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Des documents révèlent plus de détails sur le projet d'usine d'asphalte de Sintra

Plan de l'usine d'asphalte dans la carrière du chemin de Lausanne, inclus dans la demande d'autorisation de Sintra au ministère de l'Environnement.

Plan de l'usine d'asphalte dans la carrière du chemin de Lausanne, inclus dans la demande d'autorisation de Sintra au ministère de l'Environnement

Photo : Capture d'écran - demande d'autorisation environnementale / Sintra

Radio-Canada a obtenu des documents détaillant le projet d’usine d’asphalte mobile de Construction B.M.L, division de Sintra à Rimouski, grâce à une demande d’accès à l’information auprès du ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

La demande d’autorisation environnementale déposée par Sintra en mars 2019 révèle pour la première fois la nature exacte du projet d’usine mobile de béton bitumineux dans la carrière exploitée par l’entreprise sur le chemin de Lausanne à Rimouski.

Même si l'entreprise considère s'installer sur un autre terrain dans le parc industriel de Rimouski, le ministère de l’Environnement confirme que l’entreprise n’a pas retiré sa demande d’autorisation pour le site sur le chemin de Lausanne, qui suit toujours son cours. La Ville de Rimouski affirme également ne pas avoir d'information à cet effet.

Les documents obtenus par Radio-Canada indiquent que l’usine de béton bitumineux mobile à Notre-Dame-des-Neiges serait déplacée à Rimouski.

Une étude de modélisation de la dispersion atmosphérique de contaminants effectuée par la firme Consumaj pour Sintra démontre que les principaux contaminants rejetés par l’usine seraient le dioxyde d’azote, le dioxyde de carbone, le dioxyde de soufre, le monoxyde de carbone et des composés organiques volatils.

Principaux contaminants rejetés par l’usine :

  • dioxyde d’azote : 3,87 g/s
  • dioxyde de carbone : 1153 g/s
  • dioxyde de soufre : 2,31 g/s
  • monoxyde de carbone : 5,02 g/s
  • composés organiques volatils : 1,11 g/s

Source : Étude de modélisation de la dispersion atmosphérique de contaminants, site de Rimouski, Consumaj

Ces contaminants proviendraient principalement de l’utilisation de carburants pour alimenter l’usine, comme le mazout #2 (huile à chauffage) et #5.

Des exemples de schémas de dispersion des contaminants élaborés notamment en fonction des vents montrent que les plus fortes concentrations au sol, représentées par du vert, du orange et du rouge, se retrouveraient dans les alentours de l’usine et dans les terres agricoles au sud du chemin de Lausanne.

Concentration en dioxyde de soufre (4 minutes) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Concentration en dioxyde de soufre (4 minutes) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski

Photo : Capture d'écran - demande d'autorisation environnementale / étude de modélisation, Consumaj

Les émissions qui sont documentées ressemblent un peu à l'équivalent d'à peu près cinq maisons qui vont chauffer au mazout. Donc des oxydes d'azote, des oxydes de soufre, ce qui vient d'une combustion d'hydrocarbures, explique Richard St-Louis, professeur en chimie de l’environnement à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Selon le professeur, ces émissions ne sont pas des ajouts majeurs aux contaminants qui sont déjà présents dans l’environnement de ce secteur.

Concentration en dioxyde d'azote (1 heure) au sol dans les environs de l'usine de Rimouski.

Concentration en dioxyde d'azote (1 heure) au sol dans les environs de l'usine de Rimouski

Photo : Capture d'écran - demande d'autorisation environnementale / étude de modélisation, Consumaj

L’étude de Consumaj, ainsi qu'une autre étude effectuée par GA Techno à partir des émissions atmosphériques de l’usine dans le secteur de Trois-Pistoles en 2018, statuent d’ailleurs que les concentrations estimées de contaminants provenant de l’usine respectent les normes gouvernementales, et sont même bien en dessous des seuils d'émissions maximales.

Concentration en matière particulaire totale (24 heures) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Concentration en matière particulaire totale (24 heures) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski

Photo : Capture d'écran - demande d'autorisation environnementale / étude de modélisation, Consumaj

Pour ce qui est de la poussière, les documents indiquent qu’elle sera contrôlée par l’utilisation d’abat-poussières sur les aires de circulation, les voies d’accès, les aires de stationnement et les réserves d’agrégats. Pour ce faire, Sintra prévoit utiliser du chlorure de calcium solide à 94 % pour maintenir la poussière au sol.

Étude de Consumaj - précisions

Selon Consumaj, les taux d’émissions utilisés dans l'étude proviennent d’informations fournies par le client et de données provenant de mandats antérieurs de Consumaj sur le même type d’usine. La firme indique également avoir estimé certaines données à partir de documents provenant de Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) et avoir surestimé par un facteur de plus de cinq la fréquence d'émission des contaminants.

15 h par jour

Selon les formulaires remplis par Sintra dans la demande d'autorisation, l’usine mobile d'asphalte opérerait 15 h par jour, 30 semaines par année, de juin à novembre.

Détails sur l’usine mobile de béton bitumineux :

  • Superficie : environ 2 hectares
  • Heures d’opération : 7 h à 22 h, lundi au vendredi, samedi si requis
  • Période de production : juin à novembre
  • Taux de production : biffé

L’entreprise a biffé certaines informations de sa demande d’autorisation, dont le taux moyen et maximal de production de l’usine mobile. Le taux dépendra également des contrats octroyés à Sintra.

Dans sa requête au ministère de l’Environnement, l’entreprise stipule d’abord que l’usine servira pour la continuation du projet de construction de l’autoroute 20. Dans un autre formulaire, Sintra indique que la demande est requise pour différents projets de pavage dans le secteur.

