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Nouvelles mesures de protection de la baleine noire : accueil tiède en Gaspésie

Ottawa modifie son protocole de fermeture des zones de pêche dans le golfe Saint-Laurent pour protéger les baleines noires.

Deux baleines noires de l’Atlantique Nord sont à la surface de l'eau.

Des baleines noires de l’Atlantique Nord (archives)

Photo : Pêches et Océans Canada/Jolinne Surrette

Joane Bérubé

De nouvelles règles de navigation seront imposées par le ministère des Transports pour protéger les baleines noires. Plusieurs incertitudes demeurent en Gaspésie sur l’effet qu’aura l’application de ces mesures.

Ces imprécisions et le manque de communication avec l’industrie de la pêche déçoivent le président du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, O’Neil Cloutier.

M. Cloutier souligne que les pêcheurs participaient, mercredi, au conseil consultatif sur la pêche aux crabes des neiges de la zone 12. Ils auraient pu être présents dans la salle pour nous expliquer quelles étaient les mesures qu’ils adoptaient pour cette année. Toutes ces mesures, on n’était pas au courant.

O'Neil Cloutier, directeur général du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

O'Neil Cloutier, directeur général du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (archives)

Photo : Radio-Canada / William Bastille Denis

Au cours des deux dernières saisons, une zone dite statique, située entre les Îles-de-la-Madeleine et la Gaspésie, a été fermée à la pêche dès la fin d'avril. Cette règle se trouve abolie par les nouveaux changements.

Elle est remplacée par l'interdiction de pêcher avec des engins fixes pendant 15 jours si une baleine noire est détectée dans un secteur. Si une baleine est revue plus d'une fois, pendant la période de 15 jours, dans une même zone, le quadrilatère sera fermé à la pêche pour la saison. Cette règle s’appliquera à l’ensemble du golfe.

Dans les faits, observe O’Neil Cloutier, on remplace une zone statique par une autre, beaucoup plus grande qui aura beaucoup plus de répercussions sur les pêcheurs. Dès qu’on va observer une baleine plus d’une fois dans un quadrilatère, on va le fermer définitivement jusqu’au 15 novembre 2020, précise M. Cloutier.

Une baleine noire empêtrée dans un lourd cordage.

Une baleine noire empêtrée dans un lourd cordage (archives).

Photo : Gracieuseté : International fund for animal welfare

Le Regroupement des pêcheurs professionnels, qui représentent des homardiers, détient un petit quota de crabes qu’il utilise pour financer ses activités. Les restrictions frappent particulièrement les pêcheurs côtiers qui possèdent souvent des bateaux plus petits que les crabiers traditionnels. On ferme les zones des endroits où ils peuvent pêcher. L’an passé, toutes les zones côtières étaient fermées, relève M. Cloutier.

Partir plus tôt

Le président de l’Association des crabiers gaspésiens, Daniel Desbois, ne croit pas que les mesures auront beaucoup de conséquences sur les crabiers traditionnels. Il rappelle que l’an dernier, 80 % des quadrilatères du golfe fermés à la pêche l’ont été pour toute la saison. Ça ne fera pas un gros changement, commente le pêcheur.

Des bouées de casier de crabes pendent par-dessus le pont d'un crabier.

Des bouées de casier de crabes pendent par-dessus le pont d'un crabier.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Selon lui, l’abolition de la zone statique rendra accessible à la pêche un secteur où le crabe est abondant et qui était très apprécié des pêcheurs.

L’important est que les crabiers puissent démarrer la saison plus tôt au printemps, selon Daniel Desbois, avant l’arrivée de la baleine noire dans le golfe.

Il estime qu’un début de pêche hâtif diminuerait les risques d’empêtrement et pallierait les effets de fermetures de zone de pêche plus importantes en fin de saison. C’est ce qui va aider le plus, pense Daniel Desbois.

Nouvelles règles de navigation

Le ministre des Transports, Marc Garneau, affirme que ces nouvelles mesures sont le fruit d'une collaboration avec les pêcheurs. Le porte-parole du Regroupement des pêcheurs professionnels n’est pas du même avis.

