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Le refuge d'urgence de Moncton pourrait facturer jusqu'à 300 $ par mois aux sans-abris

Le nouveau refuge de la Maison Nazareth, à Moncton au Nouveau-Brunswick, en janvier 2020.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un plan visant à faire payer jusqu'à 300 dollars par mois les personnes qui séjournent au refuge d'urgence de la Maison Nazareth suscite la colère à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Le directeur de l'établissement, Jean Dubé, indique que l'implication des personnes a toujours fait partie du plan d'affaires de l'organisme, et que la décision a été prise dans un effort pour « garder les portes ouvertes et fournir les services dont ces personnes ont besoin ».

M. Dubé a précisé samedi que les personnes qui n'ont aucun revenu n'auront pas à payer.

Attention, a-t-il dit, ce n'est pas 300 $ pour tout le monde. C'est 300 $ pour les gens qui peuvent le payer. Pas les gens qui sont sur l'aide sociale. Les gens qui ont des emplois, les gens qui ont des pensions, qui font au-dessus - probablement - de 1000 $ par mois, qui viennent ici, se font héberger, manger, la buanderie, la sécurité et tout... On leur demande, bien sûr, de payer pour des frais.

Jean Dubé.

Jean Dubé, le directeur général de la Maison Nazareth, le 29 février 2020.

Photo : Radio-Canada

Il explique que lorsque les personnes hébergées à la Maison Nazareth fournissent l’adresse du refuge au ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick, ils reçoivent une somme de 144 $ pour l’hébergement. C’est la portion que nous allons chercher, le 144 $, dit-il.

Les gens qui ne sont pas capables de payer, qui n’ont pas de revenu, ne paieront pas. Ils vont pouvoir rester ici sans frais. Aussi longtemps qu’ils n’ont pas de revenu, ils ne paieront pas.

Jean Dubé, directeur général, Maison Nazareth

La situation financière de chaque personne sera examinée au cas par cas, indique le directeur général.

Nous voulons être en mesure de fournir les services appropriés, c'est-à-dire, vous savez, le logement, la nourriture, la lessive, les vêtements, les douches et tout le reste, cela a un coût, mentionne-t-il. Nous voulons être justes avec tout le monde, mais nous voulons pouvoir survivre en tant qu'organisation.

Pour tout faire ce beau travail-là, ça prend des sous. À quelque part, les gens qui en profitent, va falloir qu'ils se responsabilisent aussi, dit M. Dubé. Sans les mettre sur le chemin, c'est de trouver l'équilibre.

On aimerait bien mieux ne pas charger. Les gouvernements en donnent une certaine portion, il faut aller chercher l'autre portion ailleurs. Si les gens reçoivent des argents, [qu’]ils peuvent donner un petit montant pour ce qu'ils reçoivent, je pense que c'est important, dit M. Dubé.

Une nouvelle mal reçue

Steven Roberts, qui vit au refuge avec sa petite amie, a été choqué d'apprendre jeudi qu'il devrait payer 300 $ le jour suivant l’arrivée de son chèque d'aide sociale. « Vous auriez dû au moins nous prévenir, au lieu de nous frapper avec une bombe », dit-il.

Trevor Goodwin en entrevue à l'extérieur le 25 septembre 2019.

Trevor Goodwin, directeur des services d'aide communautaire du YMCA de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hughes

Nous avons des gens qui luttent contre la santé mentale, la toxicomanie, le sans-abrisme, les traumatismes et ils accèdent au refuge parce qu'ils en ont besoin.

Trevor Goodwin, ReConnect YMCA

Steven Roberts a accepté de défrayer les coûts pour habiter à la Maison Nazareth, mais il s'attend « à plus pour 300 $ par mois. »

« Si nous devons payer un loyer, nous devrions pouvoir avoir un peu plus d'autorité, nous devrions pouvoir aller dans nos lits quand nous le voulons, nous devrions pouvoir faire ce que nous voulons à l'étage, mais nous ne pouvons pas faire cela. »

Il soutient que les règles du refuge sont strictes et exigent que les gens se lèvent à 7 heures du matin et que personne n'est autorisé à retourner dans sa chambre avant 20 heures.

