus

Aucun coin de la planète ne semble dorénavant hors de portée du COVID-19. S’il n’est pas déjà dans votre pays, ce n’est qu’une question de temps, avertissent les spécialistes. La peur de ce nouveau coronavirus, elle aussi, s’installe rapidement un peu partout.

Des touristes se baladent.

Des touristes portant un masque de protection se promènent à Paris.

Photo : Getty Images / Stephane de Sakutin

Je n’écris pas ces lignes à mon bureau habituel. Depuis mon retour de Milan, je suis placé en isolement préventif, un peu comme si je n’allais pas au premier anniversaire de la fille de mon meilleur ami... par pure précaution, simplement parce qu’il est possible que je sois grippé. Même chose pour le caméraman qui m’accompagnait.

C’est une mesure volontaire, recommandée par la France pour restreindre la circulation du coronavirus. Une mesure pour rassurer les collègues de travail et ceux qui fréquentent l’école de nos enfants.

Nous pouvons sortir dans les rues de Paris. Avec un masque de protection sur le visage. Nous surveillons notre température. Nous nous lavons très souvent les mains. Nous n’avons aucun symptôme associé au COVID-19.

Une vigilance qui doit durer 14 jours. Deux semaines où chaque petit signal anormal de mon corps éveille une crainte : et si je l’avais?

Et si, malgré les précautions prises en Italie, j’avais été contaminé par ce nouveau virus? Et si, malgré les précautions prises à mon retour, je l’avais transmis à quelqu’un?

Un micro est couvert d'un masque sanitaire devant un ordinateur portable.

Notre correspondant en Europe, Yanik Dumont Baron, est en isolement préventif pour le coronavirus après un séjour à Milan, en Italie.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Une crainte qui se répand vite et partout

Je suis loin d’être le seul à me demander « et si? » ... Le quartier chinois de Milan est relativement déserté ces jours-ci, même si aucune trace du coronavirus n'y a été retrouvée.

À Paris, une femme d’origine vietnamienne me parlait de ces regards furtifs qu’elle aperçoit, de ces gens qui se détournent sur son passage.

Dans plusieurs villes européennes, les masques protecteurs sont difficiles à trouver, même s’ils ne sont pas vraiment recommandés pour se prémunir contre une contamination.

Sans compter Internet, qui se transforme parfois en fantastique machine à rumeurs et à désinformation. Non, Santé Canada n’a jamais recommandé de boire de l’eau chaude pour se protéger du virus.

Un texte barré d'une croix

Publication relayant une fausse nouvelle sur le coronavirus.

Photo :  Capture d’écran - Facebook

Des craintes compréhensibles, aux yeux de Marie-Paule Kieny, l’une des responsables de l’Institut français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : C’est normal que les gens aient peur, mais il ne faut surtout pas paniquer!

Paniquer, aussi, parce que le nombre de personnes infectées est sans cesse mis à jour (et à la hausse), souvent sans tenir compte du nombre de patients guéris.

La mortalité de ce virus est réelle, nuance cette spécialiste de la recherche sur les maladies émergentes. Mais on n’est pas en train de parler d’une épidémie d’Ebola qui tout d’un coup déboulerait dans nos pays.

Les politiciens alimentent parfois la peur. Comme ceux qui, en Europe, réclament de fermer les frontières. La mesure peut être utile, rappellent les experts, mais dans un stade bien plus avancé de la propagation du virus.

Il y a aussi le cas de certains régimes, comme l’Iran, où les autorités semblent masquer la véritable ampleur du problème. Rien pour rassurer les citoyens de ces pays. Ni ceux qui fréquentent ses ressortissants.

Une crainte qui devient une crise économique

Ces sentiments d’inquiétudes sont aussi visibles dans le monde financier. Toute la semaine, les différentes places boursières de la planète n’ont cessé de perdre en valeur.

Des milliers de milliards de capitalisation disparus en quelques jours. Une semaine noire qui rappelle la crise financière de 2008.

Ces craintes semblent moins liées à la dangerosité du virus qu’aux conséquences des mesures nécessaires pour freiner sa propagation.

L’expérience chinoise le démontre : c’est en isolant rapidement les cas suspects que la course du nouveau coronavirus est freinée.

Cela signifie mettre des villages italiens entiers en quarantaine, fermer des grandes attractions, reporter des matchs et restreindre les heures d’ouverture des cafés et des restaurants.

Rajoutez à cela la prudence des employeurs, qui reportent les voyages à l’étranger, celle des organisateurs qui annulent des conférences internationales. Même les Jeux olympiques de Tokyo pourraient être annulés.

Les entreprises s’inquiètent pour l’arrivée de certaines pièces fabriquées en Chine ou en Italie, le monde du tourisme est angoissé devant les listes d’annulations qui s’allongent.

Ce sont ces craintes de récession mondiale qui bousculent les marchés. Des craintes alimentées par la fragilité de plusieurs économies, par le poids de la Chine dans les échanges internationaux.

Une situation qui évolue très vite

La confirmation du besoin de m’isoler s’est accompagnée d’un sentiment de frustration et d’impuissance. Si j’habitais Londres plutôt que Paris, je ne serais pas ainsi isolé de ma famille et de mes collègues durant deux semaines.

Des directives britanniques (Nouvelle fenêtre) font une distinction entre Milan (où j’étais) et les villages mis en quarantaine (où je ne suis pas allé). La France ne voit pas les choses ainsi.

Et c’est encore différent au Salvador : l’isolement est de 30 jours pour les citoyens qui rentrent d’Italie. Les Italiens, comme les Chinois, eux, sont temporairement interdits de séjour dans le pays.

C’est une situation extrêmement évolutive souligne Marie-Paule Kieny, de l’Inserm. Les spécialistes affinent chaque jour leurs connaissances. Leurs avis aux décideurs changent également.

La vérité, c’est que personne ne sait ce que nous réserve vraiment le COVID-19. Les craintes sont donc justifiées.

Pour éviter de paniquer, je n’ai qu’une humble recommandation : informez-vous. Faites-le correctement, auprès de sources crédibles.

Une récente étude (Nouvelle fenêtre) démontrait un lien entre la qualité de l’information reçue sur le coronavirus et la confiance des Français envers les autorités médicales en première ligne dans cette bataille.

Devant l’incertitude, il peut être utile (et rassurant) de suivre les conseils des spécialistes. Ils recommandent d’adopter des « gestes-barrière » pour se protéger.

En France, ces nouvelles habitudes bousculent les conventions. Il n’est plus recommandé de serrer la main de ses interlocuteurs ni de faire la bise à ses amis.

Ces suggestions peuvent laisser plusieurs Français perplexes… mais il est rassurant de se dire que ce n’est que temporaire.

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