Les nouvelles règles de navigation imposées par Transports Canada, dit-il, n’ont pas été communiquées aux pêcheurs, même si elles risquent d’interférer avec les activités de pêche.

Les relations sont loin de s’améliorer avec le ministère. Ils tentent de gérer la question de la baleine noire, seule. Ils nous imposent n’importe quoi.

O'Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie

La zone côtière d’une profondeur de 20 brasses et moins que fréquentent les homardiers de la Gaspésie est exclue des mesures de Pêches et Océans. Les homardiers ne savent pas si cette exception sera préservée.

Des crabiers dans les eaux glacées en début de saison.

Des crabiers dans les eaux glacées en début de saison

Photo : Radio-Canada / CBC

O’Neil Cloutier dénonce le manque de communication entre les ministères fédéraux. Selon mes collègues des provinces maritimes, les mesures de Transports Canada risquent de toucher ou entrent en conflit direct avec celles de Pêches et Océans Canada, notamment concernant la zone des 20 brasses, souligne le représentant des homardiers de la Gaspésie.

Les restrictions à la navigation, notamment la réduction de la vitesse, touchent en partie les pêcheurs qui prendront plus de temps à rejoindre leur site de pêche et à en revenir. M. Desbois estime que ces situations pourraient survenir en fin de saison. Reste à voir comment les mesures seront appliquées, ajoute-t-il.

Baleines noires et croisières : un mauvais mariage

La réduction de la vitesse dans une grande zone du golfe est une contrainte plus considérable pour l’industrie des croisières.

Les nouvelles mesures de protection annoncées, dont l’augmentation de la superficie de la zone de réduction de vitesse, compliqueront encore un peu plus le travail d’Escale Gaspésie.

En trois ans, depuis l’imposition des restrictions à la navigation dans le golfe en raison de la présence des baleines noires, une quarantaine de navires ont choisi de ne plus arrêter à Gaspé, ce qui représente 52 000 croisiéristes.

L’an dernier, le bateau de croisières CTMA Vacancier a pu accoster seulement deux fois à Gaspé sur les 11 escales prévues. Ces annulations de dernière minute se répercutent sur les liens d’affaires entre Escale Gaspésie et ses fournisseurs, remarque le responsable d’Escale Gaspésie, Stéphane Ste-Croix.

Autres mesures pour la pêche

Pêches et Océans Canada utilisera pour la première fois l'acoustique sous-marine pour détecter la présence de baleines noires, en plus des inspections visuelles par avion et par bateau.

L’utilisation des hydrophones ne rassure pas O’Neil Cloutier. C’est très imprécis. Ils [les hydrophones, NDLR] vont annoncer qu’il y a une baleine dans tel rayon, mais le rayon peut être aussi grand que 40 milles marins. Ils ne peuvent pas dire avec exactitude où elle est la baleine dans ce rayon-là, commente M. Cloutier qui se demande ce que fera le ministère de ces nouvelles données.

De nouvelles exigences concernant l'identification des engins de pêche seront aussi en vigueur. Le but est de déterminer si une baleine s'est empêtrée dans des cordages canadiens ou américains.

Des bouées et des cordages de pêche.

Bouées et cordages de pêche

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

La mesure, qui était déjà appliquée par les crabiers, s’étendra à toutes les pêches à engins fixes. Pour O’Neil Cloutier, il s’agit surtout d’une mesure de diversion. Les Américains ont dit, et c’est très clair, souligne M. Cloutier, toutes les pêches au casier sont reliées. Que les crabiers en tuent une et on va tous passer dans le tordeur, ce seront toutes les pêches aux casiers qui seront radiées du marché américain. Ça donne quoi de savoir qui l’a pris? Ce sont des mesures qui font perdre du temps et qui ne sauvent pas de baleine.

Quant aux engins de pêche conçus pour éviter les empêtrements, tant O’Neil Cloutier que Daniel Desbois estiment que cela prendra encore quelques années avant d’arriver à une technologie qui protège vraiment la baleine tout en répondant aux besoins de l’industrie.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Protection des espèces