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La diminution de la période d’enneigement a des répercussions multiples au Québec

Le professeur Alexandre Langlois pose devant une forêt et des instruments de mesure.

Le professeur Alexandre Langlois fait partie des chercheurs du Québec qui s’intéressent à la neige.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Radio-Canada

Des chercheurs québécois s’affairent à accroître les connaissances sur l’effet que la neige a sur nos milieux de vie. Les transformations observées dans les dernières années en raison des changements climatiques permettent déjà de constater des répercussions sur nos écosystèmes, qui pourraient s’accentuer.

Une tendance lourde s’observe, selon plusieurs scientifiques québécois. Le nombre de jours dans l’année où il y a de la neige au sol est de moins en moins important, et les épisodes de pluie sur neige se multiplient. Une situation qui a des conséquences notables sur nos écosystèmes.

« Quand on parle de quantité de neige en épaisseur et en couverture spatiale, la tendance [à la baisse] est claire partout dans le monde. »

— Une citation de  Alexandre Langlois, professeur au Département de géomatique de l’Université de Sherbrooke

Le professeur au Département de géomatique de l’Université de Sherbrooke, Alexandre Langlois, explique que cette situation est en partie responsable de la mortalité accrue des caribous dans le Nord. La glace, formée lors des épisodes de pluie sur neige, empêche notamment les caribous de s’alimenter, puisqu’elle bloque l’accès à la végétation.

« Le caribou Peary a perdu environ 75 %-80 % de sa population en trois générations, et la littérature démontre très bien que les événements extrêmes hivernaux qui sont de plus en plus forts et les événements de pluie sur neige sont une des causes principales de cette diminution », explique M. Langlois.

Davantage d’émissions de carbone

Le professeur au Département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Alexandre Roy explique que la neige agit normalement comme un « isolant » pour le sol. La diminution de la couverture de neige n’est donc pas sans conséquence.

Les glaciers pourraient fondre plus rapidement, selon M. Langlois. « La neige réfléchit 80 à 95 % de l’énergie solaire. Donc, la neige qui est sur la glace la protège de fondre, explique-t-il. Sans neige, le pergélisol va fondre beaucoup plus rapidement et émettre plus de méthane qui est un gaz à effet de serre excessivement efficace. »

Le professeur Alexandre Roy a récemment enclenché une étude afin de mieux comprendre le lien entre la neige et la température du sol dans le nord du Québec « Nous voulons comprendre l’impact entre les changements climatiques sur le couvert nival, puis comment ce couvert nival va se transformer puis avoir un impact sur la température au sol », explique-t-il.

Toutefois, plusieurs études récentes montrent déjà quele sol se réchauffe dans le Nord québécois et qu’il est une source d’émission de carbone, même en hiver.

L’étude de la neige, méconnue?

Selon M. Roy, l’étude de la neige au Québec a été « négligé ». « Dans plusieurs domaines, on va regarder surtout les phénomènes, les processus dans la saison d’été, mais on va négliger tous les processus qui vont se passer pendant l’hiver, constate-t-il. Le couvert nival a un impact sur l’écologie et sur la climatologie. »

« C’est un domaine qui est de plus en plus étudié et on commence à se rendre compte de plus en plus de l’importance de l’aspect hivernal sur les différents processus qu’on voit au Québec. »

— Une citation de  Alexandre Roy, professeur au Département des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

La prévision des périodes d’enneigement et de fonte est essentielle, notamment dans la gestion des barrages hydroélectriques.

Accroître la performance des appareils

Le professeur spécialisé en hydrogéologie forestière de l’Université Laval, Sylvain Jutras, participe à la coordination des activités à la Forêt-Montmorency, où sont testés des dizaines d’instruments pour effectuer la mesure de la neige. Il fait partie des scientifiques qui souhaitent améliorer la performance des appareils pour mesurer la quantité de la neige.

« Les incertitudes lorsqu’on mesure la neige amènent une imprécision lorsqu’on essaye de savoir combien d’eau va couler dans nos rivières une fois le printemps venu, et cette incertitude se répercute jusqu’à notre capacité à prédire les événements de débordement, de crues de nos cours d’eau », explique-t-il.

Les chercheurs comme Alexandre Langlois souhaitent se servir des satellites pour analyser plus fidèlement les quantités de neige. « On veut développer un prochain concept d’émissions satellites qui sera en mesure non seulement de mesurer la couverture spatiale de la neige, mais l’épaisseur et son équivalent en eau », résume-t-il.

Appel aux décideurs

Selon M. Langlois, les effets des changements climatiques sur la neige, une importante ressource en eau, laissent présager des répercussions majeures au Québec. Il estime toutefois que nos décideurs n’agissent pas en conséquence pour faire face aux changements climatiques. « Il y a une déconnexion entre la gouvernance et le milieu scientifique », déplore-t-il. Pourtant, les conséquences peuvent être dramatiques, comme le problème d’approvisionnement en eau en Californie qui était directement lié à une diminution de la couverture de neige, souligne M. Langlois.

« C’est difficile de voir les impacts qui sont tangibles, tant qu’on n'a pas les problèmes à nos portes. »

— Une citation de  Alexandre Langlois, professeur au Département de géomatique de l’Université de Sherbrooke

Le chercheur se montre sceptique quant à notre capacité collective à « changer les choses pour vrai ». « Renverser la tendance à stade-ci, je n’y crois plus. Je pense que ça découle d’un conte de fées, mais ça ne veut pas dire qu’il faut complètement lancer la serviette », conclut-il, tout en formulant le souhait que des étudiants formés sur « des questions scientifiques » puissent un jour atteindre les sphères de pouvoir.

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