Le ministère des Transports a confirmé en novembre que le pavage d’un tronçon d’environ quatre kilomètres sur l’autoroute 20 entre la route 232 et la Montée industrielle et commerciale devait s’amorcer au printemps 2020, mais a ajouté n'avoir jamais demandé à Sintra d'installer une usine d'asphalte dans la carrière du Chemin de Lausanne pour faire ces travaux.

L’appel d’offres pour ces travaux n’a pas encore été publié.

Quel effet sur l’eau?

La demande d'autorisation environnementale stipule qu'aucune eau ne sera utilisée dans le processus de fabrication de l’usine ni rejetée dans l'environnement. L’entreprise confirme aussi que l’usine et le dépôt d’agrégat seront situés à au moins 60 mètres d’un cours d’eau.

Il est toutefois difficile de déterminer quel sera l’impact de l'usine sur l’eau, puisque la demande d’autorisation de l’entreprise n'inclut aucune étude hydrogéologique.

Concentration en formaldéhyde (15 minutes) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Concentration en formaldéhyde (15 minutes) au sol dans les environs de l'usine mobile de Rimouski

Photo : Capture d'écran - demande d'autorisation environnementale / étude de modélisation, Consumaj

Même si l’usine n’utilise pas d’eau, de la pluie et de la neige tomberont sur le site, pour ensuite couler vers les ruisseaux ou s’infiltrer dans la roche.

Une étude hydrogéologique permettrait alors de mieux comprendre les risques liés à cette activité industrielle, selon la professeure en géochimie de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), Gwenaëlle Chaillou.

Je pense sincèrement que ce n’est pas parce que l’entreprise n’utilise pas d’eau qu’il n’y a pas un impact sur la qualité de l’eau, que ce soit l’eau de surface ou l’eau souterraine environnante.

Gwenaëlle Chaillou, professeure en géochimie à l’ISMER

La professeure constate que la carrière est située au sommet d'un button, d'une crête appalachienne, qui agit normalement comme zone de recharge, où l’eau et la neige s’accumulent pour ensuite pénétrer la roche, s’écouler et alimenter les nappes phréatiques.

Elle précise toutefois qu’il est difficile de déterminer si les eaux souterraines sont vulnérables dans ce secteur, puisque les cartes sur la vulnérabilité de l'aquifère ont été produites à grande échelle au Bas-Saint-Laurent.

Il faudrait des études plus locales pour déterminer : est-ce que c'est une zone d'infiltration? De quel côté coule l'eau une fois qu'elle s'est infiltrée dans la roche? Et est-ce que, au contraire, elle ne s'infiltre pas et il y a plus de ruissellement de surface?, explique-t-elle.

En cas de ruissellement, l’eau coulerait vers les petits ruisseaux à proximité, qui se jettent dans la rivière Rimouski.

Les résidents toujours inquiets

Quoique rassurés par la demande déposée par Sintra à la Ville de Rimouski pour changer le zonage d’un terrain du parc industriel afin d'y permettre l’installation d’une usine d’asphalte, les résidents du chemin de Lausanne demeurent méfiants.

C’est inquiétant, on est toujours aussi inquiets.

Pierre Desforges, résident du chemin de Lausanne

Lors d'une rencontre avec Radio-Canada, les résidents ont été informés des heures d’opération de l’usine et ont pu voir pour la première fois les schémas montrant la dispersion possible des contaminants que pourrait générer l’usine.

Rencontre avec les résidents du chemin de Lausanne.

Rencontre avec les résidents du chemin de Lausanne

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Les effets ne sont pas juste sur les résidents du chemin de Lausanne. Ça a un effet quand on amène une industrie lourde dans un endroit qui est la campagne. On pense isoler un problème, mais là, on s'aperçoit que le problème est encore plus grand qu'on pensait, souligne le résident Jacques Desrosiers.

Au-delà des émissions, les résidents martèlent que l’usine aura un impact sérieux sur leur quotidien, en raison notamment de la senteur, de la poussière et de la circulation générées par l’activité industrielle.

Ils craignent une dépréciation de la valeur de leurs propriétés. C’est grave pour nous autres, très grave, se désole Pierre Desforges.

Les résidents du chemin de Lausanne lors d'une manifestation contre le projet d'usine mobile de béton bitumineux près de leurs résidences (Archives).

Les résidents du chemin de Lausanne lors d'une manifestation contre le projet d'usine mobile de béton bitumineux près de leurs résidences (Archives).

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Sintra en attente

Sintra attend actuellement la décision de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) pour obtenir la permission d'installer l'usine de béton bitumineux dans la carrière du chemin de Lausanne, située en zone agricole.

Selon les correspondances incluses dans la demande d'autorisation environnementale, la CPTAQ devrait rendre sa décision en mai 2020.

Sans cette décision, la demande d'autorisation environnementale est incomplète. Sintra a donc obtenu une prolongation du ministère de l'Environnement jusqu'à cette date.

Un camion lourd circule dans un chemin résidentiel.

Les résidents du secteur de la carrière de Sintra doivent déjà composer avec des activités industrielles et le va-et-vient des camions (Archives).

Photo : Radio-Canada

Il est impossible pour l’instant de déterminer combien de temps il faudra ensuite au Ministère pour rendre sa décision finale.

Selon son porte-parole, Sintra devra déposer une autre demande d’autorisation environnementale si elle souhaite installer une usine de béton bitumineux dans le parc industriel de Rimouski. Elle pourra néanmoins réutiliser certains documents inclus dans sa première demande et ainsi potentiellement diminuer les délais de traitement.

Sintra n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue.

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