Steven Roberts.

Steven Roberts a été choqué d'apprendre jeudi qu'il devrait payer 300 dollars le jour suivant l’arrivée de son chèque d'aide sociale.

Photo :  CBC

M. Roberts, sa petite amie et son cousin espèrent mettre leur argent en commun pour voir s'ils peuvent trouver un endroit à louer par eux-mêmes.

Ce n'est pas une tâche facile, selon Trevor Goodwin du programme ReConnect du YMCA de Moncton.

« Un appartement avec une seule chambre à coucher dans le pire quartier de la ville coûte actuellement 850 $ par mois, plus une somme de 850 $ par mois en cas de dommages », explique-t-il. « La raison pour laquelle nous avons des refuges pour sans-abris en ville est que nous n'avons pas de logements abordables. »

Trevor Goodwin dit que lorsqu'il a entendu parler du projet de faire payer aux gens 300 $ par mois pour séjourner dans le refuge, il a « pensé que c'était une blague ».

Un itinérant est assis au milieu d'un campement qui a été démoli près d'une voie ferrée à Moncton.

Un itinérant est assis au milieu d'un campement qui a été démoli près d'une voie ferrée à Moncton.

Photo : Radio-Canada

« Je n'ai pas l'impression que ce soit propice à l'aide aux personnes en situation précaire. Nous avons des gens qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, de dépendance, de sans-abrisme, de traumatisme et ils accèdent au refuge parce qu'ils en ont besoin. »

M. Goodwin estime que la nouvelle politique entravera la capacité des gens à aller de l'avant dans leur vie.

« Maintenant, c'est moins d'argent qu'ils doivent mettre de côté pour économiser pour les dépôts de dommages, pour les frais de déménagement, pour l'achat d'articles médicaux [...] ou tout ce dont ils ont besoin pour être prêts à se loger et à quitter le système des refuges ».

Trevor Goodwin ajoute que faire payer pour un abri d'urgence enverra certaines personnes dans les rues et dans des tentes, un problème que la ville essaie déjà de contrer.

« Où ira l’argent »

Charles Burrell, fondateur de l’organisme Humanity Project à Moncton, a géré un abri d'urgence pendant l'hiver 2018-2019.

Le président de l'organisme Humanity Project, Charles Burrell, a bon espoir de voir son projet de maison pour sans-abris se concrétiser.

Le président de l'organisme Humanity Project, Charles Burrell

Photo : Radio-Canada / Jean-François Desaulniers

Dans une publication Facebook vendredi, il s'est demandé où ira l'argent collecté par la Maison Nazareth.

« L'hiver dernier, nous avons accueilli beaucoup de personnes qui ont reçu de l'aide et devinez quoi - avec un peu d'aide, elles ont pu trouver un endroit où vivre parce que c'est comme ça que ça marche et personne ne veut vivre dans un refuge. Personne ! », peut-on lire dans cette publication.

Mais le directeur de l'établissement, Jean Dubé, estime qu'après les récents incendies de l'ancien refuge sur la rue Clark et les dépassements de coûts du nouveau refuge de la rue Albert, il fallait plus d'argent pour garder les portes ouvertes.

Un incendie s'est déclaré à l'ancien refuge de la Maison Nazareth.

Un incendie s'est déclaré à l'ancien refuge de la Maison Nazareth.

Photo : Radio-Canada / Sophie Désautels

« Il y a un choix à faire. Il faut fermer les portes pour tous les habitants de la rue ou laisser l'endroit fonctionner. C'est aussi simple que cela, il y a un coût pour faire fonctionner ces lieux et il y a un coût pour les garder en sécurité », indique-t-il.

Il soutient que la sécurité était un problème, avec des armes de poing retrouvées à l’intérieur. Il y a également eu des plaintes de voisins concernant des personnes qui consomment de la drogue à l'extérieur.

Il a répondu que « si ceux qui critiquent pensent qu'ils peuvent faire un meilleur travail, ils peuvent venir et diriger le refuge. »

D'après les reportages de Vanessa Blanch (CBC) et Rose St-Pierre

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