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Accord historique entre les États-Unis et les talibans après 18 ans de guerre

Le récit d’Eva Lecouteur-Bédard

Photo : Getty Images / Giuseppe Cacace

Agence France-Presse

Les États-Unis et les talibans ont signé un accord historique à Doha, qui ouvre la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre et à des négociations de paix inédites interafghanes.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo est arrivé dans la journée à Doha pour assister à la signature de l'accord après des mois de négociations menées avec l'intermédiaire du Qatar.

Le texte – signé par le négociateur de Washington, Zalmay Khalilzad, et le chef politique des talibans, Abdul Ghani Baradar – n'est pas un accord de paix à proprement parler, mais il permettra d'amorcer une sortie des États-Unis de la plus longue guerre de leur histoire.

Samedi, le président Donald Trump a déclaré en conférence de presse qu'il allait rencontrer personnellement les leaders talibans dans un proche avenir. Nous avons fait du bon travail en Afghanistan, maintenant, ce sera aux talibans de faire ce travail avec l’appui de pays voisins, a indiqué le président.

Nous espérons vraiment qu’ils [les talibans] vont faire ce qu’ils s’engagent à faire, a ajouté M. Trump.

S’ils ne tiennent pas parole, nous allons revenir et avec une force inimaginable. J’espère que ce ne sera pas nécessaire.

Donald Trump, président des États-Unis

Vendredi, le président Donald Trump a exhorté les Afghans à « saisir la chance de la paix ». Si les talibans et le gouvernement afghan parviennent à respecter leurs engagements, nous aurons une voie toute tracée pour mettre fin à la guerre et ramener nos soldats à la maison.

Les autorités afghanes, elles-mêmes aux prises avec les divisions nées d'une élection présidentielle contestée, ont jusqu'ici été tenues à l'écart de ces pourparlers directs sans précédent entre talibans et Américains.

Nous sommes à l'orée d'une opportunité historique pour la paix, avait dit Mike Pompeo. Le chef des talibans Sirajuddin Haqqani avait affirmé dans le New York Times que tout le monde était fatigué de la guerre.

Puisque l'accord est signé aujourd'hui, et que notre peuple est heureux et le célèbre, nous avons arrêté toutes nos opérations militaires dans tout le pays, a déclaré à l'AFP, samedi à Kaboul Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans.

Il y a tellement de spéculations sur le contenu de l'accord, dit Andrew Watkins, de l'organisation de prévention des conflits International Crisis Group. On connaît les grandes lignes, mais on ne sait même pas avec certitude si tous les termes de l'accord seront rendus publics.

Les termes du pacte

Ces contours sont connus depuis septembre, lorsque sa signature, imminente, a été brusquement annulée par Donald Trump qui avait invoqué la mort d'un soldat américain dans un énième attentat à Kaboul.

Cette fois, les belligérants se sont entendus sur une période d'une semaine de « réduction de la violence », globalement respectée sur le terrain par les talibans, et qui prend fin ce samedi.

Sauf incident de dernière minute, les négociateurs américains, menés par Zalmay Khalilzad, pourront signer ce pacte que M. Trump brandira pour clamer, en campagne pour sa réélection dans huit mois, qu'il a tenu une de ses promesses phares : mettre fin à la plus longue guerre des États-Unis.

Entente entre Washington et les talibans

Le marché conclu entre les ennemis est le suivant : les quelque 13 000 militaires américains vont commencer à se retirer d'Afghanistan, une revendication-clé des talibans; en contrepartie, ces derniers s'engageront à bannir tout acte de terrorisme depuis les territoires qu'ils contrôlent et à entamer de véritables négociations de paix avec le gouvernement de Kaboul avec lequel ils refusaient jusqu'ici de parler.

Malgré les critiques de certains observateurs pour qui elle concède trop pour trop peu, l'administration Trump assure que les garanties fournies par les insurgés répondent à la raison première de l'intervention américaine lancée en représailles aux attentats du 11 septembre 2001 ourdis par Al-Qaïda depuis l'Afghanistan alors dirigée par les talibans.

Les États-Unis et leurs alliés retireront l'ensemble de leurs troupes d'Afghanistan sous 14 mois si les talibans respectent leurs engagements dans le cadre de l'accord qui doit être signé selon une déclaration commune des gouvernements américain et afghan.

Dans un premier temps, le nombre de soldats devrait descendre à 8 600 sous 135 jours après la signature de l'accord, même si le calendrier et l'ampleur des retraits ultérieurs demeurent plus vagues.

Si les talibans ne respectent pas leurs engagements, ils perdront leur chance de s'asseoir avec les autres Afghans et délibérer de l'avenir de leur pays, a lancé le chef du Pentagone depuis Kaboul. Les États-Unis n'hésiteraient pas à annuler l'accord, a-t-il ajouté.

Deux hommes

Le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères qatari, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani, et le secrétaire d'État américain Mike Pompeo se sont rencontrés en marge de la cérémonie de signature de la paix entre les États-Unis et les talibans d'Afghanistan à Doha, au Qatar, le 29 février 2020.

Photo : Reuters / Pool New

Étape préliminaire

Quelque 30 pays devraient être représentés samedi à Doha, mais pas le gouvernement afghan. Ce dernier a toutefois dépêché une petite délégation pour une « première prise de contact » avec les talibans.

Parallèlement, selon des médias afghans, les États-Unis organiseront une cérémonie avec le gouvernement afghan à Kaboul, dans l'après-midi.

Après ces cérémonies, des négociations interafghanes devraient commencer relativement rapidement, dans une ville à déterminer. Oslo a été évoquée par le passé.

Aujourd'hui, ce n'est qu'une étape préliminaire pour le début de ce processus, ce n'est pas encore un motif de célébration pour le gouvernement et ses alliés, estime Andrew Watkins.

Les talibans ont été chassés du pouvoir en Afghanistan par une coalition internationale menée par les États-Unis après les attentats de 2001. Ils ont ensuite mené une guérilla incessante.

Entre 32 000 et 60 000 civils afghans, et plus de 1900 militaires américains, ont été tués dans ce conflit, selon l'ONU.

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