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Syrie : réunion d'urgence à l'OTAN et escalade après de lourdes pertes turques

Un gros nuage de fumée s'élevant de Saraqeb.

Une frappe aérienne a touché Saraqeb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 28 février.

Photo : Reuters / Umit Bektas

Agence France-Presse

Les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan ont exprimé vendredi leur « inquiétude » face à l'escalade brutale dans le nord-ouest de la Syrie, après la mort de 33 soldats turcs dans des frappes du régime de Damas, protégé de Moscou.

Après avoir essuyé ses plus lourdes pertes en une seule attaque depuis le début de son intervention en Syrie en 2016, Ankara a réclamé le soutien de la communauté internationale, brandissant la menace d'un nouvel afflux de migrants vers l'Europe.

Dans une gare routière à Istanbul, des dizaines de personnes, notamment des Afghans, s'entassaient dans des autocars et des taxis à destination de la frontière grecque, où l'on pouvait voir des migrants marcher en file indienne au bord d'une route.

Jeudi, au moins 33 militaires sont morts dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien dans la région d'Idleb (nord-ouest de la Syrie). Les Turcs ont riposté, tuant 45 combattants syriens, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Dix combattants du Hezbollah libanais, qui luttent aux côtés des forces du régime syrien, ont été tués par des frappes turques près de Saraqeb, selon l'OSDH.

Par ailleurs, sept civils ont perdu la vie dans des attaques attribuées à l'aviation russe.

Vendredi, un soldat turc a été tué et un autre blessé dans le nord de la Syrie dans des tirs d'artillerie imputés par Ankara aux forces gouvernementales. En guise de représailles, la Turquie continue de frapper des cibles du régime, a fait savoir le ministère de la Défense.

Cette poussée de fièvre risque d'aggraver la situation humanitaire déjà critique à Idlib, où plusieurs centaines de civils ont été tués et près d'un million de personnes ont été déplacées ces derniers mois par l'offensive qu'y mène depuis décembre le régime de Damas.

Inquiétude à l’international et réunion d'urgence à l'OTAN

Face à cette situation, les Nations unies ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et l'Union européenne s'est inquiétée d'un risque d'affrontement militaire international majeur en Syrie, envisageant toutes les mesures pour se protéger.

Signe de la gravité de la situation, les présidents Erdogan et Poutine ont eu un entretien téléphonique dès le lendemain matin de l'attaque contre les forces turques.

Selon le Kremlin, les deux dirigeants ont exprimé leur sérieuse inquiétude de la situation à Idlib et ont décidé d'étudier la possibilité de tenir prochainement un sommet.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a pour sa part présenté ses « condoléances » et affirmé que Moscou faisait « tout pour assurer la sécurité des soldats turcs » déployés en Syrie. De nouvelles discussions entre responsables turcs et russes sur Idleb se sont déroulées à Ankara vendredi.

En outre, M. Erdogan et le président américain Donald Trump se sont mis d'accord au cours d'un entretien téléphonique pour prendre immédiatement des mesures supplémentaires en vue d'éviter une grande tragédie humanitaire à Idleb, selon Ankara.

Les deux dirigeants ont convenu que le régime syrien, la Russie et le régime iranien devaient stopper leur offensive avant que d'autres civils ne soient tués et déplacés, a notamment fait savoir la Maison-Blanche.

L'OTAN, dont fait partie la Turquie, a tenu vendredi une réunion d'urgence à la demande d'Ankara, en vertu de l'article 4 du traité qui peut être invoqué par un allié qui estime son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité menacées.

La présidence turque a ainsi exhorté la communauté internationale à mettre en place une zone d'exclusion aérienne à Idlib pour clouer au sol les avions du régime syrien et de Moscou qui pilonnent la région depuis plusieurs mois. Mais cette requête a peu de chances d'aboutir.

Les membres de l'OTAN se sont contentés d'exprimer leur solidarité pendant cette réunion d'urgence vendredi.

Le Canada condamne fermement les attaques

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et la ministre du Développement international, Karina Gould, ont condamné les attaques visant des civils dans le nord-ouest de la Syrie.

Le Canada appelle à un cessez-le-feu immédiat dans la région. Il demande à toutes les parties de respecter les règles élémentaires de décence humaine et de garantir l’acheminement complet, sécuritaire et sans entrave de l’aide humanitaire aux civils dans le besoin, peut-on lire dans une déclaration publiée par Affaires mondiales Canada le 28 février.

Nous demeurons résolus à appuyer les partenaires humanitaires expérimentés sur le terrain qui répondent à des besoins humanitaires en Syrie et dans la région.

Le Canada appuie également le secrétaire général des Nations unies dans son dernier appel visant la recherche d’une solution politique pour mettre fin à la crise humanitaire qui se déroule actuellement.

Seule une solution politique négociée peut apporter une fin durable et pacifique au conflit syrien, concluent les ministres.

Erdogan agite le spectre d'une nouvelle crise migratoire en Europe

Dans une apparente tentative de faire pression sur l'Union européenne pour obtenir davantage de soutien, Ankara a annoncé qu'il ne stopperait plus les migrants qui cherchent à se rendre en Europe depuis la Turquie, ce qui réveille le spectre de la grave crise migratoire qui a secoué le continent européen en 2015.

À Istanbul, des autocars étaient mis à disposition des migrants qui souhaitaient se rendre à la frontière grecque, selon les médias turcs.

