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Football : des entraîneurs noirs revendiquent une place sur les lignes de côté

Les entraîneurs de football demeurent majoritairement blancs, même si environ 70 % des joueurs sont noirs

Il a très peu de Noirs dans des postes de direction au football.

Il y a très peu d'entraîneurs noirs au football.

Photo : iStock / Simon Blais

Kim Vallière

Jean-Sorphia, Renaldo et Jean-Vincent dédient leur vie à un sport qui ne leur ressemble pas toujours. Ces trois entraîneurs d’origine antillaise espèrent changer l’image de leur profession pour les générations futures. Ils savent toutefois que leur combat pour une meilleure représentation des Noirs à des postes d'entraîneur est encore loin d'être gagné.

Pourquoi y a-t-il très peu d'entraîneurs noirs au football?


Jean-Vincent Posy-Audette, Renaldo Sagesse et Jean-Sorphia Guillaume sont dans la jeune trentaine ou quarantaine, le sang d’Haïti coule dans leurs veines et ils ont découvert leur passion pour le football pendant leur adolescence à Montréal.

Leurs mentors pourtant sont des hommes blancs, prénommés Earl, Marc et Jean. Ces trois hommes ont influencé le futur des trois gaillards, devenus aujourd’hui entraîneurs pour des équipes secondaires, collégiales ou universitaires.

Dans ces années-là, il n’y avait pas autant de Noirs dans le milieu du coaching, se souvient Jean-Vincent Posy-Audette, coordonnateur défensif des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa. Mon premier entraîneur noir, [je l'ai connu quand j'ai fait le saut] dans la Ligue canadienne de football (LCF).



L’homme de 44 ans a déjà dirigé deux générations de joueurs depuis qu’il a mis un terme à sa carrière chez les professionnels. Deux générations parmi lesquelles de jeunes joueurs noirs ont pu vivre une expérience différente de la sienne.

Des fois, c’est le fun d’avoir quelqu’un qui te ressemble, de voir quelqu’un qui vit les mêmes choses, les mêmes réalités, affirme-t-il, avec l’approbation unanime de ses collègues.

C’est plus facile de créer un lien plus rapidement avec ces jeunes-là. On peut mieux comprendre leur background, comment ils se sentent en étant une minorité.

Jean-Vincent Posy-Audette

Inclusion, représentation, diversité. Ces mots reviennent constamment dans le discours des trois hommes de football, comme un mantra qui explique une partie de la mission qu’ils se donnent comme entraîneur.

Moi, je veux être un modèle de réussite au-delà du sport, insiste Renaldo Sagesse, l’entraîneur-chef des Spartiates du Cégep du Vieux Montréal. La raison pour laquelle on a la possibilité d’être dans ces rôles-là, c’est parce qu’on a réussi non seulement au football, mais aussi dans la vie, notamment du côté académique.

Les jeunes n’ont pas l’excuse de ne pas réussir. Ils n’ont pas d’excuse pour dire qu’on n’a pas notre place dans la société, réplique Jean-Sorphia Guillaume, l’entraîneur-chef des Tigers de l’École secondaire catholique St. Matthew, à Ottawa. On est là, on est la preuve. On a cheminé et on y est arrivé. Je pense que ça leur donne une inspiration.



Avec leur parcours, les trois entraîneurs font miroiter la possibilité d’un emploi en lien avec le football à leurs protégés, mais ils savent que la place des Noirs n’est pas assurée dans les postes de direction des ligues scolaires et amatrices, encore moins chez les professionnels.

Pourtant, environ 70 % des joueurs de football sont noirs. Cette proportion ne se reflète pas dans les bureaux et sur les lignes de côtés des deux bords de la frontière. Seuls trois entraîneurs-chefs noirs ont dirigé un des 32 clubs de la NFL, la saison dernière.

Des modèles nécessaires

Lorsque la campagne de la Ligue canadienne de football (LCF) s’amorcera en juin, les concepts d’inclusion, de représentation et de diversité passeront par deux entraîneurs-chefs et deux directeurs généraux, répartis au sein des neuf équipes du circuit canadien.

Il faut essayer de remédier à la situation le plus tôt possible, parce que sinon ça va créer des niveaux de classes : le joueur, c’est le Noir et l’image du coach, c’est le Blanc, indique Jean-Sorphia. Il déplore que les rôles confiés à ses confrères soient souvent ceux de recruteurs. Il a rarement vu des personnes noires à des postes au sommet de la hiérarchie.

