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Le Centre d'art inuit de Winnipeg, un pas vers la réconciliation

Centre d'art inuit de Winnipeg, inauguration prévue à l'automne 2020

Centre d'art inuit de Winnipeg

Photo : Crédits: Musée des beaux-arts de Winnipeg

La construction du Centre d'art inuit va bon train et il est porteur d’espoir en cette période d’agitation dans les communautés autochtones. Le projet est réalisé dans un esprit de réconciliation et de décolonisation des institutions. 

Le Centre d'art inuit est un agrandissement du Musée des Beaux Arts de Winnipeg, mais au point de vue architectural, un monde sépare les deux bâtiments, même si chacun à sa manière évoque la silhouette d'un iceberg. 

L'édifice inauguré en 1971 affirme ses lignes droites et ses angles saillants, tandis que la nouvelle construction se distingue avec ses courbes et ses ondulations.

L’agente d'engagement au Musée des Beaux-Arts, Amber O'Reilly, a guidé Radio-Canada lors de la visite du chantier. Elle précise que l’architecte américain, Michael Maltzan, s'est inspiré de la lumière, des paysages et des gens du nord pour la conception du bâtiment.

Le Musée recueille des œuvres d'art inuit depuis les années 1950. Au fil du temps, 13000 pièces se sont accumulées, mais la place manque et la grande majorité de la collection demeure dans les réserves. 

Amber O'Reilly explique que l'un des attraits principaux du centre d'art inuit sera justement un coffre-fort en verre contenant plus de 7500 sculptures qui seront visibles en tout temps, même depuis la rue.  

En ce moment, on peut exposer la pointe de l'iceberg, alors que dans le nouveau Centre d'art inuit on pourra exposer jusqu'à la moitié de la collection.

Amber O'Reilly, agente d'engagement au Musée des Beaux-Arts de Winnipeg
Plan du coffre-fort en verre du centre d'art inuit de Winnipeg

Plan du coffre-fort en verre

Photo : Crédits: Musée des beaux-arts de Winnipeg

Un lieu créé par les Inuit pour les Inuit

Sculpture, textiles, dessins, peinture, le futur centre fera la part belle aux arts traditionnels, mais pas seulement. Les artistes de la nouvelle génération qui œuvrent dans les médias numériques vont y trouver un lieu privilégié pour présenter leurs créations. 

Un amphithéâtre d’une centaine de places pourra accueillir des projections de films et documentaires, des prestations artistiques en direct, des concerts et des conférences. 

Les Inuit pourront se regrouper, étudier, ce sera un endroit pour la formation, pour le développement de stagiaires et d'étudiants.

Amber O'Reilly, agente d'engagement au Musée des Beaux-Arts de Winnipeg

Le Centre d'art inuit a aussi pour ambition de devenir un point de contact entre les artistes et leur public alors qu'à l'heure actuelle les contacts sont limités, voire inexistants.

Amber O'Reilly, Musée des Beaux-Arts de Winnipeg

Amber O'Reilly, agente d'engagement au Musée des Beaux-Arts de Winnipeg

Photo : Vincent Rességuier

Décoloniser les institutions

La principale révolution du projet se trouve peut-être dans les coulisses, avec l'objectif de donner un exemple de décolonisation des institutions, à l’heure où la réconciliation est présentée comme un projet politique national.

Tout au long du processus, différentes communautés et organismes du Nord ont collaboré avec l'équipe de conception qui compte de nombreux Inuit.

La commissaire principale, Heather Igloliorte, est titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en histoire de l’art et en engagement communautaire autochtones. Cette sommité dans le domaine de l’art autochtone est la fille de James Igloliorte, premier juge inuk de la Cour provinciale de Terre-Neuve-et-Labrador. 

Je pense que le Centre est un projet qui va faire école. Nous avons vraiment hâte de partager l'art inuit et notre point de vue sur l'art inuit en tant qu'Inuit.

Heather Igloliorte, commissaire principale, Centre d’art inuit de Winnipeg

Heather Igloliorte collabore avec trois conservatrices inuit et, à elles quatre, elles représentent toutes les régions de l'Arctique canadien. Très impliquée dans la mission qui lui a été confiée, elle s'enthousiasme à l’idée de créer un concept complètement nouveau et innovant.

Heather Igloliorte, titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en histoire de l’art et en engagement communautaire autochtones

Heather Igloliorte. commissaire principale, Centre d'art inuit de Winnipeg

Photo : Crédits: Musée des beaux-arts de Winnipeg

Pour chaque étape du projet, elle s’efforce d’impliquer des Inuit dans l’administration et la conception du centre culturel. Elle souhaite que les Inuit soient impliqués en tant qu'artistes, comme ils le font régulièrement, mais aussi, par exemple, en tant que conservateurs ou concepteurs d’expositions.

En cette période de tensions, Heather Igloliorte pense que toutes les occasions sont bonnes pour rapprocher les différentes communautés. Elle confie avoir des attentes très limitées vis-à-vis du gouvernement fédéral dans sa capacité à encourager les étapes de la réconciliation, mais elle soutient que les musées ont un rôle capital à jouer, car leur mission est de représenter les peuples, les cultures et les pratiques artistiques

Je crois que nous pouvons nous réconcilier d'individu à individu et de culture à culture. 

Heather Igloliorte, commissaire principale, Centre d’art inuit de Winnipeg

Tirer un trait sur le passé

L'anthropologue Yves Labrèche voit le Centre d’art inuit comme un outil qui pourrait permettre de tirer un trait sur un passé douloureux. Professeur à l'Université Saint-Boniface, il a mené plusieurs recherches au Nunavik qui l’ont amené à s'intéresser à l’art autochtone. 

Il rappelle que les formes traditionnelles d’art inuit ont pris racine il y a des centaines d’années, mais qu’une révolution s’est opérée à partir de 1939, date à laquelle les Inuit ont été considérés comme un peuple autochtone.

Cette modification de statut a entraîné une transformation du mode de vie dans le nord, notamment avec un mouvement de sédentarisation. Des hommes d’affaires, parfois peu scrupuleux, ont alors stimulé la fabrication d'œuvres d’art pour les revendre dans le sud. 

Le commerce d'art s'est ainsi développé dans les années 1950, mais pendant longtemps les artistes ont eu de grandes difficultés à tirer profit de leurs créations.

Yves Labrèche, anthropologue

Yves Labrèche, anthropologue, professeur à l'université de Saint-Boniface

Photo : Vincent Rességuier

Yves Labrèche explique que la Compagnie de la Baie d'Hudson, principal dépositaire et négociant des œuvres d'art, s’est approprié une grande part du gâteau avec les autres intermédiaires qui participaient à la chaîne.

L’anthropologue raconte que ces pratiques ont été atténuées par la mise sur pied des premières coopératives inuit dans les années 1960, qui reflétaient la volonté de la communauté de prendre en charge la commercialisation des œuvres. 

Selon lui, le rôle fondamental joué par les descendants de ces artistes dans ce projet à Winnipeg est un geste dans la bonne direction pour s'affranchir du passé.

Heather Igloliorte et Amber O’Reilly regardent aussi vers l'avenir et elles considèrent que la prochaine étape va être de faciliter le retour des collections dans le Grand Nord, en créant par exemple des lieux d'exposition. En attendant, le Centre d’art inuit doit ouvrir ses portes l'automne prochain. 

Sculpture inuit

Sculpture inuit de la collection du Musée des beaux-arts de Winnipeg

Photo : Vincent Rességuier

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