Des images prises par des drones montraient des dizaines de migrants coupant à travers champs avec des sacs sur le dos ou la tête, ou encore d'autres personnes se frayant un chemin à travers un bois, en direction de la frontière grecque.

Des migrants souriant sur un chemin en terre.

Des migrants traversent la frontière entre la Turquie et la Grèce à Pazarkule, le 28 février.

Photo : The Associated Press / Ergin Yildiz

Une vidéo publiée par l'agence de presse DHA montrait un canot gonflable rempli de migrants quittant le rivage dans l'ouest de la Turquie à destination de l'île grecque de Lesbos, en mer Égée.

Pour faire face à cette situation, Athènes a annoncé le doublement de ses patrouilles à la frontière turque. Et l'UE a appelé Ankara à respecter ses engagements de lutte contre les passages clandestins vers l'Europe.

La Grèce fait barrage

Des gardes-frontières grecs ont empêché vendredi des centaines de migrants de traverser le poste frontalier de Kastanies, dans le nord-est de la Grèce, quelques heures après l'annonce par la Turquie qu'elle laisserait les demandeurs d'asile passer en Europe, a-t-on appris de source policière grecque.

Un autocar de migrants à la frontière grecque.

Des centaines de migrants ont été bloqués dans la zone tampon entre la Grèce et la Turquie, ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.

Photo : Reuters / HUSEYIN ALDEMIR

Des centaines de migrants étaient bloqués dans la zone tampon entre la Grèce et la Turquie, ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.

Le chef d'état-major grec et le ministre de la Protection du citoyen se sont rendus vendredi à Kastanies à la suite d'une décision gouvernementale de rendre plus sévère le contrôle des frontières, selon la même source.

Vendredi matin, une source au sein de l'armée grecque a indiqué à l'AFP qu'environ 300 migrants avaient été repérés du côté turc de la frontière, dans la région d'Evros (nord-est).

Ce chiffre ne sort pas de l'ordinaire, a toutefois tempéré l'officier.

La Bulgarie envoie la gendarmerie à la frontière turque

La Bulgarie a dépêché vendredi la gendarmerie à sa frontière terrestre et maritime avec la Turquie. Le premier ministre Boïko Borissov a évoqué le danger réel d'une pression migratoire, à la suite de la menace d'Ankara de ne plus retenir les candidats au départ.

M. Borissov s'est notamment inquiété devant des journalistes du retrait des gardes-frontières turcs et dit attendre un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Avec ce qui se passe, le danger est réel en ce moment : les gens fuient face aux missiles, a-t-il déclaré à Sofia, annonçant avoir déployé tôt ce matin des renforts.

La Bulgarie partage 259 km de frontière terrestre clôturée avec la Turquie. Elle est membre de l'Union européenne, mais pas de l'espace de libre circulation Schengen.

Entre menaces et appels à l'aide

La Turquie accueille sur son sol quelque 4 millions de migrants et réfugiés, syriens pour la plupart, et redoute un nouvel afflux depuis Idlib, où plus de 900 000 personnes se sont réfugiées près de la frontière turque depuis trois mois, selon l'ONU.

Les affrontements entre forces turques et syriennes ont mis à rude épreuve l'étroite coopération développée ces dernières années entre Ankara et Moscou dans plusieurs domaines, comme la Syrie, la défense et l'énergie.

Vendredi, le ministère russe de la Défense a affirmé que les soldats turcs tués jeudi avaient été touchés, car ils se trouvaient parmi des unités combattantes de groupes terroristes, une version fermement démentie par Ankara.

Se voulant plus apaisant, le chef de la diplomatie russe Vladimir Lavrov a présenté ses condoléances et affirmé que Moscou faisait tout pour assurer la sécurité des soldats turcs déployés en Syrie.

Le ministère turc des Affaires étrangères a révélé que de nouvelles discussions entre responsables turcs et russes sur Idlib allaient se tenir à Ankara vendredi à partir de 13 h.

M. Erdogan, qui ne s'est pas exprimé publiquement depuis l'attaque, avait convoqué dans la nuit de jeudi à vendredi un conseil de sécurité extraordinaire à Ankara après les frappes aériennes, qui ont en outre fait 32 blessés turcs.

Vendredi matin, la presse turque faisait part de son choc et de sa colère, certains journaux proches du pouvoir appelant à la vengeance.

Un navire militaire dans le Bosphore.

La frégate russe Amiral Grigorovich a été aperçue dans les eaux du Bosphore, à Istanbul, le 28 février.

Photo : Reuters / Yoruk Isik

Alors que les appels à fermer les détroits turcs aux navires russes se rendant vers la Syrie depuis la mer Noire se multiplient sur les réseaux sociaux, deux frégates ont franchi le Bosphore et les Dardanelles dans la matinée.

Les tensions n'ont cessé de croître ces dernières semaines à Idlib, avec plusieurs affrontements entre les forces turques et syriennes qui ont fait au total 53 morts dans les rangs des forces d'Ankara en février.

Sur le terrain, le régime syrien et son allié russe ont mis les bouchées doubles ces dernières semaines et conquis plusieurs localités à Idlib, même si des groupes rebelles soutenus par Ankara ont repris jeudi la ville stratégique de Saraqeb.

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations pacifiques, la guerre en Syrie a fait plus de 380 000 morts.

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