Ça ne vaut pas la peine parce que de toute façon tu es noir, tu n’auras aucune chance… On a entendu ça souvent.

Jean-Sorphia Guillaume

Ses deux amis abondent dans le même sens. Tout le monde veut aspirer au plus haut poste possible. Ça enlève de la motivation, si tu sens que les dés sont pipés, appuie Jean-Vincent.

C’est certain que ce serait le fun de voir plus d’hommes de race noire dans les positions dirigeantes, ça donnerait d’autres modèles positifs pour les jeunes de chez nous, rétorque Renaldo, qui amorce sa quatrième année à son poste.

Si je n’avais pas le soutien de la direction [du Cégep], je me sentirais un peu tout seul là-dedans. Je suis chanceux, je suis épaulé, mais il faudrait que ça arrive plus souvent, ces situations-là.

Rénaldo Sagesse

La solution? Temps et patience, répètent tour à tour les trois entraîneurs, qui refusent de baisser les bras. Les mœurs évoluent, à un rythme peut-être plus lent dans certains cercles, disent-ils. Le football professionnel ne semble pas y échapper.



Forcer le changement ou l’attendre?

Pas question toutefois d’attendre sans proposer des pistes de réflexion. L’imposition au Canada d’une loi comme la règle Rooney revient constamment dans le discours de Jean-Sorphia, Renaldo et Jean-Vincent, qui sont aux premières loges pour constater les inégalités.

Pour forcer le changement et favoriser la diversité, la NFL a mis sur pied en 2003 une consigne qui force les équipes à accorder un entretien d’embauche à une personne issue d’une minorité pour tous les postes d’entraîneurs ou de membres de la direction. Les résultats ne sont toutefois pas très concluants.

C’est souvent un pas en avant et un autre par en-arrière, reconnaît Jean-Vincent, qui malgré tout ne cède pas au défaitisme.

Jean-Sorphia saisit la balle au bon : certains la critiquent, la règle Rooney, mais je pense que c’est quand même bien.

Même si on ne pensait pas accorder le poste à quelqu’un issu d’une minorité visible, on peut changer d’idée et dire, tu sais quoi, il peut faire la job, poursuit-il, citant l’exemple de Mike Tomlin, entraîneur-chef des Steelers de Pittsburgh.

Ce que Jean-Sorphia, Ronaldo et Jean-Vincent souhaitent toutefois, c’est qu’un changement de cap se fasse rapidement et naturellement, pour que la richesse de la diversité soit exploitée au maximum dans le monde du football, celui qu’ils voudraient intégrer pleinement, sans que la couleur de leur peau soit un obstacle.

Un ballon de football sur un terrain de jeu.

Les entraîneurs de football sont bien plus que de simples coachs.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Au-delà des lignes blanches

Le discours des trois entraîneurs comporte plusieurs similarités, mais la gratification obtenue grâce à leur travail revient à de nombreuses reprises, malgré les difficultés parfois posées sur leur chemin.

C’est valorisant, c’est grisant comme expérience, parce que tu sais que tu fais une différence, affirme Jean-Vincent, qui précise que son rôle dépasse largement le développement de stratégies pour les matchs et les entraînements. Ce n’est pas un travail de 9 à 5. Les jeunes peuvent t’appeler à tout moment avec leurs problèmes.

Sa déclaration suscite un éclat de rire complice chez ses deux collègues. Ils ne connaissent que trop bien la réalité des appels liés à des problèmes familiaux, amoureux ou scolaires. On est [aussi] des intervenants [sociaux], explique simplement Jean-Sorphia.

Gagner des parties de football et des championnats, c’est ce qu’on veut tous. Mais à la fin de la journée, le vrai cadeau là-dedans, c’est qu’on [forme] des citoyens positifs pour la société.

Renaldo Sagesse

À 33 ans, Renaldo considère encore avoir beaucoup à apprendre dans son travail d’entraîneur-chef. Pendant qu’il cumule un bagage important de connaissances et d’expériences, il sait qu’il se prépare aussi à faire le saut chez les professionnels, si un jour cette porte s’ouvre.

Notre travail, c’est de nous préparer à une opportunité. Quand elle sera là, on pourra la saisir, enchaîne Jean-Vincent. En réalité, on peut se demander : quand l’opportunité va être là, est-ce que je vais avoir ma chance moi aussi? C’est juste ça que je veux.

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Ottawa-Gatineau

Football collégial